ARTICLE V. DES PRODUCTIONS CORNEES DANS LES ANIMAUX
Les productions cornées, chez les animaux, sont en général plus développées que chez l'homme. Très souvent, elles servent tour à tour de moyens d'attaque ou de défense (griffes des carnivores, cornes des ruminants) à ceux qui en sont munis ou d'enveloppes protectrices (ongles, sabots, semelles descaméliens) aux organes qui les portent. Quelquesunes, très probablement acquises, ont fini par se transmettre comme un caractère spécifique (callosité sternale du dromadaire).
Elles se présentent dans des points divers, sur le front d'un grand nombre d'espèces, sur la région nasale (rhinocéros), à l'extrémité de la queue (lion), à la face interne du tarse, de l'avant-bras (cheval), en arrière des articulations métacarpo-phalangiennes (solipèdes et ruminantes), autour de la troisième phalange de tous les mammifères. Tantôt, elles ont la :^rme d'une simple plaque grenue;
tantôt celle d'un étui conique, droit ou incurvé, court ou allongé, ou d'un sabot. Les singes seuls possèdent des ongles analogues à ceux de l'honime.
Nous n'insisterons pas sur les nombreux aspects sous lesquels se montrent ces productions. Disons seulement qu'elles sont diversement colorées, lisses ou. rugueuses, homogènes ou filamenteuses. C'est dire en même temps que leur structure n'est pas identique. Puisque nous sommes dans l'obligation de nous restreindre, nous choisirons, pour donner une idée des productions cornées chez les animaux, l'organe qui offre la structure la plus parfaite, le sabot des solipèdes.
§ T. Sahot du cheval.
À. Sorte de boîte enveloppant exactement l'extrémité inférieure du doigt, le sabot du cheval se divise artificiellement et même spontanément, par une macération prolongée, en trois parties: la paroi, apparente à l'extérieurquand le pied repose sur la terre; la sole, qui forme au pied une sorte de semelle semi lunaire, excavée ; la fourchette, comprise dans l'échancrure ouverte en arrière qui donne à la sole la forme d'un croissant et tenant lieu, dans l'extrémité du chi val, du coussinet élastique des doigts du chien, de la surface plantaire de l'homme.
La paroi est la seule partie du sabot qui ait son analogue dans l'homme et les anthropomorphes; elle représente un ongle énorme, gigantesque, presque circulaire. La face interne rappelle l'ongle humain; elle présente : 1° le long du bord supérieur un biseau excavé en gouttière qui répond de tout point à l'excavation de la racine de l'ongle; 2" de cette gouttière au bord infédeur, cinc[ à six
cents feuillets cornés (kéraphylle), à peine divergents, qui ne sont pas autre chose que les crêtes de la face interne de l'ongle énormément accrues.
L'analogie se poursuit encore plus loin. Une lame de substance cornée, luisante, mince, lorsqu'elle est sèche, rugueuse, grisâtre et mollasse, lorsqu'elle est imprégnée d'eau, descend de dessous les poils de la région phalangienne où elle semble se confondre avec l'épiderme cutané, à la surtace externe de la paroi, qu'elle enveloppe plus ou moins complètement comme un manteau suivant les conditions dans lesquelles l'animal est entretenu. Cette Iîî me cornée qui protège le sabot et recouvre, comme une virole de raccord, l'union de la paroi avec la peau a été nommée périople, parBracy-Clarck. Il n'est pas nécessaire de réfléchir longuement pour voir l'analogue da périople dans cette couche cornée qui ]')rolonge le manteau à la surface de l'ongle humain, et fixe cetorgane ,dans sa sertissure dermique, comme le mastic retient une vitre dans son cadre^ C'est en raison de cette ?.nalogie qne nous proposons de donner à cette lamelle cornée chez l'homme le nom de périonyx, dénomination qui a l'avantage de lui donner l'individualité qu'elle mérite.
B. Le sabot du cheval possède les mêmes éléments que l'ongle humain. Il est composé de cellules épidermiques dont la plupartpossède encore un noyau elliptique, de fines granulations qui se colorent en bleu au contact de l'héraatoxyline et des granulations pigmentaires. (Il y aurait beaucoup de choses délicates et intéressantes à dire sur ces éléments , si en nous étendant davantage sur leur compte, nous ne craignions pas de faire un hors-d'œuvre).
Mais l'agencement est très différent. La structure de la
corne a été l'objetd'un grand nombre de recherches: Gurlt Delafond, H. Bouley,Numann, Gourdon, Ercolani, Chauveau en ont donné des descriptions. La corne a un aspect fibreux dans la paroi, écailleux dans la sole; malgré cette différence, la corne présente partout la même organisation, excepté dans les lamelles du kéraphylle. Elle est creusée de canaux cylindriques dont l'extrémité supérieure, évasée en entonnoir, engaine les papilles de la matrice de l'ongle, pendant que l'extrémité inférieure vient s'ouvrir dans la paroi, sur le bord plantaire, dans la sole et la fourchette, à la face externe ou inférieure. Ces canaux sont rectiligncs, à l'exception de ceux de la fourchette qui se montrent plus ou moins flexueux. Tous affectent la même direction oblique de haut en bas et d'arrière en avant, c'est-à-dire qu'ils suivent l'inclinaison de la partie médiane de la muraille. Leur diamètre varie dans des proportions considérables. Ainsi on en trouve qui mesurent seulement 0™'",02, d'autres qui vont jusqu'à 0'"'",2 ou0'"",4. Du reste, les plus petits sont toujours ceux du périople. Dans la paroi, ils sontd'aatant plus étroits qu'on les observe plus près de la surface externe.
Ces tubes ne sont point simplement creusés dans la substance cornée, ils ont des parois propres d'une très grande épaisseur (voir fîg. 16), formées elles-mêmes de nombreuses couches concentricjues emboîtées les unes dans les autres. La substance cornée qui les réunit ne présente pas la même disposition stratiforme apparente.
Remplis par les papilles de la membrane kératogène à leur extrémité supérieure, ces canaux contiennent, dans le reste de leur étendue, une substance particulière de couleur blanche, et d'une opacité telle, qu'elle paraît d'un beau noir quand on l'examine par transparence sous le