A.RT. I. — DÉVELOPPEMENT DES POILS
Nous le poursuivrons chez l'embryon, chez l'enfant et l'adulte.
Supposons la peau à un grand état de simplicité; le derme et l'épiderme forment deux couches planiformes, sans empiétement de l'une sur l'autre.
A. Formation du bourgeon piligène. — Cet état se présente encore versle 4" mois de lagrossessesurlefœtushumain. A cette époque, on voit apparaître simultanément les papilles, les giandes et les bourgeons piligènes (Valentin, Kôlliker), sous forme d'amas cellulaires qui procèdent de la couche génératrice de l'épiderme et s'enfoncent obliquement dans le derme.
Les bourgeons pileux se distinguent des bourgeons glandulaires par leur forme cylindrique, non renflée en massue (Kemy) (1).
Autour de ces bourgeons, se forment ultérieurement le follicule et le bulbe pileux; à leur intérieur se développe le poil et ses gaines radiculaires. Dans l'ordre chronologique, le bulbe pileux se montre le premier, puis le poil et enfin les parois fibreuses du follicule.
Nous empruntons à l'excellent travail de M. Remy, qui a vérifié et complété, par des observations faites sur l'homme, les connaissances que nous devons à Kôlliker, Sappey, Unna, Stricker, des passages relatifs au développement du bulbe et du poil.
B. Formation du bulbe. — Le bulbe préexiste à ses vaisseaux, selon la remarque générale de M. Robin. Il se développe de la manière suivante: « Le bourgeon piligène, dit M. Remy, repousse devant lui la membrane la plus extérieure du derme, membrane amorphe, sur laque. le s'insèrent les épithéliums. Cette membrane enveloppe le bourgeon pileux à la façon d'une coiffe. Au niveau du sommet du prolongement épidermique, lorsque celui-ci a acquis
[1) Recherches sur l'aaat. normale de la peau de l'homme. Thèse Paris, ^878.
une certaine longueur, on voit la membrane dermique enveloppante s'épaissir, et dans cet épaississement apparaissent des nojaux qui augmentent de nombre, et refoulent le bourgeon épithélial de dedans en dehors jusqu'à ce que soit formée une véritable papille lancéolée. A mesure que ce nouveau bourgeon dermique se développe, le bourgeon épithélial s'aplatit,puis s'excave en forme de cul de bouteille. Enfin,lapapilledermique, conique d'abordetpuislancéolée, pénètre complètement le bourgeon épithélial qui la coiffe à son tour,
C. Formation du poil proprement dit. — A partir de ce moment, le bulbe (capitulum piU deMalpighi) est constitué, et le poil ou produit va se montrer.
Le bourgeon pileux ressemble aune gourde à long goulot, dont la partie renflée loge la papille dermique.
Dans la partie rétrécie, la disposition des cellules épithéliales reproduit l'arrangement cutané. A la périphérie se rangent des cellules étroites, remplies par leur noyau, cellules qui jouissent d'une propriété génératrice active; à la partie centrale, il existe un amas de cellules irrégulièrement disposéesqui, ressemblant à celles de la couche deMalpighi, sont moins pressées, et qui sont déjà à la deuxième phase de leur développement.
Les cellules de la périphérie sont en effet celles qui contribuent le plus activement à la formation du poil. Ces cellules, qui tendent toujours à conserver la perpendiculaire à leur plan d'insertion, après avoir tapissé les parois de la gaine, le cul-de-sac circulaire autour de la papille, puis la papille, se trouvent au sommet d<? cette papille, verticales et dans l'axe du poil. C'est l'allongement de ces cellules, en même temps qu'une modification de leur consistance, qui
va produire le poil. La partie du corps cellulaire qui est située au-dessus du noyau s'allonge, s'effile et devient transparente. Par sa partie profonde, le noyau donne naissance à une nouvelle cellule, et ainsi de suite se fera l'accroissement en longueur du cheveu, les cellules plus âgées étant constamment repoussées par une génération de jeunes cellules. Un très petit nombre de cellules, deux ou trois seulement, subissent primitivement la transformation à l'état de cellules de la couche cornée. Ces cellules s'accolent par leurpointe, et elles constituentla pointe du cheveu, que sa transparence rend visible sur l'axe du bourgeon pileux; puis le nombre des cellules transformées simultanément augmente, et ainsi se produit l'augmentation du poil en diamètre et élongation
La pointe du poil s'avance donc vers l'épiderme, mais en même temps, hi gaine du poil se développe, et le bulbe s'enfonce dans la profondeur du derme. Le poil ne perce la couche cornée de l'épiderme qu'avec peine, la pointe se recourbe et devient parallèle aux cellules cornées.
Peu à peu, on reconnaît sur la gaine du poil les trois couches de l'épiderme, et un peu plus tard ces trois couches peuvent être retrouvées, mais en sens inverse sur le poil.
Le premier cône transparent dont nous avons parlé ne tarde pas à être pénétré par un deuxième cône encore transparent, et, en descendant vers la papille du poil, on constate un troisième cône, cette fois formé de cellules chargées de granulations pigmeutaires. »
M. Remy, on le voit, s'attache à démontrer dans le jeune poil conique en formation, les trois couches qu'il reconnaît dans l'épiderme. Les histologistes qui subdivisent l'épiderme en un plus grand nombre de strates, reconnaissent comme lui l'analogie très grande qui existe entre
le poil et l'ectoderme. M. Renaut (d) distingue, en effet, à la surface du bulbe pileux : une couche de cellules cylindriques (couche génératrice) ; des cellules molles semblables aux cellules malpighiennes ; un cône d'éléments granuleux se teignant en rouge vif par le carmin [stratum granidosum), enfin un étui de cellules analogues au siraium corneum.
D. Formation du follicule. — Les gaines épithéliales du follicule se forment aux dépens des cellules du bourgeon qui n'ont pas été utilisées par le poil ; elles sont en relation, au pourtour de la papille, avec les couches du bouton du poil, d'autre part avec la couche de l'épiderme. Quant aux parois du follicule, elles se forment passivement par la dépression au-dessus du bourgeon piligènedu corps papillaire et de sa basement-membrane.
La formation de la papille, véritable organe phanérogène, est, au conlraire, le résultat d'un processus actif; il y aurait au fond du follicule une genèse d'éléments nouveaux (Robin, Remy).
Ces poils fœtaux font éruption de la 20° à la 25" semaine (Kôlliker); ils croissent lentement jusqu'à la naissance, et, à ce moment, le plus grand nombre sont déjà tombés dans le liquide amniotique.
Enfance. — Après la naissance, les poils follets achèvent de tomber et une nouvelle poussée de filaments colorés se produit ultérieurement; elle a lieu sur tout le corps, mais elle n'est bien apparente que sur le cuir chevelu et les sourcils.
(l) Annales de dermatologie, 1878.
Ces poils de l'enfance se développent-ils sur le bulbe des poils fœtaux ou sur des bulbes supplémentaires de nouvelle formation ?
Kôlliker observa le premier, sur les sourcils d'un enfant, des poils en voie de formation dans un bourgeon cellulaire qui prolongeait le follicule du poil follet. Robin a constaté des bulbes supplémentaires dans d'autres régions; il en a figuré dans la thèse de Remy, qui s'étaient développés dans la peau du bras, sur un fœtus de 4 mois et demi.
Unna donne aussi plusieurs figures de ces bulbes, dans son mémoire sur le développement de l'épiderme humain et de ses dépendances (1).
Ces follicules supplémentaires se développent comme les premiers, avec cette dififérence que les bourgeons cellulaires qui marquent leur début résultent d'une poussée des cellules de la gaine externe du follicule primitif, comme le bourgeon de la dent de remplacement procède du bourgeon de la caduque. Ces bourgeons apparaissent à une haateur variable sur le follicule ancien ; ils sont dirigés parallèlement, obliquement ou perpendiculairement à ce dernier. Dans l'un ou l'autre cas, le poil qui se forme à leur intérieur gagne par un chemin plus ou moins direct la gaine du premier poil, pousse ce dernier au devant de lui, ou bien fait irruption à côté de lui sans le déraciner. Quelquefois (Unna), il suit un trajet spécial.
On ne saurait affirmer actuellement que les phénomènes se passent toujours ainsi.
Les histologistes qui pensent que le poil nouveau peutse former dans l'ancien follicule, interprètent le phénomène
(1) In M. Schulze's Archiv., 1876.
de deux manières. Frey (1) croit, d'après son observation, que le poil peut se réédifier sur une ancienne papille, tandis que Stieda et Feiertag (2) pensent que celle-ci s'atrophie et que les éléments du derme prolifèrent pour former une papille nouvelle.
Pendant cette période, les poils et les follicules s'allongent et grossissent; quelques-uns de ces derniers plongent même dans le tissu adipeux sous-dermique.
A cette même période se montrent des poils colorés ; par conséquent, il faut que les cellules pigmentaires se développent à la surface du bulbe. Ces éléments se chargent, en général, d'une quantité peu considérable de granulalations, car les cheveux de l'enfant sont d'une coloration pâle. Le vrai développement des cellules pigmentaires a lieu dans la période suivante.
• Age adulte. — A cette période , les organes phanérophores se complètent. Les gaines radiculaires et le poil sont bien formés depuis la période précédente ; quant aux parois folliculaires, elles s'épaississent comme s'épaississenila couche papillaire du derme et la basement-mem^ brane qui les continuent. La papille prend une dispositior» lancéolée et des vaisseaux, si elle est grosse (Remy).
Les cellules de la couche génératrice, et celles du cône malpighien se remplissent de granulations pigmentaires ; lespoils acquièrentleur colorationdéfinitive. Onignore encore la cause et le mécanisme de la multiplication des granules colorés dans la couche génératrice.
(1) In Loc. cit.
(2) In Frey.
L'analogie qui existe entre le pigment et la matière colorante du sang a fait rechercher dans la stase sanguine, la cause de la pigmentation de l'épiderme sus-jacent.
Un certain nombre de faits paraissent favorables à cette hypothèse (pigmentation après vésicatoires, sinapisme?, api ès exposition au soleil, etc, etc.) ; mais, comme le fait remarquer Remy, cette condition ne suffit pas à expliquer la transformation de l'épiderme du négrillon après sa naissance.
Au surplus, eût-on démontré que la stase sanguine est la cause de la pigmentation, il faudrait encore expliquer la marche du phénomène et trouver la force régulatrice qui le tient sous sa dépendance. Malheureusement à l'heure actuelle, le? recherches entreprises par Gegenbaur, Axmann, Leydig, P. Bert, Pouchet pour élucider le rôle des chromatoblastes dans les invertébrés et les vertébrés ne peuvent s'appliquer aux cellules malpighiennes.
Nous avons suivi le poil dans la phase qu'il a traversée pour arriver à son état complet de développement. Il possède un organe phanérogène parfdit; aussi est-ce le moment d'étudier son accroissement, et sa régénération dans les cas où il est tombé spontanément ou après arrachement.
Article II. — Accroissement des poils.
Les cheveux, la barbe, les poils des aisselles, croissent indéfiniment; les autres poils ont une croissance définie.
Néanmoins, les premiers oscillent constamment autour d'une certaine longueur, parce qu'ils se brisent par les
pressions des corps extérieurs ou l'action des objets de toilette.
La croissance des poils se manifeste surtout lorsqu'ils sont courts, et l'on sait que l'on peut accroître le développement des cheveux et de la barbe en coupant leur extrémité libre.
Berthold (1) a observé que les poils grandissent plus rapidement en été qu'en hiver, (Bichat l'avait déjà dit) plus viteJa nuit que lejour, et plus vite quand on les coupe souvent.
L'influence de la coupe serait considérable, car Berthold a trouvé dans un cas que « les poils de la barbe, rasés toutes es douze heures, donneraient, par année, une longueur de 27 millimètres ; si on ne les rasait que toutes les vingtquatre heures, une longueur de 1.5 millimètres.
Au lieu de déterminer l'accroissement du système pileux en longueur, Moleschott (2) s'est efforcé de le déterminer en poids ; il a cherché, par le même procédé, quelle est l'influence de l'âge, des saisons, et de la coupe sur la croissance.
Les cheveux, privés du contact de corps gras, étaient coupés tous les mois par la même personne, recueillis avec les plus grands soins et pesés à un centigramme près, Moleschott a obtenu les résultats suivants :
La croissance des cheveux est, en moyenne, de 0 gr. 20 P'cT jour, chez l'homme de 18 à 20 ans, et de 0,14 chez l'homme de 32 à 45 ans.
Si 100 représente l'accroissement hivernal, 125 sera celui de l'été, 127 celui de la saison moyenne.
(1) In Frey.
(2) Sur l'accroissement des productions cornées, etc., in Alti deila reale Accademia délie scienze di Torino, 1878.
L'influence de la température est connue aussi en zootechnie ; Nathusius a montré qu'en entretenant des moutons dans une atmosphère chaude, on obtient des brins de laine plus forts et plus longs.
Pour l'influence de la coupe, Moleschott est arrivé à des chitfres analogues à ceux de Berthold.
On admet que l'accroissement des poils s'opéra de la même manière que cflui de l'épiderme. Les cellules génératrices de la surface du bulbe fournissent constamment de nouvelles cellules; celles-ci passent naturellement dans la couche muqueuse ; de là, dans la couche granuleuse où elles s'imprègnent de kératine et enfin dans la substance corticale et épidermique du poil. L'accroissement s'accomplit donc par un développement cellulaire a tergo.
Ebner (1) pense que la gaine interne de la racine pousse plus vite que le poil, et que dès lors, ses cellules s'arcboutent, pressent sur le poil et léchassent au-dehors dans l'axe du follicule.
On s'est demandé, question bizarre en apparence, si les poils ne s'allongeaient pas après la mort. La légende rapporte que la barbe de Charlemagne avait crû dans son tonnbeau. Pour parler de faits plus récents et plus dignes d'attirer l'attention, nous rappellerons que leprocèsverbal de l'exhumation du corps de Napoléon !<"• mentionne la croissance de la barbe et, dans plusieurs circonstances, on aurait rencontré des poils courts mais bien sensibles au toucher, sur des cadavres rasés la veille de leur sépulture (2).
(1) Etudes microscopiques sur la croissance et les changements des cheveux, in Sitzb. der K. Akad. der Wissens, in Wien, 1876.
(2) Joannet. In loc. cit.
Joanaet a tenté quelques expérience sur les cadavres laissés à sa disposition pendant huit jours ; il a conclu que la racine du poil fait au bout de ce temps là une saillie perceptibleau toucher, mais que la dessication et la rétractilité du derme suffisent à l'expliqaer.Sur l'homnje vivant, l'application d'un astringent sur la peau fraîchement rasée produit immédiatement le même état.
Assurément, le poil ne peut pas s'allonger d'une quantité appréciable après la mort ; mais on comprend qu'un certain allongement soit possible, étant connu que les éléments anatomiques ne meurent pas tous en même temps que l'individu.
Article III. — Mue, arrachement, régénération des poils.
La mue ou la chute du revêtement pileux pour faire place à des poils nouveaux est un phénomène que l'on voit se dérouler périodiquement chez les animaux. Chez l'homme, on l'observe à la fin de la vie fœtale, mais dans l'adolescence et l'âge adulte, la mue physiologique se borne à la chute de quelques cheveux, chute c[ui se produit pendant toute Tannée et non à époque fixe.
Le poil appelé à tomber se sépare du bulbe, remonte dans la gaine radiculaire externe, s'atrophie, s'écaille, son tissu médullaire se remplit de bulles d'air; il semble se inoriifier. (Unna, Gôtte, Frey,etc.)
L'abondance de la mue augmente aux extrêmes de la vie. Pincus a compté que l'enfant perd 90 cheveux par jour ; l'adulte de 55 à 60 ; le vieillard, d20.
Outre la chute spontanée, il faut tenir compte des cheveux qui sont arrachés prématurément de leur follicule.
Le nombre des cheveux se maintenant sensiblement le même pendant une période assez longiie de la vie, on doit en conclure que les poils qui sont tombés spontanément et les poils arrachés sont remplacés.
D'après Kôlliker le remplacement des poils chez l'adulte s'opérerait dans l'ancien follicule à. la surface del'ancienne papille. Wertheim admet que la papille et la gaincexterne de la racine se reproduisent à nouveau. Frey pense que cette question exige encore des recherches.
Quand le poil a été arraché, la gaine externe de la racine reste en place, ainsi que la papille plus ou moins recouverte de sa couche génératrice et des cellules du corps muqueux. Les organes reproducteurs du poil sont donc conservés et, bien plus, le follicule est le siège d'une congestion non équivoque.
Cinq jours après l'avulsion pour Heusinger, trois jours pour Vaillant, un petit poil conique de 1 à 2 millimètres s'est reconstitué au centre du follicule. Au bout de sept jours, ce poil mesure 6 millimètres,
La reproduction est donc très rapide dans les follicules que l'on vide par violence.