UNE PROMOTION
Eh bien, qu'en dites-vous?... Yous savez la nouvelle ?... Nous avons un nouveau marquis !
C'est le marquis About (du Gaulois, — quelle gauloiserie !), le marquis About, un marquis comme M. Jourdain était gentilhomme, un marquis comme Mascarille était marquis, un marquis difficile en noblesse, et qui, au nom de sa haute lignée et du droit d'impertinence qu'ont tous les marquis... de comédie, se donne les airs de reprocher à M. Rouher — un homme qui n'est pas né — la bassesse de sa naissance, et le traite de chaudronnier et de postillon d'Au-
vergne !
lié î hé ! les postillons — d Auvergne ou
non — ont un fouet! — (et ce serait le cas de crier ici : « A moi. Auvergne ! ») — un fouet ! ce que n'a pas M. About, avec sa grêle plume qu'il prend si drôlement pour une cravache de marquis !
Ainsi, M. About, le démocrate pour gaminer, l'enfant terrible des journaux, comme il s'appelle lui-même, M. About devenant tout à coup difficile sur la noblesse des gens et le d'Hozier des ministres d'Etat ! M. About répondant au mérite indéniable, à ia capacité forte, aux services rendus, enfin à tout ce qui fait de M. Rouher une grande personnalité, même pour ses ennemis, par chaudronnier et Auvergnat, Auvergnat et chaudronnier, comme l'autre marquis répondait à tout : tarte à la crème, n'est-ce pas là le plus grotesque des spectacles, et de toutes les impertinences de M. About la plus impertinente, et qu'on doive sifiler non pas avec un simple sifflet, mais quoique nous soyons en carême, avec le cornet à bouquin du carnaval?
De tous les moyens de faire son chemin à travers l'encombrement «les imbéciles, le
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meilleur est certainement, dans ce pays-ci, l'impertinence, le caquetage et le caquet, trois choses qui se tiennent, et M. About, intellectuellement oiseau à petite tête, avait tout ce qu'il fallait pour prendre et chanter ces airs-là, qui font sur-le-champ le succès. Gazza ladra de la littérature, il débuta par ce fameux roman qui n'était pas de lui, et qu'il donna comme de lui, — première impertinence pour le public, et qui réussit ! — le roman de Tolla, un nom providentiel, qui vient de tolleré, — enlever. Il avait enlevé le roman, il enleva le public. Sorti de l'Ecole normale, où ils se ressemblent tous, cette école de Ménechmes littéraires, se sentant pédant et regimbant contre cela, il se fit léger comme les Allemands et les bœufs, en sautant par toutes les fenêtres ! Il s'entraîna. Il traita son esprit comme les jockeys qui ne veulent pas peser traitent leur pauvre corps, et il en fit ce pauvre esprit qui pèse si peu ! Professeur cul de plomb qui voulait à toute force avoir des ailes, et qui près de Sarcey, son repoussoir, parut évaporé, il eut L'impertinence de se croire quelque peu Voltaire. Il pondit son Nez d'un Notaire, puis les Échasses de maître Pierre, qui lui rapportèrent gros, et mémo la Légion d" honneur ^ qu'il prit très
bien, cet homme d'Opposition, comme Voltaire, sa croix dans le dos. Puis il attaqua l'Eglise, manqua de respect au Pape, hanta les grands, dîna chez les princes et chez les princesses, où il fît le gentil avec une telle grâce et le familier avec un tel tact, qu'on finit par lui faire, diton, donner son chapeau par les domestiques... M. Àbout, l'enfant terrible du journalisme, qui mettait hier encore cette casquette sur son oreille, se joue dans toutes les questions du temps et en affronte impudemment la gravite. Vous rappelez-vous le passage de Timon peignant M. Thiers, cet autre gamin politique d°un autre âge, descendant quatre à quatre l'escalier d'un galetas au cinquième et se roulant et se vautrant dans les meubles d'un salon au premier, et trouvant que c'est bon, la soie et le velours, mettant sa tête ébouriffée et ses pieds crottés dans les fauteuils et les rideaux. C'était déjà M. About que ce Thiers-là! Gomme M. Thiers, M. About donnerait, lui aussi, la fameuse tape historique sur le ventre de lord Grey ! Perroquet gâté et qu'on a trop gratté, auquel on a permis trop de choses, Vert-Vert badin de l'Opposition, qui le bourre de bonbons pour sa peine de dire au pouvoir de petites insolences sucrées et enveloppées dans de la fausse Histoire, demandant