‹ Poils et onglesChapitre 17 sur 27 · ACCIDENTELLES · texte numérisé non relu

ACCIDENTELLES

§ I- — Les ongles présententun certainnombre d'anomalies compatibles avec une parfaite santé et dont la cause échappe à l'observateur. Nous dirons un mot de ces anomalies, renvoyant ailleurs les difformités pathologiques.

Les anomalies portent sur l'absence, l'hypertrophie et le déplacement des ongles.

Certains sujets n'ont pas d'ongles ou n'ont que des ongles rudimentaires. Ce vice est congénital et peut être héréditaire. Ancel rapporte dans sa thèse, que l'on conserve, au musée de Berlin, un fœtus qui présente la première anomalie. Au contraire, l'ongle pi end, chez quelques individus, un développement considérable. On connaît un cas décrit par Rayer oîi les ongles des doigts avaient acquis un décimètre de longueur et presque autant d'épaisseur, et un autre cas dû à Saillant, tellement remarquable, que la ferame qui l'a présenté était surnommée la femme aux ongles. (Ancel.) Nous en avons vu des exemples fort curieux dans les collections du professeur Charcot, à la Salpétrière.

Il est probable que de telles hypertrophies sont pathologiques, car, dans quelques pays où les hommes laissent croître leurs ongles avec un très grand soin, ces organes s'allongent beaucoup, s'infléchissent de diverses manières, mais n'augmentent pas très sensiblement d'épaisseur.

A propos des hétérotopies unguéales, on raconte' partout les fixits cités par Bartholin. Une jeune fille aurait présenté l'ongle de l'indicateur sur la partie latérale du doigt, et, sur un sujet où les doigts étaient absents, Bartholin aurait vu les ongles fixés sur le moignon de la main.

Ce dernier fait nous conduit à parler des productions cornées accidentelles.

§ II. — M. Corlieu (1) ayant eu l'occasion d'amputer les deux dernières phalanges du petit doigt vit, quelques mois après, le moignon protégé par une sorte d'ongle. D'ailleurs, il est assez fréquent d'observer des productions cornées sur les cicatrices déterminées parlesplaies confuses et les brûlures.

(l) In Gazette des hôpitaux, 1863.

Mais des plaques ou des cornes coniques peuvent se développer sans cicatrice préalable sur la peau, le prépuce, le gland, la muqueuse conjonctive et la muqueuse linguale. Un des cas les plus curieux est celui d'Alibert qui vit, en 1803, les deux frères Lambert dont tout le corps, excepté la face, lapaume desmains et la plante des pieds, étaitcouvert de plaques cornées qui présentaient une mue périodique à l'automne et au printemps (Landouzy). D'autres fois, ces productions sont coniques, droites, courbées en arc ou contournées en hélice, cannelées ou mamelonnées; leur longueur va jusqu'à 30 centimètres, avec 4 à 5 centimètres de diamètre à leur base. <? Dumonceau en a décrit une qui mesurait 11 pouces de longueur sur 3 de largeur à sa base. Everard Home en a vu de même dimension. J. Cloquet a publié l'observation d'une vieille femme qui portait sur le front une corne monstrueuse dont la base avait 6 ou 7 pouces de diamètre sur 5 pouces environ de hauteur (1). »

Bartholin et un grand nombre de vétérinaires ont signalé des productions analogues sur les mammifères et les oiseaux.

Chez l'homme et chez les animaux, ces cornes accidentelles offrent la même structure. Le tissu corné présente toujours, ainsi que l'a fait remarquer M. Robin, une texture filamenteuse ; il n'est pas rare de voir ces productions compactes à leur base et divisées au sommet. On pourrait les comparer à des poils agglutinés, comme on peut le faire de la corne du sabot des solipèdes. La ressemblance se poursuit, et on devait s'y attendre, jusque dans la portion de peau qui sert de matrice à ces productions; ses papilles sont hypertrophiées et rappellent les villo-papilles

(1) Art, Corne du Dict,. de Jaccoud.

de la membrane kératogène, à chaque prolongement répond une édification épidermique et ces filaments sont accolés par les cellules qui sont produites à la base des papilles.

Les kystes pilo-sébacés contiennent parfois des amas épidermiquesqui simulent une corne fixée oulibre. M.Robin dit qu'il ne s'agit pas ici d'une corne réelle, « mais d'une hypertrophie énorme de la portion bulbaire du poil (dont le follicule et la glande sont devenus kystiques) dont toutes les cellules peu cohérentes restent encore pourvues de leur noyau. Ces cellules sont ici étroites et allongées, comme celles qui forment la substance pileuse normale, mais bien plus grandes (1). »

L'étude des productions cornées accidentelles nous fournit cet enseignement, qu'un point quelconque de la peau ne peut pas donner naissance à de la corne, s'il n'a subi une modification préalable qui le transforme en surface phanérogène. Donc, la différenciation de l'épiderme implique une différenciation de la membrane de support, et le traitement de ces accidents exige la destruction ou la suppression de la surface kératogène.

(\) Robin. Article Sébacées (glandes et matières) du Dict. encyclop., dirigé par Deciiambre. Paris, 1880.

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