‹ Poils et ongles, leurs organes producteursChapitre 19 sur 27 · ARTICLE I. DÉVELOPPEMENT DES ONGLES · texte numérisé non relu

ARTICLE I. DÉVELOPPEMENT DES ONGLES

§ I. Période fœtale. — Comme le poil, l'ongle est précédé d'un bourgeon ectodermique qui fait sa première apparition au troisième mois de la vie intra-utérine (KôUiker). Le lit de l'ongle, le pli sus-unguéal sont tapissés par ce bourgeon dont les cellules sont identiques à celles de la surface générale.

Au quatrième mois, la couche superticielle du bourgeon prend le^caractères de la couche cornée, et l'on voit apparaître, au-dessous et à la surface des cellules muqueuses, l'ongle prim'tif formé d'une simple rangée de lamelles, nucléées, aplaties, intimement soudées entre elles.

Au début, l'ongle est donc complètement enveloppé par l'épiderme, Unna donne à la lame cornée qui le recouvre le nom d'tponychium (1).

(1) In Loc. cit.

La longueur, la largeur et l'épaisseur de l'ongle augmentent par Tadjonction de nouvelles cellules, si bien qu'à la fin du sixième mois, il rompt réponychiutn et montre son bord libre. A partir de ce moment là, l'ongle se perfectionne; sa résistance augmente; et, au huitième mois, époque à laquelle il aura acquis à peu près son épaisseur, on verra se développer les plis et les crêtes du derme sousunguéal (Kôlliker).

Les notions embryogéniques que nous venons de résumer se trouvent dans tous les livres classiques; elles manquent d'indication s précises sur la formation et l'individualisation de la matrice unguéale et du derme sous-unguéal, sur ses rapports avec le périoste de la troisième phalange, rapports si remarquables chez les animaux à sabot, sur la séparation de l'ongle et de la pulpe du doigt, sur le déve- * loppement des vaisseaux de la région sous-ongulée.

M. Renaut a étudié récemment plusieurs de ces questions, et il a bien voulu, sur notre prière, nous fournir la note suivante que nous insérerons in extenso pour ne rien retrancher à son homoiTenéité et à sa clarté.

« Le mode général de développement de l'ongle humain est bien connu ; il est inutile d'en faire la description détaillée : on sait que le germe unguéal, que l'on pourrait appeler Vorciane de Vongle (en le rapprochant de celui de l'émail et de l'ivoire dentaires), est constitué par un bourgeon ectodermique disposé en nappe planiforme, et qui se comporte comme le ferait' l'incisure d'un plan par rapport au cône représenté par l'extrémité digitale. Ce plan ectodermique invaginé se poursuit jusc[u'au voisinage du périchondre du 4/3 postérieur de la phalangeite, dont il n'est séparé que par les vaisseaux sanguins embryonnaires anastomotiques entre ceux du lit de l'ongle futur et de S(M1 Arloinji . 10

manteau. L'organe de l'ongle, disposé sous forme d'encoche, est incliné à environ 45" ou un peu plus, sur l'axe longitudinal du doigt, et sa direction est oblique de haut eii bas et d'avant en arrière.

Nons étudierons, dans ce qui va suivre, l'organe de l'ongle chez le fœtus humain de plus de deux mois, c'est-àdire mesurant environ 11 centimètres. En effet, à ce stade du développement, le germe unguéal est facilement distinct en ce qu'il est la seule formation malpighienne ayant subi, dans l'extrémité digitale, un commencement de différenciation nette. Les papilles dermiques de la pulpe existent à peine et n'ont pas rejoint les vaisseaux sanguins végétant en sens inverse. Cependant, l'on peut déjà distinguer, dans le germe de l'ongle, lormé de cellules du corps muqueux de Malpighi, trois plans bien distincts : l'un antérieur, ou couche du lit unguéal; l'autre postérieur, ou couche du manteau; le troisième moyen, ou couche du limbe.

La couche du lit et celle du manteau font directement suite .à la couche des cellules cylindriques (ou génératrice de Ch. Robin) du corps muqueux de Malpighi. Je dois faire remarquer ici que, dans les deux premiers mois de la vie intra-utérine, l'ectoderme fœtal est composé seulement de deux couches : une profonde, à cellules cylindriques, et ne comprenant qu'une seule rangée d'éléments que teignent vivement les réactifs; l'autre superficielle, à cellules munies de pointes protoplasmiques unissantes, et qui s'exfolie incessamment à sa surface libre par suite du gonflement et de la pédiculisation de ses éléments constitutifs. Les couches cornées qui existeront plus tard n'ont pas fait leur apparition, l'on ne trouve donc, dans un pareil ectoderme, ni couche granuleuse, ni stratum corneum, ni cot/c/ie transparente intermédiaire. Ces parties ne se diffé-

— loi — rencieront que plus tard ; et l'on doit admettre, sur ces données, qu'à cette époque, la kératinisation des couches épidermiques n'existe pas.

Les cellules de la couche génératrice de l'organe de l'ongle sont absolument semblables à celles de i'ectoderme antérieur ou postérieur à la ligne du germe. Elles sont, par rapport à la surface dermique qui les supporte, implantées comme suit. Dans le manteau, elles restent d'abord perpendiculaires à la lame du derme. Dans le fond du sillon unguéal,. elles sont disposées exactement comme au fond d'un sillon interpapillaire. Enfin, dans la couche du lit elles redeviennent perpendiculaire?? à la direction de ce dernier et envoient, d'arrière en avant, une série de fines denticulations répondant à la région crêtée du lit unguéal.

Entre ces deux couches, est Cf;mpris le futur limhe unguéal, formé de cellules stratifiées, soudées entre elles par des pointes protoplasmiques, et dont le noyau se colore seul par l'hématoxyline et le carmin. La direction générale de ce stratum est parallèle à celle de l'incisure unguéalo. Elle est croisée par celle des lits de cellules de Malpighi qui occupent la position superficielle, et qui traversent, sans discontinuité, ni changement de direction, I'ectoderme anté -unguéal pour joindre I'ectoderme rétro-unguéal, en passant par dessus le germe de l'ongle.

Le limbe unguéal primitif est donc déjà distinct, par la direction de son stratum cellulaire, de l'épiderme général qui sera plus tard kératinisé. Il s'unit à ce dernier comme la branche verticale d'un T à la branche horizontale (en supposant que la branche verticale fasse en arrière un angle plus aigu qu'en avant, avec la branche transvei'sale).

Le lit et le manteau de l'ongle futur, sont formés par une lame de tissu connectif fibreux dès Vorigine, qui suit la

face dorsale du squelette du doigt et lui est intimement soudée (Voyez f g. 49). Le sjstèma des vaisseaux sanguins de cette région se développe d'arrière en avant par une série de fusées horizontales qui rasent le périchondre, émettent les vaisseaux ossiScateurs des pièces phalangiennes par leur face inférieure, et par leur supérieure, les vaisseaux du manteau et du lit unguéal. Sur le fœtus de 11 centimètres, on voit distinctement partir de ces traînées les vaisseaux arciformes posté ro-antérieurs du lit de l'ongle. L'extrémité de ces vaisseaux est encore distante de l'ectoderme, qui n'a pas encore bourgeonné dans l'intervalle des fusées vascula ires longitudinales, pour former les crêtes intermédiaires aux sillons du. lit unguéal.

Tout ce système vnsculaire s'arrête net au niveau de ce que j'appelle Yangle antérieur de l'ongle ; la formation de cette partie extrême du lit unguéal mérite de nous arrêter un instant.

Le tissu sous-ectodermique , qui formera le système dorsal du lit et du nianteau, est relié étroitement au périchondre des pièces cartilagineuses phalangiennes. Inférieurement, ces pièces sont enveloppées d'une façon analogue par un étui fibreux, duquel se dégagent, vers l'articulation phalango-phalangienne, les tendons fléchisseurs de la dernière pièce du squelette du doigt. Dans cet étui, sont comprises la phalange cartilagineuse et la phalangette. C'est au milieu de la diaphyse de la phalange, que l'on voit, chez le fœtus de 6 semaines, se dessiner le premier point d'ossification. Aux deux extrémités, le moule cartilagineux conserve ses caractères de cartilage fœtal. En son milieu, il offre, sous le périchondre, une croûte osseuse périchondrale disposée en sablier sur les coupes, et formant en réalité un anneau, à l'intérieur duquel le car-

^7 iJi i«)î;

FlG. 11).

Coupe lonqituiinale de l'extrémité du pouce d'un fœtus de deux mois et demi,

(Dessin fait à la chambre claire; obj. 0 de Nachet, ocul. 1 de Vérick).

1, Epiilerme desquamant de 1 extrémité [uliiaire.

2, Angle de l'ongle, corps de Malpighi de l'angle unguéal.

3, \'aisseaux du lit, ext. terminale ou antérieure.

4, Vaisseaux du lit posiéro-ant^Tieurs en voie d'accroissement. 5,5 Vaisseaux ossiiicateurs de la phalangette.

6, Couches de Malpighi du lit unguéal.

7, 7, Couches de Malpighi antérieure et postérieure du germe de l'ongle.

8, Limbe unguéal primitif.

9, Vaisseaux anastumotiques entre le lit et le manteau.

10, Vaisseaux embryonnaires du manteau fournissant aussi au tissu fibreux

périostique de la phalangette.

11, Ligament tibreux antérieur de la réyion du lit, déterminant par son in-

senion à la peau l'angle de l'ongle.

12, Lame connective de la pulpe.

13, Vdiss' aux pulpaires antérieurs.

14, Vaisseaux pnlj)aires de disiribution.

15, Vais>eanx papillaires encore distants des papilles ébauchées à leur ni-

veau.

16, 16, Cartilage calcifié.

17, 1"", Cartilage sérié.

18, 18, Cartilage embryonnaire.

19, Périoste et tendons fléchisseurs.

20, Préossification (croûte osseuse périchondrale) de la phalange.

21, Vaisseaux ossificateurs de la phalange.

Mvt .

tilage est calcifié purement et simplement. Entre l'extrémité embryonnaire qui formé la tête de l'os futur, et la partie moyenne calcifiée, le cartilage a pris l'aspect sérié dû au groupement particulier de ses éléments. Les vaisseaux ossificateurs, émanés du système vasculaire du squelette, abordent l'os futur au niveau de sa zone de préossification représentée par la croûte osseuse périchondrale. Tout ceci n'est pas étranger à l'histoire du germe de l'ongle ; car, morphologiquement, la phalangette, ainsi que me l'a fait remarquer mon élève et ami le D"" Chandelux, représente une pièce phalangienne, coupée par la inoitié, c'est-à-dire dont la partie antérieure manque: c'est donc l'extrénaité antérieure de la phalangette qui représente exactement la portion moyenne de la phalange, aussi cette phalan<;ette se calcifie-t-elle par son extrémité antérieure, et ses vaisseaux ossificateurs l'abordent à ce niveau, disposés comme ceux qui occupent le milieu de la diaphyse phalangienne (ces termes sont exacts, l'objet de la figure, qui fait la base de cette description, étant une coupe du pouce).

Ainsi, sous le lit de l'ongle futur, le squelette s'infiltre de sels calcaires ; il va offrir une base solide au développement de la phanère, et l'on conçoit bien que, la vascularisation ossificatrice normale abordant la phalangette par son extrémité, l'élimination des séquestres phalangettiens soit laborieuse et difficile.

Nous arrivons maintenant à un point capital dans l'histoire de la région unguéale ; et nous allons avoir, parle développement, la raison delà disposition anatomique qui, chez l'adulte, détermine la brusqua réflexion en bas du lit unguéal, de façon' à déterminer l'apparition de l'angle de ron£/Ze(l)(fig. 19).

(l) Rigole sous-unguéale.

Le système fibreux qui entoure le squelette du doigt forme autour de ce dernier une gaine qui en suit les contours. A la partie antérieure qui répond à la pointe relevée en crochet de la phalangette, le lit unguéal s'abaisse brusquement en bas pour coiffer l'extrémité de la pièce cartilagineuse; le système périchondral et tendineux inférieur se redresse, au contraire^ de bas en haut pour contourner la même extrémité et rejoindre le système fibreux du lit, Sur leur limite, et avant de confondre leurs fibres dirigées en sens inverse les unes des autres, ces deux systèmes envoient un trousseau de fibres (fig. 19, 11) dirigées suivant l'axe du doigt, et allant s'insérer à la face profonde du derme embryonnaire de l'extrémité antérieure du doigt. Ce ligament, nettement dessiné chez le fœtus long de il centimètres, divise une coupe, faite suivant l'axe longitudinal du doigt, en deux étages tout à fait distincts : l'un, situé au dessus du ligament précité, répond à la région du manteau, du lit, et de l'angle de l'ongle; l'autre, situé au dessous, répond à la lame vasculaire de lapulpe.

Cette lame de la pulpe, formée de tissu embryonnaire lâche, court sur la face inférieure du doigt, se relève sur ses faces latérales, et dessine à son extrémité, en se développant, la pulpe digitale antérieure. C'est son relèvement général dans tous les sens qui détermine aussi la sertissure de l'ongle. Limitée dans son extension en haut par le ligament fibreux de ra?2^Ze que nous venons de décrire^ elle ne peut plus se développer qu'au-dessous de lui, et dessine un bourgeon arrondi qui croî^t en dessous et en avant de l'angle unguéal, formant le relief de la pulpe, au-dessus duquel le lit de l'ongle, retenu par ses connexions fibreuses, m^onte droit pour redevenir peu après horizontal, et parallèle au système fibreux enveloppant des pièces du squelette.

Le système vasculaire primitif de la laine de la pulpe est très différent de celui du lit et du manteau de l'ongle. Il émane de grosses fasécs sans connexion initiale avec celles du système chondro-fibreux, et qui émettent, sous la portion moyenne de la phalangette, d'innombrables vaisseaux qui se dirigent vers l'ectoderme de la face pulpaire.

A 2 mois 1/2, ces rameaux n'ont pas atteint les espaces interpapillaires qui commencent à s'ébaucher. Ils en sont encore distants et, de plus, ne communiquent pas avec le système du manteau.

Cette communication ne s'effectuera que plus tard, dans l'épaisseur même de l'angle de l'ongle, mais, pendant toute la vie, les vaisseaux de la pulpe et ceux du manteau et du " lit unguéal, conserveront un type morphologique distinct, vestige évident de leur diversité d'origine. »

Les auteurs sont divisés sur l'origine des cellules du limbe de l'ongle. KôUikerattiibue la production des lamellescornées del'ongle àtoute la couche muqueusedu lit de la matrice, et'explique ainsi l'épaississement progressifde l'organe. Mais comme l'ongle, chez l'embryon, s'allonge (puisqu'il rompt l'éponychium) en même temps cju'il s'épaissit, Kôllik'er admet que la production des lamelles est plus abondante au fond de la rainure unguéale qu'àla surface du lit. Reichert, Ammonontcombattucette opinion. Pour eux, l'ongle se forme exclusivement au fond du repli susunguéal et à la surface de la lunule, d'où il s'avance graduellement à la surface du lit. Cette opinion a été reprise, à l'étranger, par Unna, Biesadecki ; mais en France, elle n'est généralement pas admise ; on croit que les cellules du lit concourent à la formation de l'ongle. Nous discuterons ces interprétations diverses après avoir étudié la régénération de l'ongle.

Enfance. — Pendant le neuvième mois de la grossesse, la couche épidermiqae supra-unguéale {éponychium, périonyx) se détruit dans son milieu, d'avant en arrière.

Après la naissance, cette destruction continue; elle respecte toute-fois la périphérie de cettelamequi devient alors notre périonyx. L'ongle d'ailleurs s'accroît rapidement en épaisseur, et, saut la dureté, cet organe prend en peu de temps, les caractères de l'ongle adulte dont il possède déjà la structure.

Page 1