CHAPITRE II
Propriétés physiques et chimiques des ongles.
§ 1. — L'ongle se présente ordinairement sous l'aspect d'une lame translucide, homogène ou strié ■ longitudinalement, dure, mais suceptible pourtant d'être entamée par le scalpel. JVTalgré sa dureté, l'ongle jouit d'une certaine élasticité; si on déprime l'arc qu'il forme, il reprend sa disposition première; toutefois cette élasticité atteint rapidement ses limites, car une déformation un peu considérable détermine une brisure écailleuse, surtout si cet organe est desséché.
Lorsqu'on le coupe en tranche microscopique, la lamelle détachée s'enroule en spirale ; plongée dans l'eau, elle devient rapidement planiforme.
Chez l'homme de race blanche, l'ongle est presque incolore ; chez le nègre, il aune coloration bistre.
La coloration se modifie dans les races blanches sous l'influence de causes externes professionnelles ou de causes internes; elle est rouge sombre chez lestanneurs et les corroyeurs; jaune brun chez les ouvriers en tabac; brun noirâtre chez les ébénistes; jaune franc chez les préparateurs de toiles pour fleurs artificielles, etc.
Ces différences ont un intérêt médico-légal.
L'absorption prolongée de l'indigo et du nitrated'argent communique aux ongles une teinte spéciale. Les saturnins ont des ongles qui noircissent au contact des préparations sulfureuses.
Les ongles sont insolubles dans l'eau, à moins qu'on ne porte la température à 200"; ils résistent presque indéfiniment à la macération; cependant le contact prolongé de l'eau les gonfle, les ramollit, et les rend plus vulnérables à l'action des corps durs extérieurs. Les alcalis et les acides produisent rapidement cet effet; de là leur utilisation en histologie pour l'étude des éléments cornés.
La chaleur les raccornit, A la température rouge, ils brûlent en se boursoufflant et en émettant une flamme assez éclatante et une odeur caractéristique plus prononcée que celle des poils.
§ 2. — Les ongles ont pour densité 1191 (Schubler et Kapf). Scherer et JMulder en ont donné des analyses. D'après Mulder, abstraction faite des cendres, la substance unguéale nommée kératine présente :
Az 17,51
La quantité de soufre varie de 2 à 5 pour 100.
Les matières minérales s'y trouvent dans la proportion de 1 pour 100.
Ce chiffre ne varie pas dans l'ongle d'hiver et l'ongle d'été ; mais, d'après Moleschott (1), la proportion de substance cornée augmente en hiver, pendant que celle de l'eau diminue. On trouve :
(1) In Loc. cit.
^ Eté. Hiver.
. Substance cornée. .... 84 87
Cendres 1 1
Eau 15 12
La kératine fournit dans l'eau à 200° une solution non gélatinisable qui, par le ferrocyanure de potassium acétique, donne un précipité soluble dans un excès d'acide ; ses réactions le rapprochent de l'élasticine et l'éloignent de l'albumine, de l'osséme, de la cartilagéine et de la mucine (1), Cependant, les études entreprises par M. Bleunard (2), dans le laboratoire de M. Schutzenberger, paraissent rattacher la substance de la corne de cerf et du sabot du cheval à l'albumine. M. Bleunard a bien voulu nous communiquer le résultat de ses dernières recherches; nous essaierons de le résumer dans les quelques lignes suivantes.
Les études préparatoires faites sur plusieurs matières albuminoïdes ont prouvé que le résultat final de leur hydratation (C"H-"-^Az"0'-) varie par la valeur de m. Pour l'albumine, la légumine, la caséine, la fibrine m = 9; pour le corne de cerf, m = 7,5 ; pour la corne de cheval, m est plus petit que 9.
Si l'on compare les composés les plus abondants obtenus par l'hydratation de l'albumine, de la corne de cerf et du sabot, de cheval, on trouve des composés communs; les différences portent sur leur proportion. Ainsi la tyrosine est peu abondante dans la corne de cerf, tandis qu'elle est eti grande quantité dans le sabot des solipèdes ; la ylu-
(1) In Chimie appliquée à la médecine, par A, Gautier.
(2) Sur la coastilution de la corne de cerf. Comptes-rendus de lAcod. des se, 1879.
Arloing. 9
coprotéine (C®H*^Az^O* ) forme la plus grande partie de la corne de cerf, alors que, dans le sabot, on trouve un mélange de diverses glucoprotéines, homologues, inférieures à C = 9; enfin de cette dernière substance, on obtient du sucre de gélatine et de l'alanine.
En somme, la substance des productions pileuses et cornées se rattache au grand groupe des substances albuminoïdes ; il y a même des relations étroites entre elles et l'albumine.
C'est un fait important qui nous permettra d'étudier avec plus de sûreté les rapports qui peuvent exister entre la nutrition de ces productions et celle de l'économie entière.