Racket et son temps
Mademoiselle Rachel a vu le jour à Munf, canton d’Arau (Suisse), hsi& 4" i aacg . .t^ gg». Son père, M. Félix, est Français, originaire de Metz ; sa mère se nomme Esther Haya.
La date de naissance de Rachel, rectifiée par. elle-même. (Autographe de l’artiste).
(Collection G. Habahchipy.'
quatre ou cinq tasses de lait par jour. Elle peut aussi se promener dans un vaste jardin ombragé de palmiers et, à l’abri des regards indiscrets, rester vêtue ou plutôt drapée dans des mousselines et chaussée de pantoufles de satin.
Une amélioration tardant à se produire, on lui conseille de remonter le Nil en bateau jusqu’à la première cataracte : une cangue emmène vers la haute Égypte la Cléopâtre tragique. Elle reste des journées entières figée dans une pose hiératique, comme celle des sphinx, au fond de l’embarcation qui glisse sans imprimer de secousses à son corps dolent. Ce fleuve hospitalier porte la barque de la malade aussi doucement, aussi maternellement que la mère porte son nouveau-né! « Elle gît là; immobile, sans voix et sans geste, en peignoir de nuit et en jupon léger 1 . »
Mais la voici devant les Pyramides, d’où elle contemple « vingt siècles évanouis dans l’espace ». Comme elle se sent infime à côté de ces monuments aux proportions grandioses !
Elle était venue pour retrouver la vie qui lui échappe et elle ne voit que la mort rôder autour d’elle. « Faites-moi bien vite faire un trou au Père-Lachaise et creusez-moi un trou dans votre souvenir », recommande-t-elle à Arsène Houssaye, dans un billet dont elle a séché l’encre « avec la poussière des reines d’Égypte ».
Le 2 janvier 1857, Rachel, peut-être pour le rassurer plus qu’elle ne l’est elle-même, écrit, de Thèbes, à son père :
«... ma santé continue à s’améliorer, la chaleur est délicieuse, elle me fortifie sans m’accabler, le sommeil se fait meilleur, je ne prends plus qu’une toute petite pilule pour dormir, la toux est moins fréquente, par-ci par-là il me prend encore des quintes, mais elles sont de courte durée