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ARTICLE I. DÉVELOPPEMENT DES ONGLES

§ I. Période fœtale. — Comme le poil, l'ongle est précédé d'un bourgeon ectodermiqiie qui fait sa première apparition au troisième mois de la vie intra-utérine (KôUiker). Le lit de l'ongle, le pli sus-unguéal sont tapissés par ce bourgeon dont les cellules sont identiques à celles de la surface générale.

Au quatrième mois, la couche superlîcielle du bourgeon prend les caractères de la couche cornée, et l'on voit apparaître, au-dessous et à la surface des cellules muqueuses, l'ongle primitif formé d'une simple rangée de lamelles, nucléées, aplaties, intimement soudées entre elles.

Au début, l'ongle est donc complètement enveloppé par l'épiderme. Unna donne à la larxie cornée qui le recouvre le nom d'éponychium (1).

(1) In Loc. cit.

La longueur, la largeur et l'épaisseur de l'ongle augmentent par Tadjonction de nouvelles cellules, si bien qu'à la fin du sixième mois, il rompt l'épouychiuin et montre son bofd libre. A partir de ce moment là, l'oDgle se perfectionne; sa résistance augmente; et, au huitième mois, époque à laquelle il aura acquis à peu près son épaisseur, on verra se développer les plis et les crêtes du derme sousunguéal (Kôlliker).

Les notions embryogéniques que nous venons de résumer se trouvent dans tous les livres classiques; elles manquent d'indications précises sur la formation et l'individualisation de la matrice unguéale et du derme sous-unguéal, sur ses rapports avec le périnste de la troisième phalange, rapports si remarquables chez les animaux à sabot, sur la séparation de l'ongle et de la pulpe du doigt, sur le développement des vaisseaux de la région sous-ongulée.

M. Renaut a étudié récemment plusieurs de ces questions, et il a bien voulu, sur notre prière, nous fournir la note suivante que nous insérerons in extenso pour ne rien retrancher à son homoftenéité et à sa clarté.

« Le mode général de développement de l'ongle humain est bien connu ; il est inutile d'en faire la description détaillée : on sait que le germe unguéal, que l'on pourrait appeler V organe de Vongïe (en le rapprochant de celui de l'émail et de l'ivoire dentaires), est constitué par un bourgeon ectodermique disposé en nappe planiforme, et qui se comporte comme le ferait l'incisure d'un plan par rapport au cône repr.^senté par l'extrémité digitale. Ce plan ectodermique invaginé se poursuit jusqu'au voisinage du périchondre du i/3 postérieur de la phalangette, dont il n'est séparé que par les vaisseaux sanguins embryonnaires anastomotiques entre ceux du lit de l'ongle futur et de son

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manteau. L'organe de l'ongle, disposé sous forme d'encoche, est incliné â environ 45" ou Un peu plus, sur l'axe longitudinal du doigt, et sa direction est oblique de haut en bas et d'avant en arrière.

Nous étudierons, dans ce qui va suivre, l'organe de l'ongle chez le fœtus humain de plus de deux mois, c'est-àdire mesurant environ 11 centimètres. En effet, à ce stade du développement, le germe unguéal est facilement distinct en ce qu'il est la seule formation malpighienne ayant subi, dans l'extrémité digitale, un commencement de différenciation nette. Les papilles dermiques de la pulpe existent à peine et n'ont pas rejoint les vaisseaux sanguins végétant en sens inverse. Cependant, l'on peut déjà distinguer, dans le germe de l'ongle, formé de cellules du corps muqueux de Malpighi, trois plans bien distincts : l'un antérieur, ou couche du lit unguéal ; l'autfe postérieur, ou couche du manteau; le troisième moyen, ou couche du limbe.

La couche du lit et celle du manteau font directement Suite â la couche dés cellules Cylindriques (ou génératrice de Ch. Robin) du corps muqueux de Malpighi. Je doisfaire remarquer ici que, daiis les deux premiefs mois de la vie intra-utérine, l'ectoderme fœtal est composé seulerrient de deux couches : une profonde, à cellules cylindriques, et ne comprenant qu'une seule rangée d'éléments que teignent vivement les réactifs; l'autre superficielle, à cellules munies de pointes pfotoplasrniques unissantes, et qui s'exfolie incessamment à sa surface libr'e par suite du gonflement et de la pédiculisation de ses éléments constitutifs. Les couches cornées qui existeront plus tard n'ont pas fait leur apparition, l'on ne trouve donc, dans un pareil êctoderme, ni couche granuleuse, ni stratuni corneum, ni couche transparente \nteTméàia\te. Ces parties ne se diffé-

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rencieront que plus tard ; et l'on doit admettre, sur ces données, qu'à cette époque, la kératinisation des couches épidermiques n'existe pas.

Les cellules de la couche génératrice de l'organe de l'ongle sont absolument semblables à celles de i'ectoderme antérieur ou postérieur à la ligne dU germe. Elles sont, par rapport à la surface dermique qui les supporte, implantées comme suit. Dans le manteau, elles restent d'abord perpendiculaires à la lame du derme. Dans le fond du sillon unguéal, elles sont di?posées exactement comme au fond d'un sillon interpapillaire. Enfin, dans la couche du lit elles redeviennent perpendiculaires à la direction de ce dernier et envoient, d'arrière en avant, une série de fines denticulations répondant à la région crêtée du lit unguéal.

Entre ces deux couches, est compris le futur limhe unguêal, formé dé cellules stratifiées, soudées entre elles par des pointes protoplasmiques, et dont le noyau se colore seul par l'hématoxyline et le carmin. La direction générale de ce stratum est parallèle à celle de l'incisure unguéale. Elle est croisée par celle des lits de cellules de Malpighi qui occupent la position superficielle, et qui traversent, sans discontinuité, ni changement de direction, I'ectoderme anté -unguéal pour joindre I'ectoderme rétro-iinguéal, en passant par dessus le germe de l'ongle.

Le limbe unguéal primitif est donc déjà distinct, par la direction de son stratum cellulaire, de l'épiderme général qui sera plus tard kératihisé. Il s'unit à ce dernier comme la branche verticale d'un T à la branche horizontale (en supposant que la branche verticale fasse en arrière un arigle plus aigu qu'en avant, avec la branche transversale).

Le lit et le manteau de l'ongle futur, sont formés par une lame de tissu connectif fibreux des l'origine, qui suit la

face dorsale du squelette du doigt et lui est intimement soudée (Voyez f g. 19). Le système des vaisseaux sanguins de cotte réjion se développe d'arrière en avant par une série de fusées horizontales qui rasent le périchondre, émettent les vaisseaux ossificateurs des pièces phalangiennes par leur face intérieure, et par leur supérieure, les vaisseaux du manteau et du lit unguéal. Sur le fœtus de 11 centimètres, on voit distinctement partir de ces traînées les vaisseaux arciformes postéro-antérieurs du lit de l'ongle. L'extrémité de ces vaisseaux est encore distante de l'ectodermc, qui n'a pas encore bourgeonné dans l'inter- . valle des fusées vascuhiires longitudinales, pour former les crêtes intermédiaires aux sillons du lit unguéal.

Tout ce système v;\sculaire s'arrête net au niveau de ce que j'appelle Yangle antérieur de l'ongle ; la formation de cette partie extrême du lit unguéal mérite de nous arrêter un instant.

Le tissu sous-ectodermique , qui formera le système dorsal du lit et du manteau, est relié étroitement au périchondre des pièces cartilagineuses phalangiennes. Inférieurement, ces pièces sont enveloppées d'une façon analogue par un étui fibreux, duquel se dégagent, vers l'articulation phalango-phalangienne, les tendons fléchisseurs de la dernière pièce du squelette du doigt. Dans cet étui, sont comprises la phalange cartilagineuse et la phalangette. C'est au milieu de la diaphyse de la phalange, que l'on voit, chez le fœtus de 6 semaines, se dessiner le premier point d'ossification. Aux deux extrémités, le moule cartilagineux conserve ses caractères de cartilage fœtal. En son milieu, il offre, sous le périchondre, une croûte osseuse périchondrale disposée en sablier sur les coupes, et formant en réalité un anneau, à l'intérieur duquel le car-

Fio. li).

Coupe longitu'liuale de l'es'rémité du pouce d'unToetus de deux mois et demi. (Dessin fait à la chambre claire; obj. 0 de Nachet, ocul. l^de Vérick).

1, Epiderme desquamant de l'exLrémilé [tulpaire.

2, Angle de l'ongle, corps de Malpighi de l'angle unguéal.

3, Vaisseaux du lit, est. terminale ou antérieure.

4, Vaisseaux du lit posiéro-antérieurs en voie d'accroissement. 5,5 Vaisseaux ossiticateurs de la phalangette.

6, Couches de Malpighi du lit unguéal.

7, 7, Couches de Malpighi antérieure et postérieure du germe de l'ongle.

8, Limbe unguéal primitif.

9, Vaisseaux anastumotiques entre le lit et le manteau.

10, Vaisseaux embryonnaires du manteau fournissant aussi au tissu fibreux

périostique de la phalangette.

11, Ligament (ibreux antérieur de la région du lit, déterminant par son in-

senion à la peau l'angle de l'ongle.

)2, Lame connective de la pulpe.

13, Vdiss aux pulpaires antérieurs.

IJ, Vaisseaux piilpinres de distribution.

15, Vais-eaiiX [ apilluires encore^ distants das papilles ébauc'.iées à leur ni-

veau.

16, 16, Cartilage calcifié.

17, 1", Cariiluge sérié.

18, 18, Cartilage embryonnaire.

10, Périoste et '.endons fléchisseurs.

20, Préosaification (croûte osseuse périchondrnle) de la phalange.

21, Vaisseaux ossiflcateurs de la phalange.

tilage est calcifié purement et simplement. Entre l'extrémité embryonnaire qui forme la tête de l'os futur, et Ja partie moyenne calcifiée, le cartilage a pris l'aspect sérié dù au groupement particulier de ses éléments. Les vaisseaux Qssificateurs, émanés du système vasculaire dusquelett§, abordent l'os futur au niveau de sa zone de préossification représentée par la croûte osseuse périchondrale. Tout ceci n'est pas étranger à l'histoire du germe de l'ongle ; car, morphologi4uemeTit , la phalangette, ainsi que me l'a fait remarquer mon élève et ami le D"" Chandelux, représente une pièce phaiangienne, coupée par la moitié, c'estràT4ire dont la partie antérieure manque: c'est donc l'êStrémité antérieure de la phalangette qui représente §^actement la portion moyenne de la phalange, aussi cettg phalan<;ette se calcifie-t-elle par son extrémité antérieure, et ses vaisseaux ossificateurs l'abordent à ce niveau, disposés comme ceux qui occupent le milieu de la diaphyse phaiangienne (ces termes sont exacts, l'objet de la figure, qui fait la base de cette description, étant une coupe du pouce).

Ainsi, soas le lit de l'ongle futur, le squelette s'infiltre de sels calcaire^ ; il va offrir une base solide au développement de la phanère, et l'on conçoit bien que, la vascularisation ossifiçatriçe nprniale abordant la phalangette par son extrémité, l'élimination des séquestres phalangettiens soit laborieuse et difficile,

Nous arrivons maintenant à un point capital dans l'histoire de la région unguéale j et nous allons avoir, par le développement, la raison da la disposition anatomique qui, chez l'adulte, détermine la brusque réflexion en bas du lit unguéal, de façon à déterminer l'apparition de l'angle de l'ongle {{){ûg. 19).

(1) Rigole 8QU3-unguéale.

Le système fibreux qui entoure le squelette du doigt forme autour de ce dernier une gaine qui en suit les contours. A la partie antérieure qui répond à la pointe relevée en crochet de la phalangette, le lit unguéal s'abaisse brusquement en bas pour coiffer l'extrémité de la pièce cartilagineuse; le système périchondral et tendineux inférieur se redresse, au contraire^ de bas en haut pour contourner la même extrémité et rejoindre le système fibreux du lit. Sur leur limite, et avant de confondre leurs fibres dirigées en sens inverse les unes des autres, ces deux systèmes eU" voient un trousseau de fibres (fig. 19, 11) dirigées suivant l'axe du doigt, et allant s'insérer à la face profonde du derme embryonnaire de l'extrémité antérieure du doigt, Ce ligament, nettement dessiné chez le fœtus long de 11 centimètres, divise une coupe, faite suivant l'axe longitudinal du doigt, en deux étages tout à fait distincts : l'un, situé au dessus du ligament précité, répond à la région du manteau, du lit, et de l'angle de l'ongle; l'autre, situé au dessous, répond à la lame vasculaire de lapulpe.

Cette lame de la pulpe, formée de tissu embryonnaire lâche, court sur la face inférieure du doigt, se relève sur ses faces latérales, et dessine à son extrémité, en se développant, la pulpe digitale antérieure. C'est son relèvement général dans tous les sens qui détermine aussi la sertissure de l'ongle. Limitée dans son extension en haut par le ligament fibreux de l'angle que nous venons de décrire, elle ne peut plus se développer qu'au-dessous de lui, et dessine un bourgeon arrondi qui croît en dessous et en avant de l'angle unguéal, formant le relief de la pulpe, au-dessus duquel le lir de l'ongle, retenu par ses connexions fibreuses, monte droit pour redevenir peu après horizontal, et parallèle au système fibreux enveloppant des pièces du squelette.

Le système vasculaire primitif de la lame de la pulpe est très différent de celui du lit et du manteau de l'onsle. Il émane de grosses fasé=s sans connexion initiale avec celles du système chondro-fibreux, et qui émettent, sous la portion moyenne de la phalangette, d'innombrables vaisseaux qi^i se dirigent vers l'ectoderme de la face pulpaire.

A 2 mois 1/2, ces rameaux n'ont pas atteint les espaces * interpapillaires qui commencent à s'ébaucher. Ils en sont encore distants et, de plus, ne communiquent pas avec le système du manteau.

Cette communication ne s'effectuera que plus tard, dans l'épaisseur même de l'angle de l'ongle, mais, pendant toute la vie, les vaisseaux de la pulpe et ceux du manteau et du lit unguéal, conserveront un type morphologique distinct, vestige évident de leur diversité d'origine. »

Les auteurs sont divisés sur l'origine des cellules du limbe de l'ongle. Kôlliker attribue la production des lamellescornées del'ongle àtoute la couche muqueusedu litde la matrice, et explique ainsi l'épaississement progressif de l'organe. Mais comme l'ongle, chtz l'embryon, s'allonge (puisqu'il rompt l'éponychium) en même temps qu'il s'épaissit, Kôlliker admet que la production des lamelles est plus abondante au fond de la rainure unguéale qu'àla surface du lit. Reichert, Ammonontcombattucette opinion. Pour eux, l'ongle se forme exclusivement au fond du repli susunguéal et à la surface de la lunule, d'où il s'avance graduellement à la surface du lit. Cette opinion a été reprise, à l'étranger, par Unna, Biesadecki ; mais en France, elle n'est généralement pas admise ; on croit que les cellules du lit concourent à la formation de l'ongle.

Nous discuterons ces interprétations diverses après avoir étudié la régénération de l'ongle.

Enfance. — Pendant le neuvième mois de la grossesse, la couche épidermiqae supra-unguéale (éj3onî/c/num, périonyx) se détruit dans son milieu, d'avant en arrière.

Après la naissance, cette destruction continue; elle respecte toutefois la périphérie de cettelamequi devient alors notre périonyx. L'ongle d'ailleurs s'accroît rajîidement en épaisseur, et, saut la dureté, cet organe prend en peu de temps, les caractères de l'ongle adulte dont il possède déjà la structure.

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