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ORGANES PRODUCTEURS

§ 1, — Ongles.

Les ongles sont des édifications épidermiques et, comme tels, possèdent une structure simple. Toutefois, elle ne reproduit pas exactement celle de l'épiderme, et elle n'est pas identique dans tous les points ; de là l'utilité d'en faire une description spéciale.

Nous avons vu que si l'on pratique une coupe longitudinale ou transversale de l'extrémité du doigt, on reconnaît, en allant du dos de l'ongle au derme sous-unguéal : 1° une couche opaque qui tend à envahir de toutes parts la surface libre de l'ongle, en procédant de la périphérie au centre, couche cornée sus-unguéale (Sappey) , manteau (Renaut), que nous proposons de désigner sous le nom de périonyx (-spi, autour; ovuç, ongle) ; 2° l'ongle proprement dit; 3° un stratum de cellules molles.

Etudions chacune de ces parties.

A. he périonyx se présente avec tout son développement sur l'oogle du fœtus qu'il recouvre entièrement. Chez l'adulte, il disparaît plus ou moins complètement suivant les chances d'usure auxquelles il est exposé ou le raffinement que l'on apporte à la toilette de la main; mais on le voit sans cesse descendre du pli sus-unguéal et remonter du fond des sillons latéraux dans lesquels l'ongle est serti.

Cette lamelle se dissocie et se désagrège naturellement, dans les points où elle est exposée aux frottements, en

écailles dans lesquelles les alcalis et les acides minéraux décèlent la présence de cellules épidermiques semblables à celles du stratum corneum.

Sur une coupe longitudinale de l'extrémité faite dans le plan médian, on le voit, avec ses caractère histologiques particuliers, s'insinuer au-dessous du pli sus-unguéal, entre le corps muqueux de ce dernier et la face externe de la racine de l'ongle, tandis qu'il se confond, en avant du pli sus-unguéal, avec le stratum corneum de l'épiderme cutané, d'une part, et la face externe du limbe cornéal d'autre part. (V. fig. 13, 5).

FiG 13.

Coupe schématique de l'extrémité d'un doigt. 1, matrice de l'ongle; 2, lit de l'ongle; 3, ongle; 4, matrice du périonyx; 5, périonyx.

B. L'ongle proprement dit offre sur une coupe les apparences d'une lame homogène translucide. Cependant,

même avec des grossissements faibles, on voit des stries et des granulations dans son épaisseur. Si l'on additionne la préparation de soude, de] potasse ou d'un acide minéral, les stries deviennent plus apparentes. Avec un grossissement plus fort, on s'assure que les stries sont produites par les contours d'écaillés épidermiques que l'on peut, à leur tour, et avec les mêmes réactifs, décomposer en cellules polygonales, de 27 à 36 [x (KôUiker), à contours nets, toutes munies d'un noyau de 7 à Qfjt, rond quand il est vu de face, elliptique lorsqu'il est vu de profil. Elles résistent aux réactifs colorants.

Partout, dans l'ongle normal, ces cellules sont étalées parallèlement au derme sous-unguéal. Elles adhèrent fortement les unes aux autres, et, de plus, acquièrent et conservent dans tout le limbe une translucidité qui permet d'apercevoir, à travers ce dernier, la couleur du sang des capillaires du lit de l'ongle. Près de la face interne, elles prennent, sur une certaine épaisseur, les caractères du -.Iratum lucidum de l'épiderme.

C. La couche interposée entre l'ongle et le derme sousunguéal est entièrement formée de cellules; elle se continue aux bords de l'ongle avec les couches profondes de l'épiderme (Voir fig. 14), et se colore assez vivement par le carmin et l'hématoxylirie.

Cette couche commence, au contact des sillons et des plis de Henle, par une rangée de cellules prismatiques ou elliptiques, normales à la surface dermique analogue par conséquent aux cellules génératrices de l'épiderme. Audessus, <»lle présente des cellules dont la forme varie, à ce qu'il nous a semblé, avec celle des intervalles qu'elles comblent. Si elles occupent un sillon étroit, elles s'allongent beaucoup, et se disposent en faisceaux ascendants qui, au mi-

lieu de la hauteur du pli de Henle, divergent en entonnoir pour recevoir un prolongement hj'^alin du straium lucidum complètement kératinisé qui pénètre dans l'intervalle de chacun des plis comme un coin. Ce prolongement est la section d'une crête cornée émanée du limbe unguéal (Renaut) (1). Si elles comblent un sillon large, elles prennent une forme polyédrique par pression réciproque, dans le fond de l'intervalle interpapillaire, puis s'allongent ou s'aplatissent brusquement en arrivant au contact du stratum lucidum. Cette disposition se montre constamment au niveau de la lunule.

Dans cette région, Ranvier (2) a tait connaître récemment des cellules polymorphes, lesquelles se présentent tantôt comme de larges plaques striées, rameuses ou dentelées, contenant un semis granuleux de substance kératogène. C'est à l'irrégularité et au contenu de ces cellules qu'il faudrait attribuer, selon Ranvier, la coloration blanche de la lunule.

Déjà, Renaut avait décrit (3), au voisinage du sillon de l'ongle, un épaississement lenticulaire dont les cellules sont chargées de pigment et de granulations réfringentes. Souvent, ajoute l'auteur, l'aire elliptique qui en résulte dépasse le bord d<; sillon unguéal et dessine la lunule qui, chez certaines races humaines, en particulier chez les nègres, présente une coloration bleuâtre due à l'existence d'une pigmentation abondante.

Ces cellules pigmentaires s'étendent-elles, chez le nègre, àla surface du lit de l'ongle? On le croirait, d'après les ci-

(1) Communication écrite.

(2) Cliambard ; Revue générale de l'anat. norm. et patholog. de la peau. In Ann. de dermatologie et sypliiligr., avril 1880.

(3) In Annales de dermatologie, 1878.

tations faites, dans Kôllike;', des observations de Béclard et Krause; cependant, nous inclinons à repousser cette manière de voir, car, chez les animaux dont la corne est colorée en noir, les cellules pigmentées sont exclusivement placées à la surface de la matrice de l'ongle, jamais à la surface du lit.

Toujours est-il que «les cellules intercalées entre les plis et sillons de Henle et la face interne de l'ongle et qui occupent la place de la couche génératrice et du corps muqueux de Malpighi se chargent d'emblée d'une certaine quantité de kératine. Lakératinisation s'opère ici sans l'intervention du stratum granulosum qui manque à ce niveau, comme Heynold (1) et Renaut (2) l'ont constaté, pour reparaître dans l'épiderme, à l'angle de l'ongle, là où la peau quitte la face inférieure de celui-ci. On commence même à trouver d'après ce dernier histologiste, des grains de substance cornée dans la zone périnucléaire des cellules de la couche cylindrique. A défaut de la constatation directe, qui est très pré cise daES ce cas, nous pourrions invocjuer, en faveur de la kératinisation rapide des cellules du lit de l'ongle, son envahissement par les parasites pilicoles. Alibert, Pinel, Murray, Gibert, Cazenave, Mahon, ont signalé des affections parasitaires des ongles. Bazin a vu positivement que deux parasites des poils et de la gaine radiculaire interne, Vachorion Schœnleinii et le tricophyton tonsurans, se développent admirablement dans cette couche et de là dans le limbe unguéal, qu'ils finissent par amincir et perforer, après y avoir provoqué des nodosités, des renflements analogues à ceux qu'ils produisent dans la tige des poils.

(IJ Beitrag zar Histologie und genèse der NageU. In Vjrchow's Arch. t. TLXV.

(2). In Loc. cit.

Virchow et Pursel ont trouvé égalemf nt des végétaux dans les ongles: mais ils ne les ont pas déterminés.

Cette transformation est importante à retenir, car elle donne au lit de l'ongle des allures pathologiques spéciales. Ainsi la pustule variolique se développe autour de l'ongle, aussi près qu'on peut l'imaginer; jamais au-dessous. Quelques personne pensent avoir observé des pustules sousunguéales ; mais il est probable qu'elles auront été trompées par les apparences. Effectivement, la pustule peut se montrer dans la pulpe sous-unguéale, à l'angle de l'ongle, et produire une congestion du derme qui s'étend au loia sous le limbe cornéal où on l'aperçoit par transparence,et en imposer pour une pustule du lit de l'ongle. Pourquoi cette exception ? Les travaux de Neumann, Auspitz, Basch, Renaut, Cornil, nous ont appris que le processus de la prépustulation se passe en partie dans la couche muqueuse de l'épiderme, dont les cellule dentelées se gonflent, se convertissent en vésicules, s'ouvrent et forment en partie, une sorte de réticulum qui cloisonne la pustule. Or, pareil ramollissement est impossible dans des cellules déjà imprégnées de kératine. L'absence de pustules varioliques sous-unguéales trouverait donc dans la kératinisation précoce des cellules du lit de l'ongle une explication rationnelle.

Nous ferons même remarquer que ces cellules adhèrent moins intimement à l'ongle qu'au derme scus-unguéal ; aussi restent-elles appliquées sur ce dernier, lorsque l'ongle est enlevé accidentellement ou dans un but chirurgical, et, comme elles ont relativement une grande solidité, elles protègent efficacement les crêtes et les papilles qu'elles recouvrent contre l'action des corps extérieurs (Sappey).

En résumé, à la hauteur du lit de l'ongle, on verra, en procédant de dedans en dehors: l'ia couche de cellules cy-

lindriques; 2'' le corps muqueux plus ou moins fibroïde; 3" le stratum lucidum ; 4" le limbe unguéal ; 5" le périonyx (près des bords).

§ II. — Structure des organes producteurs de l'ongle.

Pour M. Sappey, l'ongle est produit par le derme pdriunguéal. On pourrait dire plus exactement qu'il se forme à la surface du derme péri-unguéal.

Au point de vue descriptif, les tissus sous-unguéauxsont divisés en trois parties : le dermi sous-unguéal, le derme sus~unguéal, la gouttière iinguéale. Mais en nous plaçant au point de vue de la genèse de l'ongle, nous proposerons / une autre division. Nous espérons démontrer plus loin que l'ongle proprement dit se forme à la surface de la portion du derme sous-unguéal qui s'étend du fond du sillon supérieur (matrice unguéale de quelques auteurs), jusqu'au bord de la lunule , et c[ui lance à sa naissance, à droite et à gauche, deux étroits prolongements qui descendent dans les gouttières unguéales (fig. 15, A, 2) ; en avant, l'ong'e est à peu près purement et simplement supporté, par le derme ; c'est sur cette région qu'il glisse au fur et à mesure de sa croissance. En conséquence, pour nous, la partie supérieure du derme sous-unguéal est la matrice de l'ongle proprement dite; la partie inférieure est le lit de l'ongle. Quant au repli désigné sous le nom de derme sus-unguéal et au rebord de la gouttière unguéale, ils portent à leur base la matrice sur laquelle se développe la lamelle cognée que nous appelons périonyx.

Les organes producteurs de l'ongle et de son annexe sont donc, savoir : la matrice de l'ongle, la matrice du périonyx .

A. La membrane sous nngéale se continue de toutesparts avec le derme du reste du doigt ou dps orteils ; mais elle s'en distingue dans les régions qui servent réellement de matrice, par la disparition des papilles. Si l'on suit sous le microscope une coupe transversale intéressant les bords de la gouttière unguéale (fig. 14), en allant de dehors en dedans, on constate que les papilles du derme cutané (2) manquent tout-à-coup dans la portion du corps papillaire (4) qui réunit celui-là au lit de l'ongle. Cette portion présente un gonflement (5) qui répond à la coupe de la matrice du périonyx dont les cellules recouvrent le bord latéral de l'ongle (8'). De même, si l'on étudie une coupe du pli sus-unguéal, on trouve des papilles dans la peau fine et rosée qui couvre la phalangette ; on n'eu voit plus à la face interne du pli, où existe tfne autre partie de la matrice du périonyx (fig. 13). Enfin, on a dit précédemment que la surface de la lunule off"rait des crêtes à peine sensibles. Au contraire, dans la partie moyenne de la membrane sous-unguéale, destinée à fixer l'ongle, tout en permettant des mouvements de glissement compatibles avec sa croissance physiologique et les déplacements mécaniques qu'il peut subir, le derme sous-unguéal se plisse longitudinalement suivant le mode usité dans l'économie pour la multiplication des surfaces (fig. 14).

En avant, où ces plis longitudmaux cessent, il existe quelques longues papilles isolées, puis on retrouve les papilles de la pulpe du doigt.

Les auteurs classiques n'ont donné que des descriptions très brèves de la structure de la membrane sous-ungéale.

« Le derme qui constitue le pli sus-unguéal et le lit de l'ongle, écrit Kôlliker, est dense et presque entièrement privé de graisse, même dans ses parties profondes ; les crê-

tes, les lames et leurs papilles sont très riches en libres élastiques. Il existe de nombreux vaisseaux sanguins, surtout dans la portion antérieure du lit de l'ongle; ils sont

FiG. i4.

Coupe transversale (1/2 scliémalique) montrant les rapports du bord latéral ce l'ongle avec l'épiderme et de l'ongle avec son lit.

], lit de l'ongle. — 2, derme cutané. — 3, créts du lit de l'ongle ou de Henle. — 4, corps papillaire au point d'union du lit de l'ongle et dn derme cutané. — 5, m.itrice du périonyx. — G, couche cornée de l'épiderme. — 7, périonyx. — 8, ongle. — 8', son bord latéral. — 9, Corps muqueux de Malpighi

plus rares en arrière, dans la portion couverte par la racine de l'ongle, et dans la rainure unguéale. » Sappey nous dit que « cette région ne contient ni glandes sébacées, ni glandes sudoripares; son adhérence au périoste sousjacent a pour eiïet de l'immobiliser. Les artères qu'il reçoit, affectent leur mode de distribution habituelle; mais les veines sont ici plus volumineuses, dilatées et comme variqueuses sur certains points ; c'est à elles que les ongleg sont.

redevables de leur coloration rouge ou rosée dans l'état normal, et delà teinte bleuâtre qu'ils prennent sous l'influence de l'asphyxie. »

Nous multiplierions les citations sans rien ajouter d'original à ces deux descriptions. En présence de cette pénurie de matériaux, nous sommes heureux de pouvoir insérer le résultat des recherches que notre ami, M. le professeur Renaut, a entreprises pour nous sur la structure et la vascularisation de la membrane sous-unguéale.

« Jusqu'au niveau de l'angle de l'ongle, ^e tissu fibreux du derme du lit unguéal, reposant sur la phalangette, n'est point séparé de l'os par du tissu connectif lâche. I-es faisceaux fibreux épais qui le constituent ont en majorité une direction longitudinale. Les plis de Henle sont formés par l'épaississement de ce tissu fibreux, dont les faisceaux, a mesure que l'on remonte vers la face libre du p)i, deviennent plus grêles tout en restant longitudinaux pour la plupart. Cependant on trouve, sur les coupes longitudinales et transversales du lit de l'ongle, des faisceaux fibreux qui croisent la direction des longitudinaux sous diverses incidences. Dans les espaces interfasciculaires existent de nombreuses fibres élastiques disposées en réseaux, dont les mailles enveloppent les faisceaux conjonctifs comme le feraient celles d'un filet.

« Au niveau des plis longitudinaux de Henle, les faisceaux fibreux se relèvent et montent, sous forme de fibres fines, verticalement dans l'épaisseur du pli, pour se terminer à sa surface par une série de petites dents qui constituent les festons de la surface du derme. Arrivées au contact du corps de Malpighi, ces fibres finissent par une extrémité effilée, mais ne se prolongent pas dans la substance unissante ou ciment interépithélial. Si l'on fait

macérer un doigt pendant un mois dans le liquide de Muller, l'ongle se détache facilement; le lit unguéal sillonné de crêtes est mis à nu; si l'on fait alors des préparations du lit unguéal, on reconnaît que la phanère, enlevée, a entraîné avec elle tout le corps de Malpighi. La limite du derme se montre alors finement denticulée, mais chaque petite dent répond àlaterminaison d'un faisceau conjonctif atténué dans ses dimensions et ne donnant pas naissance à des filaments cassés comme le seraient ceux du ciment interépithélial, si ce dernier n'était que la contmuation des fibrilles connectives élémentaires qui entrent dans la constitution des faisceaux fibreux. »

Les nombreux vaisseaux sanguins du lit de l'ongle sont contenus dans les espaces inter-fasciculaires du derme. Nous ne nous occuperons, dans la description qui vasuivre que de la disposition des réseaux terminaux.

M. Renaut distingue trois réseaux :

1° Réseaux sanguins du manteau (1) de Vongle. (V. fig. 15) (a). Sur la face libre, le réseau vasculaire sanguin est disposé à la façon de celui des régions papillaires du derme. Les papilles sonthautes,etrenfermentchacune un bouquet de capillaires à anses multiples. Tous ces bouquets communiquent largement entre eux, à leur base, par un réseau de capillaires sanguins parallèlement disposé à la surface du tégument; de ce réseau planiforme, partent des anastomoses grêles, qui pénètrent dans la profondeur du derme, et rejoignent les vaisseaux de distribution. Au niveau et un peu au-dessous de ces derniers, existent des glandes sudoripares constantes, reconnaissables sur les pièces injectées à la disposition typique de leurs vaisseaux sanguins.

(1) Derme nus-UDguéal de Sappey. Matrice du périonyx, nobis.

Les canaux excréteurs de ces glandes se déversent sur la face libre du manteau, (fig. 44.)

L'existencedu réseau sanguin anastomotique planiforme subjacent à la ligne des bouquets papillaires assure la circulation sanguine dans la face dorsale du manteau. Si l'on anémie artificiellement ce dernier en le pressant à sa base à l'aide d'une spatule, tout le manteau pâlit, et la zone privée de sang se dessine derrière l'ongle comme un croissant exsangue à concavité tournée vers l'extrémité du doigt, et embrassant l'ongle d'arrière en avant. Mais au bout de peu d'instants, on voitle sang revenir parles deux pointes du croissant, et effacer la pâleur anémique d'une façon lente et progressive, d'un autre côté l'observation clinique nous montre que la région dorsale du manteau est un lieu d'élection pour la congestion sanguine. Dans l'onjxis, le manteau, rouge et congestionné, entoure l'ongle d'un bourrelet saillant analogue an chémosis qui se forme, dans les conjonctivites, autour de la cornée transparente,

(6). Sur la face adhérente ou réfléchie du manteau, qui accompagne l'ongle dans le sillon de sa matrice, toutes les papilles ont disparu. Mais le résaau sanguin planiforme sous-papillaire voit s'accroître le nombre de ses maiiles et la largeur de ses vaisseaux. Ce réseau, ainsi constitué, ne communique plus avec aucun des systèmes sanguins sudoripares. Conservant ses caractères, il contourne l'extrémité de l'ongle, et se poursuit sur la portion la plus reculée du lit unguéal. De nombreux et larges traits anastomotiques le mettent en relation, après un court trajet, avec les vaisseaux de distribution qui sont, à ce niveau, nombreux

et serrés. La riche vascularisation de cette région, les nombreuses anastomoses qu'on y remarque, les relations presque directes avec les vaisseaux distributeurs, et enfin la largeur accrue des voies du sang, doivent être notées. Elles sont vraisemblablement en relation avec les fonctions actives de la matrice ; et nous verrons plus tard que ces dispositions jouent un rôle mécanique dans la répartition du liquide nourricier.

2° Réseaux san juins du lit de l'ongle. (V. fig. 1 5). — Dans la poriion la plus recalée du lit, sous la matrice unguéale, le réseau sanguin immédiatement subjacent à l'ongle est la suite de celui que nous venons de décrire, et présente les mêmes caractères. Mais bientôt, sous la portion de l'ongle encore cachée sous le manteau, derrière la lunule, on voit, de ce réseau, s'élever desboucles vasculares simples; couchées les unes sur les autres d'arrière en avant. Je les appellerai anses vasculaires pnpilliformes rétro-lunulaires. Ces anses, au nombre de trois à quatre dans une coupe longitudinale de l'ongle, disparaissent complètement dans la région lunulaire proprement dite, et, à ce niveau, le réseau vasculaire redevient planiforme.

Dès que la région de la lunule est dépassée, de nouvelles boucles vasculaires s'élèvent du réseau planiforme et montent dans l'épaisseur des crêtes décrites par Henle. A l'inverse des boucles vasculaires rétro-lunulaires, celles-ci sont dirigées d'avant en arrière, comme si elles voulaient se coucher sur le lit unguéal dans le sens contraire aux pressions exercées sur le bout du doigt. Bientôt elles se redressent et deviennent verticales; elles sont longues, grêles et semblent toucher la portion la plus profonde du limbe unguéal répondant au stratum lucidum. Mais ce n'est

qu'une apparence, elles en sont toujours séparées par une mince couche du corps de Malpighi. Enfin, tout à fait en avant et derrière l'angle de l'ongle, ces boucles disparaissent et le réseau sanguin le plus superficiel redevient planiforme comme il l'était en contournant la matrice. A ses deux extrémités, le réseau du litunguéal a donc des caractères identiques. Cette disposition me semble due à l'intime adhérence de l'ongle à son lit sur ses deux points extrêmes.

I-es boucles vasculaires de la région du lit unguéal sillonnée par les plis de Henle sont, je l'ai dit, ordinairtment simples. On en trouve cependant parfois de superposées, couvrant une série d'anses rudimentaires à la façon d'arcades enveloppantes. Un fait à noter, c'est que les réseaux planiformes d'où s'élèvent les boucles courent principalement dans le sens longitudinal, renfermés dans l'épaisseur des plis, et que les anastomoses transversales de pli à pli ne sont pas abondantes.

Mais ce qui est particulier dans la disposition des vaisseaux du lit de l'ongle, c'est la configuration des traits anastomotiques qui relient le réseau superficiel aux vaisseaux de distribution. Ces traits se dirigent d'arrière en avant, à la façon d'arcs de cercles superposés. Ces arcs postéro-antérieurs anastomotiques grêles ont un trajet de plus en plus court à mesure que l'on s'avance d'avant en arrière vers la racine de Tongle, de façon que les pressions exercées sur l'extrémité antérieure de celui-ci, et dirigées de manière à l'incliner sur son lit, anémient, il est vrai, la portion antérieure de ce dernier, mais font refluer le sang dans les réseaux sinueux et extensibles de la matrice, la vitalité de cette dernière et celle, conséquemment, de l'ongle tout entier sont favorisées au plus haut degré par cette dis-

position. J'ajouterai que tous les vaisseaux de distribution du lit de l'ongle sont volumineux, sinueux, fréquemment réunis par des anatosmoses larges et sont par conséquent le siège d'une circulation toujours active.

3° Vascularisation de V angle de l'ongle et de lapulpesousiinguéale. — Au niveau de l'angle de l'ongle, le stratum lucidum, qui courait distinctement souslelimbe et parallèlement à lui, s'en sépare brusquement à anglepresque droit; le limbe poursuit sa direction et devient libre. Les couches cornées descendent au devant de l'angle de l'ongle et forment, au derme de ce dernier, un épais revêtement. Dans toute la hauteur de l'angle, le réseau planiforme émet des bouquets papillaires typiques, longs, à anses multiples, et tous dirigés parallèlement à la direction primitive de l'ongle, de telle sorte qu'ils sont exactement horizontaux.

Immédiatement derrière le réseau planiforme anastomotique qui fait communiquer ces bouquets entre eux par leur base, on voit des gloniérules sudoripares avec leurs ■vaisseaux typiques. Le canal sudorifère qui en émane traverse obliquement l'épidermede l'angle unguéal pour s'ouvrir à l'intérieur. Cette obliquité est caractéristique, car plus bas, dans la pulpe sous-unguéale, ces mêmes canaux sont exactement horizontaux, comme les papilles de la région. Les bouquets vasculaires de ces dernières méritent de nous arrêter un instant ; au lieu de communiquer entre eux par l'intermédiaire d'un réseau plan d'anastomoses, ils font directement suite aux branches émanées des vaisseaux distributeurs ; il n'y a donc pas ici, comme dans la peau de la pulpe des doigts et dans laface libre du manteau de l'ongle, d'anastomoses grêles entre le réseau des papilles et les ramifications des vaisseaux qui distribuent le

sang à la peau. La pulpe sous-unguéale est, par suite, une région particulière, présentant desdispositions vasculaires spéciales. Au-dessous d'elle, le type ordinaire de vascularisation reparaît et se poursuit sur la face plamaire, avec ses caractères bien connus et partout décrits (1). »

Les lymphatiques ont-ils des représentants dans le derme sous-unguéal ? Ancel nous dit (2), sans indiquer la source où il a puisé ce renseignement, que le réseau lymphatique enchâsse en quelque sorte le derme sous-unguéal, aux doigts tt aux orteils, sans jamais dépasser sa circonférence. Sappey ne consacre pas un seul mot aux lymphatiques de cette région. Faut-il en conclure qu'ils sont absents? Non, car Bonamy a vu une fois le réseau qui entoure l'ongle du pouce s'avancer de la face dorsale du doigt sur la matrice unguéale (3); en outre, Sappey représente un réseau sous-unguéal assez riche, sur une figure des lymphatiques du dos de la main (Traité d'anat. descriptive, t. Il, p. 873).

Ce sont les seuls renseignements que nous ayons troU' vés sur cette question.

Quant aux nerfs, ils sont abondants (Sappey) et forment profondément des faisceaux assez volumineux parallèles aux crêtes du lit(Renaut). De ces faisceaux profonds s'élèvent probablement des filets pour les lames deHenle; mais ils sont peu nombreux, car Kolliker et Wagner n'ont pu les trouver. Sappey (4) et Renaut (5) assurent positive-

(1) Benaut, In Jitt,

(2) Des ongles au point de vue anat. et ^'pathol. Thèse de Paris.

(3) In Ancel.

(4J In Traité d'anatomie, (5) In litt.

ment que ces nerfs ne présentent jamais de corpuscules tactiles au fond des sillons du lit de l'ongle, ni même dans les prolongements papiiliformes de ces dépressions.

ARTICLE IV. — NATURE DE l'oNGLE ET DES TISSUS

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