CHAPITRE P-" Propriétés physiques et chimiques des poils
§1. Les poils sont /ïexibZes et élastiques ; soumis aux déformations les plus variées, ils reviennent toujours à leur orme première ; sous l'influence d'une tension gra duelle, ils se laissent allonger d'un 1/5 et même d'un 1/4 de leur longueur (Sappey).
Ils sont doués d'une très grande solidité et supportent sans se rompre des tractions considérables, comme en témoigne l'arrachement du cuir chevelu chez les ouvriers saisis par leur chevelure dans le mouvement d'une machine.
Les poils sont très hygroscopiques ; ils augmentent de longueur en s'humectant, et se raccourcissent en perdant
(l)Nou3 croyons inutile de décrire les propriétés physiques et chimiques du tiasu qui supporte les poils el les ongles ; elles ressemblent à celles du tissu lamineux.
leur humidité. Cette propriété a été utilisée par de Saussure danslaconstructionderhjgromètrequi porte sonnom.
Les variations de la longueur d'un poil sous les influences d'une humidité et d'une sécheresse extrêmes ne dépassent pas la 1/46 partie de la longueur totale (de Saussure).
La propriété hygrométrique des cheveux ne se manifeste réellement que lorsqu'ils ont été dégraissés dans une faible lessive alcaline ou dans l'éther. Les cheveux blonds sont ceux dont l'allongement est le plus régulier.
Quand on se sert des cheveux pour apprécier l'état hygrométrique de l'atmosphère, l'action de la température est négligeable, car on a constaté que pour une différence de 33° dans la température del'air, l'a'longement du cheveu ne fait varier l'aiguille de l'hygromètre de de Saussure que des 3/4 d'un degré hygrométrique.
L'allongement du 'poil sous l'influence de l'humidité a reçu de Nathusius (1) une explication autre que celle qui est adoptée généralement. Pour Nathusius, le poil plongé dans l'eau s'accroît seulement dans le sens transversal ; mais, dit-il, sous l'influence de l'humidité, il perd de son élasticité, et s'il est soumis à la traction d'un poids, comme cela a lieu dans l'hygromètre, il s'allonge.
Cette explication est encore en contradiction avec un fait vulgaire. On sait que par l'action du fer chaud, et par conséquent de la dessication, on donne aux cheveux ouaux poils delabarbe des inflexions artificielles qu'ils conservent parce qu'ils ont perdu une partie de leur élasticité.
Si la chaleur devient plus intense, les poils se crispent, s'enroulent en différents sens et deviennent secs et cas-
(1) la Loc. cit.
sants. Enfin si la température s'élève davantage, ils brûlent en déo^aseant une flamme assez vive et une odeur particulière, un peu sulfureuse.
Dans des circonstances exceptionnelles, les poils s'électrisent sous l'influence du frottement au point de donner des étincelles. Eble a réuni sur cette particularité quelques observations. M. Sappey (Traité d'anatomie, t. III) en cite un exemple très curieux offert par un hornme de 36 ans. Lorsqu'on passait le peigne ou seulement les doigts dans ses cheveux, on faisait jaillir une multitude d'étincelles, mais on ne pouvait obtenir plus de trois ou quatre décharges, après lesquelles la source électrique était tarie. Le lendemain ou quelques jours plus tard le phénomène se reproduisait. Cette production d'électricité n'a duré que trois mois et demi sans qu'il ait été possible de constater la moindre altération des fonctions cérébrales. Elle était surtout remarquable après un travail intellectuel un peu prolongé.
§ 2. — La substance du poil a pour densité 1257 (Schubler et Kapf) (1); elle est sèche, imputrescible, témoin les cheveux des momies.
On possède des analyses des poils. Voici, par exemple, une analyse de Van Laer.
Az 17,14
(l) In Programme du cours d'histologie de Ch. Robin.
La présence du soufre enproportion considérable dans les poils explique l'action des peignes en plomb, des sels d'arger.t et de mercure sur les cheveux blonds ou blancs.
Lorsqu'on soumet des poils à l'incinération, on obtient des cendres 0,54 à 1,85 pour lOÛ.
Ces cendres contiennent des sels solubles 0,93, et, de plus, du phosphate et du sulfate de chaux, de la silice, 0,3 à 0,5, de l'oxyde de fer, 0,05 à 0,395, du manganèse (?) (1).
D'après Gorup-Besanez, la proportion du fer va en croissant du poil blond au poil noir.
La proportion des principales substances contenues dans le poil n'est pas la même en hiver et en été.
Moleschott a donné les chiffres suivants :
Eté Hiver.
Substance cornée. .. 80 .... 84
Corps gras 4 . . . . k
Cendres 1 . . . . 1
Eau 15 .... 11 (2)
Il faut distinguer, dans le poil, la substance pileuse proprement dite, matière albuminoïde spéciale au tissu du poil, et la matière colorante.
(1) in Frey. Traité d'histologie.
(2) In Atti délia reale Accademia délie scienze di Torino, 1878.
M. Schùtzenberger (1) a entrepris des recherches pour déterminer la nature delà substance pileuse. Elles ont porté sur la laine et les cheveux, et elles ont démontré que ces productions épidermiques donnent un résidu fixe qui offre la même composition élémentaire et immédiate que celui de l'albumine. En effet, si l'on chauffe la laine et les cheveux entre 150 et 180" dans de l'eau additionnée de 3 à 4 fois son poids d'hydrate de baryte, on obtient de l'ammoniaque, des acides acétique, carbonique, oxalique, et des termes amidés divers; seulement les acides non azotés et les principes volatils sont en quantité plus élevée dans la laine que dans l'albumine, et, plus élevée dans les cheveux qiie dans la laine.
La matière colorante, pigmentaire ou mélanine est, comme le dit M. Gautier (2), difficile à étudier à cause de son insolubilité dans l'eau, l'alcool, l'éther, les acides minéraux étendus, l'acide acétique concentré.
Elle est soluble dans l'acide sulfurique, lentement dans les solutions de potasse.
Elle est altérée par l'eau oxygénée, qui lui donne momentanément une couleur jaune rougeâtre.
Hodgkinson et Sorby (3) ont étudié récemment le pigment des cheveux et des plumes. Ils ont vu que l'acide sulfurique dilué à une douce chaleur dissout complètement les cheveux blancs et les plumes blanches, tandis que les noirs et les bruns laissent un résidu noir. C'est du pigment noir on mélanine, quia pour formule O^W'Az^O^.
(1) Comptes rend, de l'Acad. des sciences, t. LXXXVI.
(2) lû Chimie appliquée à la médecine, etc. Paris, 1874.
(3) Sur le pigment des cheveux et des plumes, Chemical News t. XXXI V, analysé dans Bulletins de la Société chimique, 1877.
Dans les cheveux bruns ou roux, il est accompagné d'un pigment brun qui se dissout dans l'acide sulfurique dilué.
Sorby suppose que le pigment de la peau des nègres est le même que celui des cheveux noirs.
Les plumes à couleurs variées et étincelantes contiendraient plusieurs pigments.