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ARTICLE PREMIER. ANATOMIE DESCRIPTIVE DES POILS

§ 1. — Caractères généraux.

Les poils, sont des productions épithéliales filiformes, à tranche circulaire ou elliptique, répandues en plus ou moins grand nombre à la surface de la peau.

Tout poil présente une partie libre, la tige, et une partie cachée, la racine; celle-ci, logée dans une cavité spéciale du derme {follicule), coiffe par sa base élargie et creusée en cupule (bouton du poil) une saillie molle et vasculaire du fond du follicule {bulbe), qui remplit à l'égard du poil le rôle d'organe producteur.

A. Le système pileux, chez l'homme, paraît se concentrer en certaines régions, tels que le crâne, la face, le pourtour des organes génitaux , le creux de l'aisselle, la poitrine, où ils prennent des caractères et des noms parti-

culiers. Les seules régions qui soient dépourvues de poils sont : la paume des mains, la plante des pieds, la face dorsale des dernières phalanges aux doigts et aux orteils, la paupière supérieure, les lèvres, le gland, la face interne du prépuce. Sauf ces exceptions, toutes les parties du corps sont couvertes de poils, et dans les points mêmes où on ne soupçonnerait pas leur présence on peut constater, à l'aide de la loupe, des poils d'une finesse extrême constituant le duvet ou lanugo. Le système pileux chez l'homme est donc, comme le dit M. Sappey (1), plutôt inégalement développé qu'inégalement réparti, et si l'on considère que les poils sexuels, qui n'apparaissent qu'à la puberté, existaient déjà avant cette époque sous la forme rudimentaire des poils de duvet, on peut dire, avec le même auteur, que le nombre total des poils qui végètent à la surface du corps est à peu près le même aux divers âges, dans les deux sexes, chez tous les individus, et probablement aussi dans toutes les races humaines. Mais le nombre de ceux qui passent de la première à la deuxième période de leur développement, c'est-àdire à l'état de poils proprement dits, est très variable. Quel que soit son développement, le système pileux est toujours moins abondant chez l'homme que chez les animaux; de plus, à rencontre des animaux, l'homme est plus velu sur le ventre que sur le dos.

Le système pileux présente d'ailleurs, sous le rapport du développement, de très grandes inégalités, soit parmi les individus, soit parmi les races. Sous ce rapport, les Aïnos, les Australiens, les Tasmaniens, les Todas des Neighiris sont les plus remarquables. Les premiers surtout sont recouverts d'une véritable toison qui cache la peau devant la

(1) Traité d'anatomie descriptive. Paris, 1877.

poitrine, derrière les épaules et sur les membres. On cite également les anciens Assyriens.

- Le système pileux est rare chez les nègres d'Afrique et dans les races mongoles et américaines (Topinard). Mais de Quatrefages fait remarquer que la pratique de l'épilation a dû exagérer ce caractère, et il cite Eckewelder qui nous représente les Peaux-Rouges occupés à s'arracher les moindres villosités avec de petites pinces fabriquées pour cet usage.

B. Le nombre des poils implantés sur l'unité de surface varie dans des limites très étendues suivant la région. Witholï a trouvé les chiffres suivants :

Au synciput 293 par 1/4 de pouce carré.

Au menton 39 —

Au pubis • . . 34

A l'avant-bras 23 —

Au dos de la main 19 —

A la face antér^'' de la cuisse. 13 —

Le nombre des poiJs parait augmenter à mesure que leur diamètre diminue (Vaillant) (1).

La couleur influe aussi sur la richesse du système pileux; mais des recherches précises ayant été faites sur les cheveux, nous en parlerons plus loin.

C. Eschricht (2) et Voigt (3) ont étudié le mode d'implantation des poils. Ces filaments sont isolés ou réunis par groupes de 2 à 5, disposition habituelle chez le fœtus, assez

(1) Essai sur le système pileux. Thèse de Paris, 1861.

(2) InMuUer's Arcliiv., 1837.

(3) Ueber die Richtung der Haare am Menschlichen. Korper, 1856.

fréquent chez l'adulte, pour les poils follets et les cheveux (Kôlliker). Chacun possède son follicule, excepté au moment de la puberté, où l'on voit deux poils dans le même follicule aux organes génitaux et au visage (Wertheim). Kôlliker, Robin et Wertheim ont vu un grand nombre de poils sortir du même follicule ; toutefois, on peut se demander, avec le premier de ces auteurs, s'il s'agit bien d'un follicule normal.

Quels que soient les rapports qui existent entre les poils et les follicules, toujours est-il que ces organes sont disséminés avec régularité sur le tégument. Ils sont implantés suivant des lignes courbes, formant dans leur ensemble des courants couver g ents ou divergents. Beaunis et Bouchard ont donné des figures de ces courants dans leurs éléments d'anatomie descriptive. (1). Les divergents partent de points centraux ou tourbillons, dont les principaux sont situés au sommet de la tête, à Fangle interne de l'œil, à l'entrée du conduit auditif externe, dans le creux de l'aisselle, au pli de l'aine, sur le dos du pied. Les courants convergents, dont les poils ont la pointe tournée vers Je centre des tourbillons, partent de la face inférieure de l'angle de la mâchoire, du sommet de l'olécrâne, du dos du nez, de la racine du pénis, de l'ombilic, du coccyx. Lorsqu'un tourbillon divergent rencontre un tourbillon convergent, les poils se redressent réciproquement, il en résulte une ligne nodale, et lorsque quatre tourbillons sont tangentiels, les poils se redressent suivant les diamètres perpendiculaires des tourbillons et simulent une croix. La ligne nodale la plus importante se dirige verticalementdutourbillon axillaire autourbilloninguinal. Quant aux croix, on en voit plusieurs sur la ligne médiane

(l) 3» édition, p. 942, Paris, 1880.

etiaportion latérale du tronc, au nez, au sternum, à l'hypogastre, à la nuque, aux lombes, et sur les membres. Quelques personnes à sourcils abondants présentent une belle croix sur la racine du nez, mais chez beaucoup de sujets, les lignes nodales et les croix sont peu évidentes. Pour bien se convaincre de la réalité de l'implantation systématique des poils, il faut examiner le pelage d'un animal. Sur le chien et le cheval, on trouve toujours au front, en avant des épaules, aux flancs, etc., un rebroussement des poils plus ou moins compliqué.

D. Les poils préséntent de très grandes variétés décoloration, qui, d'après la remarque de Sappey, Broca, Pruner- Bey, sont en harmonie avec celles de la peau et de l'iris. Ainsi, comme le dit Topinard, les sujets à peau blanche à reflet incarnat rosé, supportant mal le soleil, ont d'ordinaire les yeux et les poils de teinte claire, tandis que ceux à peau blanche, brunissant aisément au soleil, ou de coloration jaune, rouge et noire ont au contraire les yeux et les poils foncés.

Les trois colorations principales sont : le blanc, le noir et le rouge-feu; ce sont au moins les teintes fondamentales indiquées par la plupart des auteurs.

En précisant un peu plus, on peut dire avec Topinard : Les colorations observées sur les cheveux s'échelonnent ainsi : hlanc de lin se rapprochant des cheveux blancs des albinos, blond -proprement dit, jaune doré, roux, châtain, brun et noir plus ou moins foncé allant jusqu'au jais. Mais ces couleurs fondamentales donnent lieu par leur association à des nuances très nombreuses et très variées, liées par des transitions tellement ménagées, que la détermination en est souvent très difficile pour le voyageur qui s'at-

tache à décrire tous les traits des races qu'il observe ou le médecin légiste dans certaines questions d'identité.

La tâche de l'un et de l'autre est devenue plus facile depuis que P. Broca, par le choix d'échantillons d'origines très diverses a établi une gamme de coloration des cheveux qu'on peut voir dans le musée de l'Institut anthropologique de Paris. D'après cette gamme, P. Broca a pu former un tableau chromatique numéroté permettant de distinguer facilement les types caractéristiques. Ce tableau renferme 54 nuancess'appliquantaux cheveux etàlapeau ; les20 premiers numéros concernent également l'iris. Les 20 premières nuances sontdisposées en séries régulières, à savoir : 1-5, nuances brunes; 6-10, nuances vertes ; 11-15, nuances bleues; 16-20, nuances grises. Le reste du tableau est disposé autrement ; la multiplicité et la proximité des nuances fondamentales qui relèvent de deux couleurs seulement, jaune et rouge,et de leur mélange en proportions convenables, rendant impossible cette classification, on s'est borné à confronter, sur l'un des côtés du tableau, les teintes les plus sombres, afin de rendre la comparaison plus facile. On a cherché à faire suivre les autres dans un certain ordre, mais cet ordre n'a pu être régulier; il a fallu plus d'une fois rendre les séries naturelles. Le n" 48 représente le noir absolu. (Broca) (1.) Depuis, on n'a conservé que 33 nuances numérotées qui servent pour la peau et les poils.

La dicroïcité des poils ajoute encore à la difficulté d'apprécier exactement leur couleur. A la lumière réfractée, les poils noirs paraissent brun acajou; les châtains, acajou clair ; les rouges, jaune clair orangé ; les blancs, transpa-

(1; Broca. Bull, de la Société d'anthropologie, séance du 4 février

rents, avec un léger reflet jaunâtre (Joannet) {Ij. A la lumière directe, les reflets varient avec l'intensité et l'incidence des rayons lumineux. Enfin, il est de connaissance vulgaire que les poils se foncent par l'usage des corps gras.

La loi de toutes ces variations échappe à peu près complètement ; on a pu saisir, il est vrai, entre les colorations et certains attributs une relation assez régulièrement constante. Par exemple : il semble prouvé que les races blondes sont douées de plus de fécondité que les brunes, et la statistique paraît démontrer que là oti les Français sont grands, ils sont blonds, et que là où ils sont petits, ils sont bruns. D'un autre côté, la fréquence de la coloration blonde chez les sujets atteints de carie dentaire (Magitot), chez les individus scrofuleux et lymphatiques, semble affermir l'opinion de Bichat, qui considérait la couleur des poils comme un caractère des tempéraments.

Cependant il faut rabattre un peu de i'engouerr^ ent des nosologistes du commencement de ce siècle. Si Marcd'Espine et Brierre de Boismont ont reconnu c|ue la femme brune est menstruée plus tôt que la blonde, les mêmes auteurs ont vu que les femmes châtain foncé sont réglées encore plus tardivement que les blondes.

Quant aux relations entre la couleur des poils, le tempérament, les prédispositions morbides et le caractère, l'observation froide et impartiale démontre qu'on les avait fortement exagérées.

Si le tempérament lymphatique coïncide souvent avec un système pileux blond ou châtain clair, on trouve le

(1) Le poil humain, ses variétés d'aspect, leur signification en médecine judiciaire. Th. de Paris, 1878.

lymphatisme sous la chevelure brune, et réciproquement, on rencontre|letempéranientnervoso-sanguin ou athlétique allié à la teinte rouge.

Il n'y a pas non plus de relation absolue entre la couleur des poils et le caractère, ou, ce qui vaut mieux peut-être, la coloration des poils n'influence pas directement le caractère. Si le brun est vif, pétulant, emporté, combien ne trouve-t-on pas de rouges qui possèdent le même assemblage de qualités et de défauts.

Notre imagination a donc amplifie cette question. Le blond nous impressionne d'une certaine manière, le brun d'une autre, et nous nous sommes, pour ainsi dire, appliqués à accumuler les défectuosités organiques sur la teinte qui nous plaît le moins. Il est notoire que les reflets vifs du blond, sont dépréciés parmi nous, et chez nos voisins d'outre Manche.

Beddoe (1) nous apprend qu'en Angleterre les femmes blondes ont moins de chance de se marier que les brunes. D'après une statistique de cet observateur, sur 100 femmes brunes, 79 sont mariées, tandis que sur 100 blondes, 55 seulement sont mariées. On peut donc prévoir qu'un jour la chevelure brune finira par envahir l'Angleterre. Cependant, il faut reconnaître qu'en dehors de conditions particulières capables de diriger nos préférences, la faveur dont jouit telle couleur du système pileux au point de vue esthétique, est une question de mode et de caprice. Bichat faisait remarquer que, parmi les nombreuses teintes artificielles que l'homme a communiquées à sa chevelure, « jamais, ni celles qui sont d'un rouge feu, ni leurs diverses nuances, ne trouvent place ; » mais, si notre illustre anato.

(1) Anthropological Reyiew, 1864.

Arloing.

miste vivait aujourd'hui, il pourrait se convaincre que l'on n'a pas conservé pour ces nuances l'aversion qui s'était manifestée jusqu'à lui.

L'âge exerce une très grande influence sur la coloration; on observe fréquemment que les poils des enfants se colorent de plus en plus à mesure qu'ils grandissent, et arrivent à des teintes plus ou moins foncées à l'époque de la puberté. C'est un fait sur lequel P. Bonté a beaucoup insisté dans une discussion soutenue à la Société d'anthropologie contre Pruner-Bey.

La coloration des poils varie aussi sur le même individu avec le lieu de l'implantation et le volume des poils. Il est assez fréquent de trouver la barbe blonde en même temps que les cheveux bruns. La réciproque est rare. Très fréquemment aussi, les poils de l'aisselle sont roux chez des individus dont les cheveux sont bruns ou noirs ; mais, dans ce cas, il est extrêmement probable que la couleur primitive a été altérée par la sueur.

Quant à l'influence du volum<;, le duvet est à peu près incolore,

La coloration des cheveux est enfin modifiée par l'action des milieux; cette influence a été rendue sensible par Topinard, qui a mis sous les yeux des membres de la Société d'anthropologie une chevelure châtain dans sa moitié adhérente et blond rougeâtre dans sa moitié libre qui avait subi l'action de l'air et du soleil.

Dans la même séance, Topinard a montré comparativement deux mèches toutes deux bknches par sénilité: mais l'une a appartenu à une femme ayant soin de sa tête, vivant au salon ; elle est d'un blanc d'argent; l'autre a appartenu à une paysanne travaillant au grand air; elle est jaune. A côté de ces al téralions accidentelles de la couleur

Topinard signale les modifications artificielles qui sont apportées à la coloration par l'usage répété de l'eau oxygéné?, sous l'influence de laquelle les cheveux passent du noir de jais au blond de lin et au rouge de feu (d). Ces dernières observations ont été faites sur des chevelures chinoises que l'auteur a pu étudier pendant l'Exposition.

La coloration des cheveux peut-elle êtreregardée comme un caractère de race et devenir un élément sérieux de classification en anthropologie ? Les auteurs les plus autorisés, et entre autres Pruner-Bey, n'attachent pas une très grande importance à ce caractère. D'ailleurs sous un même climat, on retrouve les colorations les plus diverses. Les poils rouges eux-mêmes seretrouvent éventuellement dans la plupart des races.

Les opinions sont partagées sur la signification des cheveux rouges. Eusèbe de Salles considérait l'homme aux cheveux rouges comme l'homme primitif; d'après le D' Beddoe, les cheveux roux seraient accidentels et dépourvus de signification ethnique ; Topinard serait disposé à les considérer comme les traces d'une race disparue, représentée en Russie par quelques individus aux yeux verts. fi

D'après les données établies dans un travail de Beddoe sur la coloration des cheveux des Européens, Topinard a dressé une statistique d'où il tire quelques propositions : 1° aucune des séries qu'on pourrait constituer d'après la coloration ne sont pures (par exemple dans les Juifs, il y a des blonds et des châtains); 2° la plus forte proportion des blonds se rencontre p^rmi les Danois puis les Wallons ;

(1) ComnDunication sur une collection de cheveux européens exposée dans la galerie d'anthropologie du Trocadéro ; par Topinard. IJuUetins de la Société d'anthropologie, 1879.

celle des bruns, parmi les Maltais, les Juifs, les Ligures; 3*^ les Juifs méridionaux et septentrionaux sont également bruns. Les Bretons sont essentiellement bruns.

Quant à la répartition des couleurs dans toutes les races, on peut l'exposer dans quelques propositions : « La couleur ^oire est celle qu'on rencontre sur presque tous les points du globe, elle est l'apanage de l'Esquimau tout autant que du nègre, de l'Hindou brahmanique, du Malais, et les nations européennes en offrent de nombreux exemples (1). »

Les nuances claires, et en particulier le blond clair, sont très peu répandues. Les races qui les présentent appartiennent en grande partie àl'Europe etsurtout aux rameaux germanique, slave et celtique de Ja souçhe arienne etau rameau Finnois desTouraniens. On en trouve quelques exemples dans le Caucase, chez les Arméniens, chez les Sémites de la Syrie, quelquefois parmi les Juifs, et peut-être en Afrique, chez les Berbères de l'Atlas (2). La chevelure rouge paraît être représentée par quelques individus dans presque toutesles races connues, soit équatoriales, soitboréales (il faut en excepter les nègres). Ces faits généraux justifient l'opinion généralement répandue parmi les anthropologistes,que la coloration des poils ne constitue qu'un caractère de second ordre.

(1) Pruner-Bey. De la chevelure comme caractéristique des races humaines, d'après des recherches microscopiques, lu à la Société d'anthropologie, le 19 mars 1863.

(2) Faidherbe. Mém. de la Soc. d'anthropologie, t. II.

§ II. Caractères des poils examinés dans les différentes régions.

Les considérations générales qui précèdent portaient sur tous les poils, quel que fut leur lieu d'implantation. Mais en passant d'un point à un autre du corps, les poils acquièrent des caractères spéciaux de longueur, de volume de souplesse etc., variables d'ailleurs avec les individus et la race, et qui doivent être exposés.

Œsterlen a établi une classification qui a été reproduite par le D"" Joannet dans sa thèse inaugurale (1).

Cette classification repose sur la longueur des poils qui, dans l'ordre de leur décroissance, peuvent être distingués ainsi :

1° Longs poils du crâne (cheveux) ; 2° Longs poils de la face (barbe) ; 3° Longs poils du corps, pubis, aisselle, anus; 4* Courts poils colorés de la face (cils, sourcils, vibrisses).

5° Courts poils colorés du corps (poitrine, abdomen, membres).

6° Poils rudimentaires ou duvet.

Je préfère adopter la classification de Vaillant (2) qui est moins compliquée et qui me semble aussi bonne. J'étudierai donc les caractères spéciaux des poils dans l'ordre suivant ;

a. Cheveux,

b. Barbe,

(1) Voir aussi Beauregard et Galippe. Le poil humain, 1880. Paris.

(2) Essai sur le système pileux. Thèse de Paris, 1861.

c. Poils des organes génitaux et de l'aisselle,

d. Poils annexés aux organes des sens,

e. Poils de la surface cutanée générale.

A. Cheveux. — Tous les hommes ont une chevelure, mais elle est plus sensiblement fournie chez quelques races boréales (de Quatrefages) (1).

Les cheveux sont d'ordinaire les poils les plus longs et les plus souples de l'économie.

a. Les cheveux sont implantés sur le cuir chevelu et dans une zone dont la limite varie avec les races. Cazenave a signalé cinq prolongements sur la partie médiane du front, au-dessus de la partie externe de l'orbite et sur les tempes, qui limitent en avant l'implantation des cheveux dans la race caucasique. D'après G. Saint Hilaire, ces cinq pointes feraient défaut chez les Hottentots, et seraient remplacées par un contour régulièrement circulaire; en arrière, les cheveux descendent bas sur le cou au dessous de la nuque.

h. Les cheveux sont en général plantés obliquement, sauf chez les Hottentots, les Papous et quelques autres nègres, où ils sont perpendiculaires à la surface du cuir chevelu (Pruner-Bey) . Le plus souvent, ils sont uniformément distribués suivant certaines lignes droites ou courbes, mais chez les nègres précédemment cités, ils poussent par petites touffes isolées donnant lieu à la chevelure en grains de poivre. Pritchard, àqui on doit cette observation, rend la disposition plus sensible en disant que, s'ils sont coupés ras, la tête prend l'aspect d'une brosse dure à souliers.

(1) L'espèce humaine, p, 269.

Aux races citées plus haut, il faut ajouter, d'après Quatrefages, les Boschimans de l'Afrique australe et les Mincopies des îles Andaman comme présentant cette particularité.

c. Les cheveux abandonnés à leur croissance naturelle peuvent acquérir une très grande longueur; cela se voitchez la femme, où ils atteignent parfois un mètre et plus; on en a vu descendre jusqu'au-dessous du genou et même jusqu'au milieu du mollet.

Dans certaines races, comme le Pied-Noir et le Sioux, les hommes laissent pousser leur chevelure qui, sous la forme d'une crinière ronde et lisse, tombe jusqu'aux talons (Prune r-Bej).

L'usage de couper les cheveux répandu jusque chez les peuplades les moins civilisées, modifie non seulement leur longueur, mais donne encore à leur extrémité libre une forme qu'il est intéressant de connaître au point de vue de la médecine légale. Avant la section, l'extrémité est conique et plus ou moins fine ; après la section, le cheveu se termine par une surface de séparation, transversale ou oblique, nette ou hérissée de quelques prolongements.

Œsterlen fait remarquer que, dans les premières semaines qui suivent la coupe, l'action de la brosse ou du peigne a fait disparaître les inégalités de la surface de section; après douze semaines, il y a une surface de section à bords nets ; puis l'extrémité s'amincit sans atteindra la finesse de la pointe primitive. Mais chez la femme, dont les cheveux ne subissent pas l'action des ciseaux, la pointe présente de nombreuses variétés de déformation dues à l'usure, au frottement ou à la cassure (Galippe et Beauregard) (i).

(1) Gaidc de micrographie. Paris, 1880.

d. Il a été assez longuement question de la couleur des poils en général pour que nous soyons dispensé d'en parler à propos des cheveux.

Nous dirons seulement que la couleur semble influer sur le nombre des cheveux implantés dans un même espace. Withof a compté par 1 /4 de pouce carré : 147 cheveux noirs, 162 bruns et 182 blonds.

Les poils de teintes claires étant plus fins que les poils de teintes foncées, on peut en conclure que le nombre des cheveux augmente à mesure que leur volume diminue.

e. Le diamètre des cheveux subit des variations qui sont placées sous la dépendance du sexe et surtout de l'âge. Préoccupé de recueillir des matériaux pour aider aux recherches de médecine légale, Œsterlen a fait sur les poils, un grand nombre de mesures dont les résultats ont été transcrits par le D"" Joannet (thèse citée).

Epaisseur des cheveux à différents points du crâne .

1° Chez l'homme

0mm,

Qmm,

Qmm,

Chez la femme

Qmm,

Omm,

0mm,

Omra,

Chez le vieillard

Omra,

0mm,

Chez un enf. de 15 ans

0mm,

0mm,

Enfant de 6 à 18 mois

0mm,

0mm,

— de 12 jours

0mm,

0mm,

La largeur n'est pas uniforme dans le même cheveu; elle

atteint son maximum vers la partie moyenne et décroît d'une manière qui n'est appréciable qu'avec des moyens de mensuration très délicats-, vers la pointe et vers la racine.

f. Aux points de vue de la forme, de la consistance et de l'enroulement, les cheveux présentent des différences très importantes qui donnent à la chevelure des physionomies particulières. Bory de Saint- Vincent, qui l'un des premiers s'est occupé des différences de forme présentées par les cheveux suivant les races, a partagé celles-ci en Leiotriques, (aux cheveux lisses) et Ulotriques (aux cheveux crépus). Cette division répondait à celle de Virey qui reconnaissait deux espèces, les blancs et les nègres.

On di stingue les cheveux lisses proprement dits, lorsqu'ils sont rectilignes dans toute leur longueur ; ondés, lorsqu'ils décrivent de longues courbes ; bouclés, lorsqu'à une certaine distance de leur extrémité, ils forment des anneaux larges et incomplets; frisés, lorsque les anneaux plus petits occupent toute la longueur des cheveux. Toutes ces formes rentrent dans la première catégorie.

Les cheveux laineux sont ceux dont les anneaux très petits s'entortillent avec les voisins de manière à former les petites touffes rappelant l'aspect de la laine. Les cheveux laineux ou crépus diffèrent par la longueur ; chez certains Tasmaniens, ils sont longs et tombent en torsades ressemblant à de grosses franges, ou bien ils sont hérissés dans toutes les directions de manière à former une masse globuleuse saillante de chaque côté et qu'on appelle en tête de vadrouille (Papous et Caft es).

En somme, la division fondamentale établie par Bory de Saint-Vincent comportait deux groupes distingués par la forme des cheveux. Les cheveux laineux caractérisaient

— soles nègres, les cheveux lisses, le reste de l'humanité, c'està-dire le blanc. C'est depuis qu'on a distingué avec soin les différentes formes du cheveu /isse et les degrés de ses inflexions. On est allé plus loin encore et on a cherché et trouvé l'explication des différents aspects de la chevelure dans la forme des cheveux. Déjà Weber, en Allemagne, et Brown, à Philadelphie, étaient arrivés à des résultats assez intéressants, lorsque parurent les travaux de Pruner- Bey qui vinrent confirmer et étendre les conclusions de ses prédécesseurs. Après avoir étudié toutes les formes de la chevelure humaine, M, Pruner-Bey arriva à des résultats qui peuvent se formuler dans les termes siiivants :

« Plus le cheveu est aplati, plus il s'enroule ; plus il s'arrondit, plus il devient lisse et raide. L'une des extrémités de l'échelle est représentée par les Papous, les Boschimans et les nègres, l'autre parles Polynésiens, les Malais, les Siamois, les Japonais, les Touraniens et les Américains ; les Ariens occupent l'espace intermédiaire. »

En définitive, Pruner-Bey affirme énergiquement la possibilité d'établir une classification des races humaines d'après la forme des cheveux.

Cette conclusion a été fortement contestée entre autres par Nathusius et par Donné, mais elle a été soutenue par Broca et adoptée par Topinard qui accepte en même temps les termes de la classification de Pruner-Bey en les subdivisant : Trois groupes doivent être d'abord distingués auxquels correspondraient : « 1° les cheveux aplatis, c'està-dire laineux caractérisant les nègres ; 2° les cheveux gros durs et arrondis comme chez les Mongols, Chinois, Malais et Américains ; 3° les cheveux intermédiaires par la forme et le volume, comme dans les races européennes.

Le premiergroupe se partagerait suivant que les cheveux

s'insèrenf. par touffes séparées, comme chez les Papous et les Boschimans, ou en nappe continue, comme chez les autres nègres.

Le troisième groupe se diviserait suivant que les cheveux sont bruns (races méridionales) ou blonds (races septentrionales).

Enfin} en rapprochant le caractère du cheveu droit de la coloration noir franc dans certaines races, on aurait un dernier groupe comprenant les Australiens, les Hymiarites, etc. (1). »

B. Barbe. — « Plusieurs poils étant donnés, longs de 4à 6 centimètres, larges de 0'""', 126, avec tige d'épaisseur uniforme, frisés, à pointe constituée par une surface de section oblique, non amincie, sans inégalités, peuvent être considérés comme des poils de barbe, »

Ce sont là, d'après Œsterlen, les caractères les plus fréquents de la barbe. Mais il se produit de nombreuses variations individuelles, portant sur la longueur, le degré de frisure ou de flexibilité.

Bartholin rapporte qu'un moine avait une barbe descendant jusqu'au sol. Eble (2) dit même qu'à la cour d'un prince d'Edam se trouvait un charpentier dont la barbe mesurait 2'"70 de longueur !

Si tous les hommes ont de la barbe, toutes les races ne tiennent pas à s'en parer; ainsi certain nombre de races en Asie, en Amérique, en Afrique, ont élé signalées comme absolument imberbes ; mais Pallas, Humboldt, Brasseur de Bourbourg, Pruner-Bey, ont montré que ïépiiation soi-

(t) Topinard. L'anthropologie.

(2) In Vaillant. Loco cit.

gneusement pratiquée a seule donné naissance à ces races imberbes. (De Quatrefages) (1).

Parmi les races qui portent la barbe, on observe d'assez nombreuses différences qui ne sont pas liées nécessairement au degré de développement du système pileux général. Les Chinois et les Japonais ont les cheveux très développés et la barbe rare ; les Australiens n'ont pas de moustaches et ont le reste de la barbe bien fourni ; le contraire s'observe chez les Hindous. (Daily.)

Les Européens, qui se font remarquer par les nuances variées delà barbe, alors que les autres races ont la barbe toujours noire, offrent toutes les variétés de développement que l'ont vient de signaler.

On ignore les causes qui peuvent influer sur la distribution géographique des races barbues et sur la répartition de la barbe entre les régions du visage.

La barbe se développe au moment de la puberté dans le sexe masculin, mais il est assez fréquent de constater chez la femme un développement anormal. Slocum, cité par Ory (2), rapporte le cas d'une dame de New^-York qui présenta, à chacune de ses trois grossesses, un développement de b'àrbe sur les joues et le menton ; l'apparition coïncidait avec la cessation des règles, la croissance atteignait 1 pouce et demi jusqu'à l'accouchement, puis la disparition s'effectuait au moment de la reprise des fonctions menstruelles. On voit communément les poils du pourtour de la bouche prendre un certain développement chez la femme, après la ménopause.

La castration ou les anomalies des organes génitaux en

(1) In Loc. cit.

(2) In Dict. de méd. et chirurgie pratiq. de Jaccoud.

travent le développement de Ja barbe, qui est toujours peu fournie chez les eunuques ou les hermaphrodites,

C. Poils des organes génitaux et des aisselles. — Les poils du pubis, des aisselles, du scrotum, sont courts, frisés et ont, entre eux, unegrande analogie. Ils diffèrent cependant par l'épaisseur; sous ce rapport, les poils du pubis ressemblent à ceux delà barbe, les poils de l'aisselle, aux cheveux; ceux du scrotum sont plus épais que les derniers. Les poils du pubis descendent sur Ja face externe des grandes lèvres, chez la femme, mais ne gagnent presque jamais le périnée, tandis que chez l'homme ils s'étendent toujours du scrotum au pourtour de l'anus. Ces organes ont une coupe presque toujours ovale ou elliptique, de là leur tendance à être crépus; généralement ils sont courts, cependant Siebold, Voigtel (cités par Vaillant), ont rencontré des faits très exceptionnels d'une croissance exagérée d es poils du pubis, chez une femme; ceux-ci atteignaient le genou.

Les poils du pubis, du scrotum et de l'anus ont, en général, une teinte plus foncée que ceux de la ba:rbe ou des cheveux. Par contre, ceux de l'aisselle^ altérés par la sueur, sont décolorés, et leur surface est recouverte d'une foule d'excroissances sous formes d'écaillés qui résultent de la destruction partielle de l'épiderme, par l'effet de la transpiration et du frottement ; la pointe est conique et émoussée (Hager).

D. Prjils annexés aux organes des sens. — Les poils annexés aux organes des sens sont courts et rigides.

Les poils des sourcils ont de 6 à 12 ou 15 mill. de longueur ; ils sont couchés de dedans en dehors; ceux de la

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