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SES DIFFÉRENTES PARTIES

D'après Blancardi, les ongles seraient des poils agglutinés. D'où l'on pourrait tirer comme induction que les poils sont des ongles divisés.

Cette opinion est fausse pour l'ongle humain; elle ne me parait pas sans fondement pour la plupart des productions cornées des animaux et certaines productions accidentelles de l'homme.

Quelques organes, tels que la corne nasale du rhinocéros, présentent une texture éminemment fibrillaire ; le microscope y décèle la présence d'une multitude de petits cylindres épidermiques. Ces organes deviennent filamenteux sous l'influence dos actions mécaniques. L'ongle du cheval, dont nous avons donné une idée, se compose de tubes volumineux, juxtaposés parallèlement, entre lesquels est coulée une substance unissante ; ces tubes ont pour éléments constituants les éléments]des poils; rien n'y manque pour établir l'analogie, pas même la substance médullaire : de sorte que les tubes cornés sont comme d'énormes productions pileuses qui deviennent libres et flottent au bord inférieur du sabot, si l'humidité, le sable et la boue des chemins, détruisent la matière intertubulaire. Quant à cette dernière, elle possède la structure delà substance des tubes. Ainsi donc, grosses productions piloïdes agglutinées par un amas de cellules épidémiques inter-tubulaires, telle est l'idée que l'on peut se faire de la constitution du sabot et des cornes des animaux.

Cette disposition, nous tenons à le faire remarquer, se

lie directement à la présence de villo-papilles à la s';rface de la matrice nnguéale. Or, ni la texture tubulée de l'ongle, ni l'état villo-papillaire de la matrice n'existent chez l'homme ; rien, chez lui, ne rappelle la structure du poil, et si on le supposait divisé en filaments très fins, aucun d'eux ne figurerait un poil, fût-ce de très loin. Par conséquent, l'ongle humain doit recevoir une autre interprétation.

Les progrès de l'histologie nous permettent de glisser rapidement aujourd'hui sur l'opinion de Breschet et Roussel de Vauzème (1). Ces auteurs admettaient que la substance cornée s'écoulait d'un appareil hlennogène, situé dans la profondeur du derme, sous forme d'un mucus qui se mélangeait, après sa sécrétion, à une matière colorante, puis s'étalait et se desséchait à la surface du derme. L'appareil hlennogène de Breschet et Roussel de Vauzème, était une partie des glandes sudoripares. Or, nous savons maintenant : 1° que ces glandes ont une fonction autre, et qu'au surplus le derme sous-unguéal et la matrice de l'ongle n'en renferment aucune ; 2° que le tissu de l'ongle n'est pas amorphe, comme du mucus solidifié, mais présente des cellules très nettes et parfaitement isolables.

Cette hypothèse est donc ruinée, et, depuis longtemps déjà, l'ongle est regardé comme] une dépendance du système épidermique. Mais quelles relations existe-t-il entre les couches de l'ongle et celles de l'épiderme?

Deux opinions principales sont en présence : l'ongle reproduit l'épiderme, c'est-à-dire que les cellules du lit répondent au corps muqueux de Malpighi (Kolliker, Frey),

(1) Recherches anatomiques et physiologiques sur les appareils tégumentaires des animaux. In Ann. des se. nat., 1834, t. II.

Arloing. y

OU bienl'ongle tout entierappartient à la couche muqueuse (Sappey, Heynold).

Les partisans de la première opinion font observer que les cellules de la couche profonde se continuent sans interruption avec le corps muqueux de l'épiderme général, qu'elles retiennent la matière colorante, tandis que le limbe de l'ongle est compacte, strié, jaunâtre et translucide, comme la couche cornée". Les défenseurs de la seconde invoquent la présence de cellules à noyau dans toute l'épaisseur de l'ongle (Sappey), ou bien l'abserce, à la face inférieure de l'ongle, du. stratumgranulosum{H.eyno\i) qui s'interpose, dans l'épiderme ordinaire, entre le corps muqueux et la couche cornée.

L'observation attentive des faits démontre que la vérité est entre ces deux opinions.

Dans ces dernières années, on a subdivisé l'épiderme de la manière suivante : 1° couche génératrice; 2" corps muqueux de Malpighi ; 3° couche granuleuse; 4° zone transparente (slatum lucidum) ; 5° couche cornée ; 6° couche desquamante.

Ranvier a fait voir que les granulations qui remplissent les cellules de la troisième couche, et qu'il appelle granulations d'cléidine, transforment ces éléments en cellulescornées, déterminent l'atrophie de leur noyau et préparent le phénomène ultérieur de la desquamation épidermique.

On sait très bien que l'ongle ne s'exfolie pas, que ses cellules sont solidement soudées et de plus translucides. Ces différences tiennent à la disparition au niveau de la matrice et du lit de l'ongle de la couche granuleuse d'Œhl (Unna, Heynold, Renaut). En eiîet, pas de couche granuleuse, pas d'éléidine ; pas d'atrophie du noyau des cellules, pas d'opacité, pas de tendance à la desquamation.

Mais cela ne suffit pas, à notre avis, pour admettre que la couche muqueuse constitue la totalité de l'ongle ; car l'ongle est véritablement formé de cellules cornées, dont les propriétés histo-chimiques sont différentes de celles des cellules du corps muqueux ; seulement ces éléments sont këratinisés par un processus spécial, sans le secours de l'éléidine.

Si parfois, la couche granuleuse se montre çà et là et pour un temps à la surface de la matrice unguéale, l'ongle formé à ce niveau et pendant ce laps de temps en emporte une tache blanche, opaque, plus ou moins étendue. M. Bazin appelle cette légère difformité achromie des ongles; il serait plus exact de la nommer leucochromie. Ancel (1) l'attribue à une modification spéciale des cellules.

J'ai eu l'occasion d'observer un cas remarquable de leucochromie générale sur un jeune homme d'une vingtaine d'années. Tous les ongles, aux mains et aux pieds, étaient blancs et opaques, rayés longitudinalement et un peu rugueux. Remarque intéressante : le père de ce jeune homme présente la même anomalie; son aïeul n'avait que des aches. Le derme péri-unguéal étaitsain ; ce jeune homme n'éprouvait aucune souffrance, ni aucune sensation anormale au bout des doigts. Sur des coupes transversales minces pratiquées près de l'extrémité libre des ongles, j'ai trouvé, intercalées entre des rangées de cellules cornées ordinaires, des strates de cellules remplies de granulations ou d'amas qui fixaient énergiquement les réactifs colorants (piro carmin et hématoxyline) comme le font les granulations d eléidine. Je suppose que, dans ce cas, le stratum granulosum était représenté en permanence sur la matrice unguéale.

(1) In thèse citée.

Il me reste à dire quelques mots de la lamelle cornée desquamante qui s'étend du repli sus-unguéal et qui monte du fond des gouttières unguéales latérales, du manteau, comme la désigne M. Renaut.

Cette lame, chez l'adulte, est peu développée, quelquefois, elle semble manquer; aussi plusieurs auteurs négligent-ils d'en parler. En réalité, elle ne manque jamais ; seulement elle est détruite au fur et à mesure de sa production par les frottements ou refoulée par les soins que l'on apporte à la toilette des doigts. Est-ce simplement le prolongement de la couche cornée du pli sus-unguéal, ou est-ce une production épidermique spéciale, différenciée pour des usages particuliers?

J'ai lait remarquer précédemment qu'à nos yeux cette lamelle avait un représentant dans l'ongle du cheval (le périople) et que ce représentant, parvenu ici à son maximum de développement, était un organe spécial pourvu d'une matrice spéciale (bourrelet périoplique). "Le périonyx de l'ongle humain, pour être plus petit, n'en est pas moins un organe indépendant du reste du système corné, qui mérite de fixer l'attention.

Anatomiquement, il est facile de démontrer l'individualité du périonyx. Elïectivement, pendant l'état fœtal, on distingue dans le germe de l'ongle, une petite masse de cellules tenant la place dufutur manteau ou périonyx. En outre, si l'on étudie une coupe mince longitudinale de la rainure unguéale, on voit les cellules du périonyx partir du fond du sillon compris entre la racine de l'ongle et le pli sus-unguéal (voir fig. J3); là, il touche au corps muqueux de cette région, et ce corps muqueux est appliqué sur une portion dermique qui possède tous les caractères d'une matrice unguéale ; elle est dépourvue de papilles et son ré-

seau capillaire est planiforme comme dans la lunule qui est, on le sait, la véritable matrice du limbe unguéal (voir fig. 15).

J'ajouterai que le périonyx et sa matrice ont des affections distinctes de celle de l'ongle. Le D' Vérité a communiqué à la société d'hydrologie médicale de Paris, en 1876, l'observation d'un cas de psoriasis unguéal, qui par ses caractères spéciaux, a été distingué par l'auteur du psoriasis unguéal ordinaire décrit par Bazin, sous le nom de psoriasis sus-zmguéal. Cette maladie était caractérisée, entre autres symptômes, parla présence de coques épidermiques qui coiffaient l'extrémité des orteils à la manière de doigts de gant. A la suite d'un traitement, ces coques sont tombées laissant en place des ongles un peu atrophiés, mais complets. Ne s'agit-il pas, dans ce cas, d'une maladie particulière du pli sus-unguéal que nous proposons d'appeler mafrice du périonyx et sur lequel nous nous efforçons d'appeler l'attention des anatomistes et des cliniciens? Nous sommes d'autant plus ferme dans l'espoir qu'une observation attentive démontrera l'individualité clinique de cet organe, que celle-ci est évidente en médecine comparée.

ARTICLE vil. ONGLES ANORMAUX ET PRODUCTIONS CORNEES

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