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janvier

Avez-vous jamais entendu parler, dans l'histoire des peuples constitutionnels, d'une Opposition sans programme?... Tel misérable, tel faux même que ce programme pût être, telle mince que fût l'idée qu'on voulait faire triompher, il y en avait toujours une sur laquelle l'Opposition s'appuyait, ne fût-ce que pour prouver qu'elle n'était pas une Opposition à tue-tête et qu'elle avait pour toutes les échéances son système de gouvernement. Eh bien, ce que vous n'avez jamais vu dans l'histoire des peuples constitutionnels, nous le voyons, en France, tout à l'heure ! A la veille d'un renouvellement intégral dans la législature, et dans la dernière

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session qui le précède, au moment où pour se faire renommer aux élections prochaines il faudrait laisser de soi un puissant et chaud souvenir, l'Opposition française, qui s'est vidée, épuisée, et qui meurt de radotage avant de mourir par le temps, n'a pas présentement une idée dont elle puisse faire flèche et une larve de programme à mettre en avant, en dehors de ce vague mot de liberté après lequel ils n'ont plus rien à dire, quand une fois ils l'ont prononcé !

Danton, cette énorme tête vide, disait, croyant dire quelque chose : « De l'action ! de Faction ! de l'action ! » Les petites têtes plates et non moins vides de l'Opposition, disent à leur tour : «De la liberté ! de la liberté ! de la liberté ! » Et elles ne disent que cela. Elles répètent sur tous les tons, dans leurs discours et dans leurs journaux, qu'il faut des développements à la liberté, et elles tapent sur ce mot de liberté comme sur une cymbale ou sur un tambour, comme les sauvages tapent sur des vases d'airain quand ils veulent faire accoucher la lune. Et c'est la lune aussi qu'elles veulent faire accoucher ! .. . Car nous prétendons, nous, que cette liberté qu'on demande, la France actuelle, la France du second Empire, la possède et en jouit, et que cette liberté n'existe au même degré exceptionnel chez aucun peuple.

Et nous défions l'Opposition de nier, — non! on peut nier toujours tout, — mais de discuter cela avec nous. Oui ! voilà ce que nous disons. Nulle part, il n'existe, dans aucun pays, de liberté comparable à celle que l'Empire nous a donnée, et c'est ce qu'il faut imperturbablement répéter à rencontre des déclamations et des impostures contraires. La France, à l'heure présente, est investie de tous les genres de liberté, et je ne sais même pas comment l'Empire pourrait en donner une de plus.

J'ai dit : de tous les genres de liberté; car il n'y a jamais que des libertés spéciales. Il n'y a pas plus de liberté abstraite que d'homme abstrait. Toutes les libertés sont une chose et portent un nom... Il n'y a pas de liberté comme cela, de liberté en l'air! Et même quand les révolutionnaires faisaient une Liberté, ils la faisaient avec une femme, un bonnet rouge, une pique, un autel et un échafaud.

Et nous les avons toutes, en effet : liberté d'institutions, liberté de mœurs, liberté de toutes

choses. — Depuis la liberté de la boulangerie jusqu'à la liberté des théâtres ; depuis la liberté des journaux jusqu'à la liberté des réunions publiques ! Suspendues un instant, ces deux dernières, le gouvernement impérial, sûr de sa force, a fini par les accorder. Les journaux ont été libres de se fonder... et pourquoi dire, grand Dieu! Je demande ce que la civilisation, l'esprit humain, l'Etat, • l'honneur de la patrie ont gagné à cette liberté de créer des journaux qui n'est si chère qu'à ceux-là qui éprouvent le besoin de dire des injures ou de créer des embarras au gouvernement de leur pays? On leur a donné la liberté des réunions publiques, et ils en ont profité pour nier Dieu, insulter l'Empereur, proclamer la nécessité du concubinage, dépasser Robespierre, Marat et même Hébert, que nous croyions le fond du tonneau de la vidange révolutionnaire, mais qui ne l'était pas puisque les voilà, eux! se pourléchant hideusement de l'espérance d'un massacre prochain, d'un brûlement général, d'une vengeance sociale enfin complète! Lorsque le gouvernement, qui sent de quel bronze il est fait, a le stoïcisme plein de profondeur de s'offrir comme une tête de Turc à ces poings furieux et fermés, qu'il brisera de sa solidité ; lorsque les malheureux

fonctionnaires qu'il commet à ces réunions tempestueuses sentent blanchir leur barbe et leurs cheveux en entendant les choses horribles qu'on leur lance à la face, mais ont la consigne de rester impassibles, et, seuls liés par l'ordre et le devoir, quand tous sont libres de leur salive et de leurs mépris, ne sont pas libres, eux, de faire arrêter les vociférateurs et fermer cette arène aux abominations et aux insolences, ou se demande ce qu'il faut encore de liberté à ceux qui en réclament toujours!

Et quand l'Opposition elle-même, qui a tant crié pour avoir celle-là et qui Ta obtenue, ne s'en sert pas, — a peur de s'en servir, — trouve le fer qu'elle a forgé trop chaud, — et tremble de loin aux voix fraternelles des Gains qui l'appellent à ces réunions, et qui, parce qu'elle n'y vient pas, l'accusent de lâcheté et de trahison, on s'étonne vraiment, on reste stupéfait de la voir, cette Opposition si bêtement acharnée, pousser son cri d'oie et de liberté!

Eh ! quelle liberté peut-elle vouloir encore?... Mais en Angleterre, cette terre classiquement libre, comme on dit; mais en Amérique, où du moins la Démocratie a de la fierté, croyez-vous donc qu'on pourrait dire de la reine Victoria, ou du général Grant, une fois nommé président de

la république Américaine, la moitié seulement de ce qui se dit maintenant à Paris, à la Redoute et au Vieux-Chêne, et de ce que l'Empereur a la magnanimité d'affronter, dans la confiante sérénité de ce suffrage universel dont il est sorti et qui lui fait comme un Olympe et une forteresse? Non ! dans aucun pays du monde, — vous pouvez par la pensée les parcourir tous, — vous ne trouverez de gouvernement assez intrépide pour jouer le jeu hardi que le gouvernement joue présentement en France, et le tout pour nous prouver que nous sommes libres, pour démontrer non pas seulement à l'Histoire contemporaine, mais à l'Histoire de l'avenir, à l'Histoire éternelle, qu'il est allé, en fait de liberté, aussi loin qu'il pouvait aller; car un pas de plus, une épaisseur de cheveu de plus, ce n'est plus de la liberté dans laquelle nous serions, mais de l'anarchie. Ce serait la liberté, à tous, de tuer le gouvernement de leur pays, sans que, seul, ce gouvernement eût la liberté de se défendre.

Et voilà, du reste, au fond, ce qu'elle voudrait, cette Opposition hypocrite ! Elle ne hurle pas si fort que les frénétiques des réunions populaires, qui disent, eux, nettement, bruyamment, épouvantablement ce qu'ils veulent, — ils ont un programme, eux ! et vous le connaissez, — mais,

au fond, contre le gouvernement, contre là personne de l'Empire, ils ont certainement la môme haine, les mêmes plans, ces légaliers, ces pattepelus de liberté ! De l'Empire croulant, ils ne voudraient guères sauver que leurs propriétés privées. Cette vide Opposition parlementaire, qui n'a pour toute raison, pour toute idée contre le gouvernement qu'elle hait, que son vieux cri de liberté, qui ressemble à un tic, trouve, au fond, comme les grands Hurleurs de la chose, qu'il y a toujours une liberté à demander tout le temps qu'il y en a une seule qui doive être, en cas de délit, réprimée ou punie; tout le temps que restent entrelacées dans nos Codes et dans nos Législations la Répression et la Punition, ces deux Mères de la Force sociale ! Après tout ce que nous venons d'exposer, nous pouvons dire que nous sommes libres. Libres de tout, jusqu'à l'assassinat... mais à nos risques et périls pourtant. Seulement, ne vous y trompez pas ! pour l'Opposition, ce sont ces risques et périls qui sont l'obstacle, l'empêchement à la liberté.

En cela toute semblable, mais plus lâche et plus fausse que les frénétiques qui ne veulent plus d'elle et dont elle était naguères la tète de colonne, à ces démagogues qu'elle croyait commander et qu'elle ne commande plus, et qu'elle

ne procède que comme ceux qui reçoivent des coups de pieds au derrière précèdent ceux-là qui les donnent.

7 février 1SG9.

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