UNE PROMOTION
qui se croit formidable, a écrit languis s animent ceci : « Jusqu'au moment où nous rentrerons dans la loi commune, j'écrirai tous les soirs à cette place sur les choses publiques. »
Ah ! ceci est l'impertinence suprême. Il écrira sur les choses publiques. Ah ! qu'elles se le disent et qu'elles se tiennent bien, les choses publiques! Et M. Pietri ! et l'Empire ! L'Empire craque à cette menace. Ce malheureux petit Empire qui n'a pour lui que des chaudronniers, des Auvergnats, des postillons (mais, heureusement, avec leurs fouets !), tandis que l'Opposition, le Gaulois, les cinquante centimes du Gaulois, ont pour eux le marquis About!
14 février 1869,
EMPLÂTRES ET DERIVATIFS
Cela continue, — les Réunions soi-disant littéraires, fondées par l'Opposition, — cela continue, multiplie, croît et embellit. Après M. Laboulaye, M. Jules Favre, M. le prince de Broglie, voici M. Jules Simon, voici M. Pelletan, voici M. Saint-Marc Girardin. Une queue leu leu! Et laissez-les faire! Nous les aurons tous... Il y a quinze jours, c'était M. Jules Simon qui parlait et M. Saint-Marc Girardin qui présidait, ayant pour acolytes M. Jules Favre et M. Pelletan, et le Dimanche suivant, c'a été M. Pelletan qui a présidé et M. Saint-Marc Girardin qui a parlé ; car ils se font tous réciproquement la politesse, ils se tiennent tous la bride les uns aux autres ;
tous ils sont tour à tour chameliers et chameaux ! M. Saint-Marc Girardin, Xétoile d'aujourd'hui, — une étoile qui ressemble à un œil crevé, — n'est pas de l'Opposition parlementaire, mais il est de l'Opposition académique, et cela équivaut : c'est un vieux garçon rouge de la maison d'Orléans. Après lui, nous verrons certainement M. Paradol, — à moins qu'il ne sache susurrer que derrière le. dos des dames qui vont chez madame de Vatry, — M. Paradol, dont le nom semble fait pour toutes ces parades ! Nous y verrons jusqu'à M. Garnier-Pagès, à l'ineffable platitude, M. Garnier-Pagès, devenu, pour les besoins de la cause, un littérateur ! Je vous le dis, nous les y verrons tous, tous tant qu'ils sont, de cette Opposition qui ne sait plus maintenant où donner de la tête parce qu'elle a mal au ventre, et qui, contre cette effroyable colique de miserere qui la travaille et que lui ont donnée les Réunions populaires, n'a trouvé que cette belle invention des Réunions littéraires, pour cataplasmes et pour dérivatifs t
C'est aussi bete, du reste, que si le petit Lacédémonien qui avait le renard dans le ventre, avait cru se guérir de son renard avec une mouche d'opium sur le nombril. Le renard enragé que les républicains du Vieux-Chêne et de
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Belleville ont introduit dans le petit ventre de l'Opposition parlementaire, ne s'endormira pas sous cette mouche, et il continuera, jusqu'aux élections prochaines, de lui grignoter les entrailles. Dérivatifs, cataplasmes, emplâtres et opium, impuissants et inutiles ! Les petites Réunions littéraires, sonnées à douhle carillon, d'une Opposition qui a peur, seront enfoncées par les grandes Réunions sans orthographe et à pataquès.
Et il est bon — moralement — qu'il en soit ainsi. Oui ! cela est bon pour l'honneur de la morale éternelle, pour l'honneur de l'Honneur français. La lâcheté ne peut prendre en France. Ce n'est pas un champignon du pays. Quand, par hasard, elle y existe, lorsque, par hasard, elle y montre sa face blême et son attitude abjecte, tout l'art des Scapins et des Crispins politiques ne peut ni la cacher, ni la draper. C'est une scapinade, en effet, que de vouloir envelopper dans le sac des Réunions littéraires sa radicale impuissance et sa peur de Gérontes politiques, alors que s'étant vanté d'être des
Républicains et même des révolutionnaires, on n'ose pas se montrer poitrine nue, tête levée et argument prêt, dans ces Réunions où s'affirme la République des Républiques et l'Egalité, l'Egalité radicale et définitive !
Certes ! nous savons ce que valent ou ce que ne valent pas les Marmousets de ces Réunions populaires où le vrai Peuple, qui a ses goujats comme les Aristocraties ont les leurs, est représenté par eux sans mandat; nous savons que si l'Empire n'était pas là comme un bouclier de Minerve, planté profondément, jusqu'à l'axe du sol, devant nous, pour nous couvrir et pour nous défendre, nous verrions une de ces épouvantables orgies sociales auprès de laquelle les monstrueuses et sanglantes Bacchanales de la guerre des Anabaptistes, par exemple, ne seraient que de l'eau claire et même de Feau filtrée. Mais toujours est-il que ces goujats ont au moins le courage, le hideux courage de leurs haines, de leur envie, de leurs convoitises, de toutes les passions qui les contaminent ou qui les rongent, tandis que l'Opposition, qui s'est dit si longtemps leur tête et qui Ta persuadé aux imbéciles, n'a pas, elle, le courage des siennes. Mesquine, égoïste, boutiquière de cœur, n'ayant point la chevaleresque bêtise de ces Lafaycttc et de ces
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Montmorency qui mirent leurs titres de noblesse sur l'autel de la patrie, et n'entendant nullement y mettre ses titres de propriété, cette Opposition de bourgeois sans vaillance n'a pas le courage de s'aligner, sur le terrain de la tribune et de la théorie, en face de ceux qui entendent bien, un jour ou l'autre, la dépouiller! Ce n'est plus maintenant le spectre rouge qu'elle a devant elle, c'est bien la réalité rouge, et elle n'ose pas dire à cette réalité rouge : « Vous n'êtes pas nous, nous ne sommes pas vous ! Jusqu'ici on nous a crus d'accord et nous-mêmes nous avons voulu le faire croire, mais de ce jour, nous ne sommes plus ensemble et nous ne voulons plus de vous!!! » En cela, moins francs et moins Français que les goujats, ces messieurs... en cela très au-dessous des Duchesne et des Hébert du ruisseau, ces lettrés, vrais ou faux, qui répondent piteusement au Socialisme par de la littérature, caricatures de Girondins !...
Poltrons qui ont cru leur poltronnerie spirituelle, qui se sont dit, comme si c'était la même chose : « On nous attend là, nous irons ailleurs! » Toutes les estrades se valent entre elles ; l'important est de s'y montrer et d'y débiter le vieux et petit boniment de liberté qui suffisait naguères aux imaginations des foules, mais qui ne suffit
plus, depuis qu'elles sont devenues positives. Il faut avouer, du reste, quand on y réfléchit, qu'ils étaient placés entre deux terribles portes par lesquelles ils devaient passer, entre deux situations cruelles dans lesquelles, soit dans Tune, soit dans l'autre, ils devaient laisser de leur peau : Aller à ces Réunions populaires où ils étaient appelés à grands cris, et là, épouser les idées de ces niveleurs qui veulent, comme ils le disent sur tous les tons, une entière liquidation sociale, et du même coup se brouiller, à la veille des élections générales, avec cette bourgeoisie qui les a nommés députés ! — ou n'y pas aller, c'est-à-dire rompre net avec la Démocratie avancée, avec les Républicains de l'avenir, qui sont bien aussi quelque chose dans le présent, et prouver par cette conduite qu'ils n'ont pas une idée à mettre à l'encontre des affreux programmes qu'on exhibe à tout moment dans ces Réunions populaires. Voilà l'horrible angustie dont ils ont souffert, je vous en réponds ! Yoilà les deux cruelles situations entre lesquelles il fallait choisir, et ils ont choisi la dernière. Ils ont trouvé qu'il était moins dangereux de s'enfuir que de se montrer; car ne pas aller, c'était s'enfuir! Et ils se sont enfuis. Ils se sont enfuis, mais pour revenir cauteleusement par la tan-