‹ Poisons et sortilègesChapitre 6 sur 32 · PREFACE VII · texte numérisé non relu

PREFACE VII

méthode, d'autres les avaient faites, poussés par une sorte de prescience, par l'ambition aussi de trouver la substance mystérieuse et fatale, inconnue de tous, par le désir de devenir l'arbitre infaillible des destinées humaines. Et c'est ainsi que les Borgia, notamment, avaient deviné l'existence des alcaloïdes de la putréfaction et utilisé leurs propriétés toxiques, quatre siècles avant leur découverte par les médecins.

Ceux-ci, du reste, n'ont pas toujours joué le beau rôle en matière de procès d'empoisonnement. Certes, on ne peut leur reprocher leur insuffisance ; ils ne sont pas responsables des lacunes de l'enseignement qu'ils reçurent. Cependant, si quelques-uns furent à la hauteur de leur tâche, d'autres — les médecins de cour — firent montre d'une morgue insupportable, lien est qui, pour masquer leur ignorance, et pour s'excuser d'avoir laissé mourir leurs malades, dirent hautement que leurs augustes clients avaient succombé à un empoisonnement ; ils contribuèrent ainsi à créer cette légende absurde, à effrayer le public, toujours confiant dans leur parole.

Le poison ne semble plus appelé désormais à jouer un rôle social et politique important. La science a enfin pris sa revanche; elle a devancé les progrès des empoisonneurs, et il lui sera facile de déjouer leurs tentatives. Les médecins légistes

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