KM PLATRES ET DÉRIVATIFS
gente de ces Réunions littéraires au public docile et même à la claque laborieusement organisée, où ils filent droit dans leurs discours sans que personne ose les interrompre par une de ces questions, chargées jusqu'à la gueule, qui, à chaque minute, les coucheraient en joue et les fusilleraient au Vieux Chêne. Et ils ont pensé que ces bons bourgeois d'électeurs, qui les ont nommés, se contenteraient, pardieu ! de l'invention de leurs petits boui-bouis littéraires et de leurs proprettes tartelettes de liberté, quand la Réalité rouge s'attise et flambe!... et que ce serait assez pour masquer leur lâcheté et leur impuissance, et assurer leur élection future. Seulement, s'ils le pensent, ils seront détrompés !
Et le pensent-ils môme?... Lorsque ce pauvre M. Garnier-Pagès, en politique ce frère de Piron (qui en avait un si bête, disait-il), lorsque ce pauvre M. Garnier-Pagès a, l'autre jour, prononcé ce mot, qui est tombé comme de l'huile dans du feu, et pour lequel, plus tard, la sociale advenant, on lui trifouillera les entrailles : il faudra savoir qui les paie, il a révélé d'une ma-
nière bien éclatante qu'ils ne sont sûrs de rien! Pour que lui, M. Garnier-Pagès, le décoloré, le blême, l'exsangue M. Garnier-Pagès, se soit permis l'outrance et l'imprudence d'un mot pareil ; pour que, monté comme par un tourniquet jusqu'à cette énergie, il ait craché à des républicains comme lui cette terrible accusation de mouchardisme , qu'il paiera plus tard au juste poids de l'ignominie dont elle est pleine, il faut que l'anxiété de son parti lui ait fait perdre sa malheureuse tête ! Il faut bien que tous, tant qu'ils sont, ils n'aient pas une foi bien forte dans les tours de passe-passe que la peur leur fait faire ! Il faut enfin que de toutes les peurs qui les galopent, ces héros, la plus grande soit encore la peur des Elections prochaines !
Et de fait, elles leur apprendront, les Elections prochaines, que la lâcheté n'est pas seulement pour les partis un déshonneur, mais que c'est une sottise en France, et qu'elle n'y peut pas réussir ! Elles leur apprendront que les défectionnaires n'y enlèvent pas la considération publique, et paraissent toujours y côtoyer un peu la trahison ! Or, a-t-elle — qu'elle se le demande comme nous le lui demandons — été défection naire, cette Opposition, envoyée à la Chambre pour faire quelque chose, et qui s"e,s( évaporée
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devant les Réunions populaires lorsque les intérêts de ses Commettants y étaient inclignement et insolemment menacés ? Nommés par des Républicains bourgeois, retrouveront-ils ces Répucains bourgeois, quand eux, ils ont fait défection devant les Républicains de l'avenir ? Et si quelques-uns de ces derniers leur donnèrent de confiance un vote, est-ce qu'ils ne vont pas le reprendre aux défectionnaires de leurs assemblées et de leurs idées?... A l'heure de suprême déchirement, si cette heure venait à sonner, de quel côté seraient-ils, ces bourgeois républicains, défectionnaires à la Bourgeoisie, défectionnaires à la République ! Eh bien, défection pour défection ! Ce sont leurs Commettants qui vont être à leur tour défectionnaires ! Ce sont leurs Commettants qui vont leur appliquer la loi qu'ils ont faite, et qui vont les régaler de cette charmante chose, le talion, — de toutes les lois la plus spirituelle !
Défectionnaires sur toute la ligne, punis par l'universelle Défection !
Il n'y a contre cela ni emplâtres, ni dérivatifs.
28 février 1869.
La question Haussmann, — car qui titre de son nom le Paris nouveau peut bien titrer de ce même nom une question parlementaire, — la question Haussmann est, nous l'espérons bien, la dernière campagne de l'Opposition contre le gouvernement. C'est le dernier mot important qu'elle avait à dire avant les Elections générales, et elle l'a dit, mais ce mot, pour elle, n'a pas été heureux.
Le gouvernement, la majorité, l'opinion publique n'en ont pas tenu compte. Le Journal des Débats lui-même, appelé pendant si longtemps le journal des Judas et qui se trahirait en désespoir de cause s'il n'avait personne à trahir, le
journal des Débats, après avoir, la veille, laissé la parole aux haines économistes de M. Say, Ta reprise le lendemain pour la donner à M. Du Camp, qui, dans son livre sur Paris, a glorifié très justement, selon nous, M. Haussmann, tant, dans cette question de l'agrandissement de Paris, la vérité est claire, impérieusement évidente, arrivant net à tous les esprits, comme la lumière aux yeux bien faits, compromettante et intellectuellement déshonorante , si on la repousse ! Quoique, au point de vue de la morale vengeresse, le Journal des Débats ait mérité cent fois de devenir crétin, il ne l'est point assez encore pour méconnaître une chose absolument grande, — et de ce grand-là, — et par là, il faut le reconnaître, il vient d'élever sa tête ambi-face et sa politique ambi-dextre bien au-dessus des petites têtes de linottes politiques de l'Opposition.
C'est ce qui nous frappe, en effet, dans la discussion de la question Haussmann : la petitesse des têtes qui discutent... et comme tout doit être petit dans des têtes petites, la petitesse des raisons apportées, comme une poignée de poussière,
contre la chose la plus grandiose, à l'intérieur, que l'Empire ait faite ! Sur ce point, l'Opposition a été une fois de plus — mais ici dans une occasion des plus solennelles — ce qu'elle a toujours été en France, sous quelque régime que ce puisse être. Ouvrez l'Histoire! Qu'elle ait été même ce qu'elle a pu, cette Opposition, ou protestante, ou frondeuse, ou encyclopédiste, ou girondine, ou libérale, ou démocratique, ça été toujours et c'est toujours la même Opposition ! C'est toujours la taquinerie, — la taquinerie éternelle du gamin français. Le gamin, en France, est le vrai fond de l'homme. En Angleterre, le fond de l'homme est encore un homme... Supposez qu'en Angleterre un lord-maire, s'il avait pu, ou un premier ministre, eût réalisé les changements prodigieux que M. Haussmann a réalisé avec cette furie française qui, du moins, nous venge de notre gaminerie française, supposez que l'un ou l'autre de ces deux hommes eûttransfîguréLondres comme le préfet de la Seine a transfiguré Paris, et demandez-vous si toute l'Angleterre ne battrait pas des mains unanimement de reconnaissance, et si l'homme qui aurait fait cela ne serait pas roulé dans la pourpre de la plus glorieuse popularité !
Mais nous... mais nous, Opposition française.
têtes de linottes politiques, nous aimons mieux nous jucher et nous percher sur des chiffres et des légalités, de ces légalités dont Yiennet — Viennet lui-même ! — disait déjà de son temps : « C'est la légalité qui nous tue », et de là faire nos tui tui de faible oiseau contre une chose splendide et puissante, qui se moque bien et de nos cris et de nos becs ! Telle a été, dans cette question énorme, l'attitude de l'Opposition, et particulièrement de M. Thiers, qui représente et résume toutes ces linottes, qui est la tête de linotte en chef et qui les mène comme des grues. Jamais, au grand jamais, le petit homme ne s'est montré plus petit que dans la discussion dernière. Jamais il n'a joué du chiffre et de la légalité, et de X irrégularité (comme il a dit), avec plus de parti pris, d'avocasserie et de mauvaise foi. Ce clown nain de la politique naine, ce vieux Tom-Pouce parlementaire, que l'âge n'a pas encore enkylosé, a vainement essayé de combattre par des arguments de détail, si chers à toute Opposition française, une mesure d'ensemble qui doit être jugée comme elle a été conçue et comme elle a été exécutée ! J'ai lu dans je ne sais plus quelle vieille comédie un mot vrai : « Les hommes d'esprit ne voient que les ensembles. Les sots, seuls, s'attachent aux détails. »
M. Thiers n'a pas seulement, dans la question de la transformation de Paris, discuté tout, mais il a chicané tout, chipoté tout, enberlificoté tout, — car pour dire des choses si petites et si basses, il faut risquer des expressions basses comme elles ! Mais de cette fois, du moins, ça été peine perdue; de cette fois, du moins, — ce qui n'arrive que bien rarement en France, — l'analyse n'a pas tué la synthèse, les Myrmidons ne sont pas venus à bout d'Hercule. Il peut, si cela l'amuse, Hercule, les emporter dans sa peau de lion : punaises qui ne la mangeront pas I
Et ce n'est pas sans une raison que je viens d'écrire ce nom d'Hercule ; car c'est un travail d'Hercule, en effet, que ce triple travail de l'agrandissement, de l'embellissement et de l'assainissement de Paris. Œuvre immense quand on la considère avec les yeux de l'avenir, avec les mêmes yeux que toutes les œuvres du même genre qui, à toutes les époques, ont illustré les gouvernements qui les entreprirent et les exécutèrent; œuvre plus qu'immense si on la regarde avec les yeux du présent, — avec les yeux
particuliers du xixe siècle. On a cité récemment l'agrandissement de Paris par Louis XIV, contre lequel les discuteurs par livres, sous et deniers, qui sont de tous les temps, soulevèrent, sans aucun doute, les petites objections qu'ils soulèvent aujourd'hui contre l'agrandissement de Paris par Napoléon III. Mais Louis XIV avaitil devant lui les mêmes problèmes sociaux que Napoléon III, et en refaisant sa capitale faisaitil autre chose que de rebâtir une grande ville?... Louis XIY aussi avait vu, il est vrai, les émeutes de la Fronde dès sa tendre jeunesse, et cet homme, digne de gouverner les autres hommes, en garda un souvenir qu'il ne perdit jamais. Mais qu'étaient les vieilles barricades à la corde du faubourg Saint-Antoine et ce coup de canon ridicule de Mademoiselle, qui ne tua rien que son mariage avec son cousin, en comparaison des grandes émeutes, filles de la Révolution française, qui renversèrent successivement trois gouvernements, car le sang versé par Cavaignac n'a pas sauvé la République, et qui, avant qu'on eût touché aux rues de Paris, étaient une menace éternelle de pavés soulevés et de fusils chargés contre tous les gouvernements possibles ?...
Eh bien, c'est en rebâtissant Paris que Napoléon III a débâti les barricades ! Et ce n'est pas
tout que cette sécurité donnée à tous les gouvernements qui, en France, ne la connaissaient plus, et que Napoléon III laissera un jour aux pouvoirs qui viendront après le sien, mais, chose certainement meilleure encore et sécurité d'un autre genre et que nous n'attendions pas, cellelà, c'est le paupérisme vaincu, c'est le problème du paupérisme résolu presque par le fait de ces travaux énormes de Paris, — le paupérisme plus à craindre que toutes les émeutes, car il semble les justifier ! Cette sportule qui effrayait déjà le peuple romain, et que toutes les grandes nations sont destinées à traîner après elle, la gloire de Napoléon III, du rebâtisseur de Paris, est de l'avoir occupée et nourrie, et non pas nourrie et occupée à la façon de la sportule romaine et des esclaves, mais à la façon humaine, chrétienne, moralisatrice d'un noble peuple civilisé ! Manière plus belle de désarmer l'émeute encore, Napoléon a fait, tout de suite, avec ses travaux de Paris, ce que n'ont pas fait avec leurs fameux ateliers nationaux tous ces républicains qui ont sans cesse le mot de travail à la bouche et qui ne sont pas capables de mettre deux pierres Tune sur l'autre, si ce n'est dans un but de désordre, de guerre civile et de sang versé.
Magnifique résultat obtenu et qui n'est pas
seulementle fait d'une capitale splentlide et saine, d'un alignement de pierres plus ou moins majestueux et de l'étouffement des choléras et de toutes les putridités dans des flots de lumière et d'air pur, mais le fait d'une grande et profonde politique à laquelle, pour cela même, ces Républicains bourgeois dont leur Roi Louis-Philippe disait : « J'ai voulu en faire une classe politique, mais je n'ai pas pu », n'ont absolument rien compris !
C'est ce résultat, d'une beauté morale devant laquelle s'efface la beauté physique de Paris, que l'Opposition a méconnu, calomnié et rapetissé jusqu'à elle en le discutant. C'est ce résultat, accablant pour ceux qui ne voient dans toute question grave qu'une bonne occasion de faire des misères aux gouvernements, que les ministres ont indiqué, mais qu'ils n'ont pas, selon nous, fait saillir autant qu'ils l'auraient pu , obligés qu'ils étaient, d'ailleurs, à descendre vers l'Opposition sur le terrain vulgaire et bas où, devant quelque chose de grand, elle se met toujours. C'est ainsi, et non autrement, que M. Thiers
semble avoir communiqué un peu de sa petitesse à de plus grands que lui et qui Font élevé jusqu'à eux, comme on fait quand on veut causer avec la poupée. Ils l'ont grandi, en effet, quand ils lui ont reproché comme une inconséquence, à lui, le fortifîcateur de Paris, le dépensier, sans compter, des millions d'alors, son opinion actuelle sur les travaux de Paris, comme si M. Thiers — a-t-on donc oublié l'Histoire ? — avait été autre chose dans ce pourchas des fortifications de Paris que le valet d'idées de Louis-Philippe, lequel ne voulut plus de M. Thiers à dater de la question d'Espagne, mais qui le reprit uniquement pour faire avaler à l'Opposition son idée patriotique des fortifications de Paris, dont la gloire, si c'en est une (et pour nous c'en est une), n'appartient pas à M. Thiers ! Influence démoralisatrice d'une réputation depuis trente ans exagérée, M. Thiers, cette pagode de l'Opposition anti-dynastique, fait de l'effet à ceux mêmes qui, dans cette question du nouveau Paris, devraient ne le regarder que comme un de ces aimables polissons d'espiègles qui passent le long des murs d'un monument et y gravent une malice ou une malpropreté avec la pointe de leur couteau. Certes! je ne reproche à M. Rouher aucune de ses longanimités, mais ne s'est-on pas trop
perdu dans les feux de file de la discussion et les infîniments petits de la chifîraillerie, à propos d'une question plus haute que tous les chiffres, dont les mobilités ne sont à peu près rien quand il s'agit de la grandeur, — immobile, pour des siècles, — de la transfiguration de Paris !
Le mot qui aurait dû enterrer tout, dans sa concision souveraine, de cette discussion sans inconvénient mais qui dévie et qui dure encore, ce mot de l'homme d'Etat que j'attendais, si Burke ou Royer-Collard avaient été là, aurait été dit !
7 mars 1869.
La première avait été faite in globo. Les parlementaires, qui font les beaux bras démocratiques, avaient été invités, comme tout le monde le sait, à venir un peu parler démocratie aux réunions populaires. C'était la première invitation à la valse, car on voulait les faire valser I mais elle leur avait paru moins mélodieuse que celle de Weber, et ils avaient fait la sourde oreille. Aujourd'hui, ce n'est plus une invitation en masse que les Réunions populaires ont envoyée à messieurs les parlementaires, mais une invitation en détail. Les choses se précisent. De comique, la situation devient cocasse. M. Théodore Budaille, plus malin que les autres, a invité à sa salle, personnellement, M. Jules Simon et M. Pelletan, auxquels il a décoché des cartes d'entrée. Politesse meurtrière.
« Oui ! ma démarche auprès des citoyens Simon et Pelletan — a dit le citoyen Budaille, avec la confiance qu'ils s'inspirent tous, mutuellement, — est une manœuvre électorale au bénéfice de mon parti. » Nous allons bien voir si vous êtes démocrates comme nous !
Et M. Jules Simon et M. Pelletan, — ou qui ne le sont pas, ou qui, sentant le petit souffle des élections qui leur fait hérisser le poil, ne veulent pas qu'on croie qu'ils le sont comme eux, — ont trouvé le nœud un peu dur de la politesse dans lequel les étreint le Budaille. Le rigide M. Pelletan, figé de la chose, est resté d'abord raidement silencieux, tandis que le mellifluent Jules Simon a cru qu'il coulerait à travers le nœud coulant du citoyen Budaille et qu'il se déroberait par la venelle des excuses : il a prétexté des occupations pour ne point aller...
... Il est, monsieur, trois heures et demie ; Certain devoir pieux me rappelle là-haut, Et vous m'excuserez de vous quitter si tôt !
Et pour le remplacer il a expédié un de ses amis, un aide de camp, pour mieux... lever le sien! Mais il n'a point abusé l'exigeant Budaille, qui, décidément, tenait à voir le fond de la blague de ces blagueurs de démocratie et à les démasquer !
et à les déshabiller! et à les exhiber dans tout leur naturalibus politique !
Seulement, voilà ! Le citoyen Budaille, qui, jusque-là, avait été vif et marchait droit et ferme, a donné du nez en pleine bouillie en n'osant ouvrir, pour cette exhibition, sa salle qu'à son propre parti... Il n'a pas osé nous l'ouvrir, à nous, les curieux, à nous, le grand public spectateur, et il nous a privés de ce déshabillement anti-carnavalesque, de ce démasquement général. Il a pensé que s'il y avait là du linge sale, il valait mieux le laver en famille... et, véritablement, pour un farouche comme le citoyen Budaille, on ne conçoit pas cette pudeur ! Si M, Simon ou M. Pelletan, ou M. Picard, ou M. Jules Favre, ou n'importe qui des guittaristes parlementaires delà liberté, sont des suspects ou de faux frères, il faut les déshonorer hautement et publiquement, puisqu'on ne peut encore les guillotiner... Allez donc voir si Saint-Just, l'inflexible Saint-Just, aurait eu de ces discrétions et de ces délicatesses, et s'il se fût contenté, dans la circonstance, d'une exhibition à huis clos, comme si les juges eux-mêmes avaient peur !
Mais M. Budaille n'est pas un Saint-Just ; ce n'est qu'un Budaille. C'est un embarrassant.., mais c'est aussi un embarrassé, et tout aussi em-
barrasse que les autres ; car les Elections sont toujours là, menaçantes, et parti scindé est un parti d'avance vaincu. Aussi, sentant l'embarras du Budaille, les braves parlementaires se sont risqués. Ils ont accepté la seconde invitation, et le Gaulois d'aujourd'hui même, qui avait sans doute sa place marquée à cette Réunion fraternelle et voilée, où l'on ne devait se donner la discipline qu'entre soi, nous apprend, avec l'orgueil de la joie, que tout s'est passé le mieux du monde à la Réunion de la salle Budaille ; que M. Jules Simon y a été superbe (sic) d'indépendance, et qu'il a déclaré ri être pas de la démocratie de V endroit avec une somptuosité d'intrépidité héroïque, ce qui n'a pas empêché les applaudissements de la salle, qu'il faudra désormais appeler : la salle Lamourette !
Eh bien, voyez ce que l'on gagne à fourrer la lumière sous le boisseau de la précaution ! Nous ne croyons pas un mot du récit du Gaulois. Les bourgeois, dompter les démagogues ! M. Jules Simon se faire lécher les pieds comme Daniel dans la fosse aux lions ! Allons donc ! nous ne croirons jamais cette chose incroyable, si nous ne la voyons nous-mêmes ... Montrez-la donc, citoyen Budaille, et si M. Jules Simon, ce doux Daniel en carton pâte, a courbé réellement le
museau de vos chacals sur ses souliers de philosophe, que nous puissions lui en faire notre compliment aux prochaines Élections !
Citoyen Budaille, plus de Budaillerie ! — Faitesnous donc voir cela ! ! !
14 mars 18G9.
Il paraît que, malgré M. Haussmann, il y en a encore î
Dans cette ville superbe, assainie et toute neuve qu'on lui doit, cela se trouve encore, maculant la magnifique cité et oublié par ce fort balai administratif, qui pousse et emporte, à la joie de nos yeux et à notre délivrance, les vieilles ruines, les vieilles loques, les vieilles lèpres, les vieilles choses inutiles, laides et malsaines ! Or, dans ce genre-là, comprenez-vous rien de comparable à ces vieux pourrissoirs du journalisme d'un autre âge, à ces trois baraques décrépites et pourtant subsistant toujours, de
Y Union, de la Gazette de France et du Journal des Débats ?
Ah ! ce ne furent jamais des maisons bien saines, même dans leur meilleur temps ; mais enfin, quoi qu'elles fussent, elles logeaient des opinions plus ou moins vivantes, des hommes plus ou moins vivants, des réalités plus ou moins contemporaines de ces temps-là... déjà lointains ! Elles avaient, dans le cours de la pensée publique, qui va toujours, comme un fleuve, au bas des maisons bâties sur ses rives, une raison d'être là et d'exister... Mais à l'heure que voici, à la minute qui sonne, qu'on dise donc quelle est la raison d'être de ces superfétations mortes, de ces arrière-faix du passé, de ces ruines qui se donnent encore les airs fats de vieilles forteresses!... Quel rapport y a-t-il entre le temps actuel et cette vieille baraque de Y Union, croûlée, ou plutôt coulée sous elle-même et sous son premier nom de Quotidienne, et refaite, un jour, de deux morceaux : le sien et celui de la France, ce vieux journal des Druides de la monarchie absolue, dont la mémoire s'est même évaporée?... Quoi de commun, avec la vie des générations nouvelles, entre nous et cette radoteuse de Gazette, Étoile d'abord noyée dans son propre bavardage, ce blockauss ruiné de Gazette de
France, ce bouge, qui ne bouge, du jacobinisme à bonnet blanc et du gallicanisme attardé! et môme avec le Journal des Débats aux trois badigeons : impérialiste, — car il fut d'abord le Journal de l'Empire, — royaliste et orléaniste ; des trois baraques la moins vieille, c'est vrai, mais peut-être la plus pestilentielle, celle qui appelle avec le plus d'instance le grand coup de balai purificateur !
Triumbaraquat ! Trio de vieilleries ! Quand en aurons-nous fini avec elles? Quand auront-elles cessé d'obstruerle chemin qu'elles encombrent?... Lorsqu'un vieux moulin n'a plus d'eau, une machine plus de vapeur, une carène de vaisseau plus de radoub, lorsqu'une voile déchirée reprend plus de vent, on jette au rancart tous ces outillages faussés, impuissants, inutiles, sinon dangereux. C'est un nettoyage, et rien de plus ! Mais un nettoyage, c'est un débarras et c'est une propreté, et nous ne faisons pas, certes ! au Journal des Débats, à Y Union, à la Gazette de France, l'honneur de les croire dangereux autrement que comme des outils qui ne peuvent
plus servir... ou des caques vides, qui infectent 1 Demandez-vous-le, en effet, ce qu'ils sont de plus aujourd'hui, ces journaux vivant sur leur passé, ou plutôt mourant sur leur passé, comme des plantes desséchées?... D'opinion, nous savons ce qu'ils sont encore, comme on connaît le nom collé sur la bouteille des vins qu'on a bus ; mais de personnel, nous ne le savons même plus, tant ce n'est rien ! comme dit Bossuet. Dans ces trois maisons qui sont allées se lézardant et que voilà devenues baraques, les habitants ont croulé plus vite que les murs. L'Uîiion, avant qu'elle fût Y Union, était la Quotidienne, et la Quotidienne, c'était Michaud, le vieux malin, pour ne pas dire un autre nom en in, qui appelait, en riant du rire du diable : un bon chat aux jambes de Marie-Joseph Chénier, l'atroce mensonge de la tête de son frère qu'il y jeta î Mais après Michaud, c'est ce vieux Greuse deLaurentie, le patriarche aux homélies éternelles ; puis Poujoulat, l'enllé Poujolat ; puis les Riancey, qui, je crois, furent deux et n'eurent pas d'esprit comme un ! Voyez quel escalier et quelle descente ! ! Michaud (plusieurs marches !). Puis Laurentie (plusieurs marches encore !). Puis toute une volée d'escalier, ce pauvre Poujoulat ! Puis deux volées, les deux Riancey ! Puis, tout
en bas, M. Nettement, sous le dernier degré à terre ; car il faudrait creuser pour aller plus bas...
Et la Gazette de France ! La Gazette de France, tombant, dégringolant de l'abbé de Genoude, qui, du moins, avait une tête fine sous son bonnet de prêtre, qu'il ne mettait pas toujours droit, de l'abbé de Genoude à Lourdoueix, un nom providentiel, le lourd Lourdoueix, le métaphysicien qui crachait (pardon !) des huîtres métaphysiques dans le puits de la politique pour faire... des ronds ! Puis à Sophie Panier, la raclure de la vieille de Genlis. Puis à l'abbé Cassan de Floyrac, dont le bonnet de prêtre, plus mal mis que celui de l'abbé de Genoude, n'a pas la tête de de Genoude! Puis enfin à Janicot, le cerveau brûlé d'une politique qui ne brûle rien !...
Et le Journal des Débats ! Le Journal des Débats, qui a l'air plus vivant que les autres, et qui est aussi mort, aussi tombé, plus tombé peut-être, si on mesure la hauteur de ses chutes successives, sans rebondissement et sans bruit, de ces chutes mornes et molles et silencieuses qui vont des deux Bertin, les deux constructeurs, de cette maison qui paraissait solide et qu'ont ébranlée ceux qui l'habitèrent, de Bertin Yancien et de
Bertin le superbe, à Bertin (Armand) le truffé, pour s'arrêter à Bertin le rapin, qui, comme ses toiles, barbouille actuellement son journal!
Ah ! tous les badigeons n'y feront rien, c'est assurément la plus démolie de ces trois baraques dont nous demandons la démolition aujourd'hui.
Oui! le Journal des Débats descendu, culbuté, tombé à pic des Fiévée, des Chateaubriand, des Feletz, des Geoffroi, des Hoffmann, jusqu'à Salvandy, et de là reculbuté à Saint-Marc Girardin, l'enrhumé, la victime des vents coulis, — il n'en faut qu'un pour le renverser ! Puis de là encore à Alloury, le caudataire de feu Dupin, et à John Lemoinne, le vaudevilliste politique dont le cerveau pèse le derrière d'un jockey entraîné. Puis de là, roulant toujours plus bas, jusqu'aux gens anonymes, acéphales, sans plume, sans notoriété, qui ont fini par parler belge dans ce journal du beau français et sont présentement les rats de cette baraque qui tremble et dans laquelle ils grignotent leurs dernières miettes de publicité. Weiss en a bien pressenti la destinée
finie. Weiss, l'homme d'esprit qui passa par cet habitacle, a flairé le cadavre : Otons-nous, dit-il, car il sent... et il est allé, castor de l'Orléanisme sans asile, bâtir au loin sa petite maison du Journal de Paris. Le castor, nous l'espérons bien, ne sera pas plus heureux que les rats... Mais les rats, cette vermine, attendrons-nous qu'ils se mangent eux-mêmes, et le balai de M. Haussmann, mortel et terrible aux vieilles baraques, ne passera-t-il donc jamais sur celle des Débats, cette Ratapolis?
28 mars 1869.
Ouf ! C'est fait ! Ils ont enfin terminé au théâtre du Prince Impérial leurs exercices de Fagotins oratoires ! Un monde fou, billets payés et faisant prime, claque en cartes, rien n'y manquait ! M. Saint-Marc Girardin, assez échauffé pour ne plus craindre de rhume, cette fois-là, M. Saint-Marc Girardin, le père Ducantal des Saltimbanques de FOrléanisme, ballonné, gonflé et rouge comme un sonneur de trompe qui va crever, rutilant et hérissé comme le sanglier d'Erymanthe, soufflant et reniflant comme un cachalot enchiffrené, et se ruant, cul sur tête, à l'estrade, a prononcé... que dis-je? a expectoré
avec bruit... que dis-je encore? a vomi avec effraction son dernier discours sur la question de savoir — ô inexprimable bouffonnerie ! — pourquoi Dieu, dans la Bible, avait arrêté le travail de la tour de Babel (sic) ? et M. Jules Favre, qui, si on s'en souvient, avait ouvert, par peur verte des réunions démocratiques, ces assises de la parole parlementaire vaine et vide, instituées pour piper le bourgeois à la veille des élections, a chanté le Chant du cygne de l'endroit, dans un discours sur Y Amour de sa profession (français bazochien) ! avec des variations sur la condition civile de la femme et le sort actuel des libres-penseuses !
Et'je dis trop! La condition civile de la femme n'y était pas. « J'aurais bien voulu — a dit cet avocat qui rate et fuit comme un rat épeuré les questions significatives — traiter à fond ce sujet de la condition civile de la femme. » Mais il n'a pas osé ; il l'a trouvé trop chaud... Malgré Y admiration trop sympathique (c'est vrai !) qu'il a toujours eue pour le verbe humain, il n'a pas osé mettre le sien sur cette question. Il l'a ravalé, son verbe... et il s'est rabattu, cet homme à forts sujets, sur les libres-penseuses, ou les libresmangeuses de ce temps ; car maintenant, c'est tout un 1 Qui pense mange, qui mange pense.
Les libres-penseuses, voilà le véritable sujet des discours de M. Jules Favre, devant le col de chemise de M. Garnier Pages, au théâtre du Prince Impérial. Ecoutez ces merveilleuses malpropretés d'un talent dégoûtant et sublime : « L'antiquité était souillée — a dit M. Favre — par une lèpre qui suppurait au point... de... faire... regretter sa splendeur (de la lèpre ?)... et la dernière suppuration de cette lèpre, c'est la femme (mesdames, saluez 1 on n'est pas plus poli I), la femme, cette dernière esclave qu'il faut affranchir 1 » Ici, un écart, et un salut ventre à terre de M. Favre à M. Ernest Legouvé, son confrère à l'Académie, un frottement d'échiné contre échine à M. Legouvé, ce doux homme, ce Siraudin du petit sexe, si digne (a dit M. Jules Favre) de sa réputation par son talent et pureté de vue, lequel, certainement, fera triompher la cause de la femme, et que voilà transformé, de par l'éloquence de M. Favre, en Spartacus de la jupe, en Bolivar de la gent femelle ! Seulement, a-t il ajouté, ce désopilant orateur, il ne faut pas se borner à affranchir la femme, il faut l'élever. Elle est mal élevée : « Il faut la revêtir de travail (difficile, je crois !) comme d'une espèce de cuirasse. » — « L'éducation de la femme, citoyens, — a-t-il continué d'un ton pleurailleur et paternel et de
cette bouche charmante dont la lèvre pendante verse ordinairement le venin comme la lèchefrite verse la sauce, — l'éducation de la femme est l'objet de nos sérieuses et paisibles investigations ! »
Et sur le coup, il s'est mis à investiguer ; il a été sérieux et paisible. Sérieux à faire pouffer de rire. Paisible, il le fallait bien. Le commissaire était là... Il a parlé de cette institution nouvelle, de cette école des libres-penseuses, ou mangeuses, fondée par Mmc Elisa Lemonnier, sous le patronage de Mme Jules Simon, autre libre-penseuse ou mangeuse. Cœur ardent et délicat, a-t-il dit de Mme Lemonnier, et d'une si grande ardeur, et d'une si grande délicatesse, qu'elle a mis Dieu et toute espèee de religion à la porte de son école! Les jeunes filles élevées dans l'établissement de ce cœur délicat, le sont comme déjeunes chiennes. On leur apprend un métier comme on apprend aussi aux chiens à chasser, à tourner la broche, à faire l'exercice et même à jouer aux cartes, comme y jouait Munito,
mais de Dieu, de l'âme immortelle, de religion quelconque... rien ! Pas plus qu'à des chiens ! Et il y a plus. C'est une condition sine quâ non de cette éducation de libre-penseuse, que l'impiété, la plus radicale impiété. Pas de métier! crevez de faim ! si vous faites un seul signe de croix ou de piété. Levez seulement les yeux au ciel, et on vous jette dans la rue !
M. Jules Favre (ses amis le lui ont assez reproché) va parfois à la messe, comme s'il y croyait, et voilà pourtant ce qu'au théâtre du Prince Impérial il proclame délicat et glorifie ! Il est contre l'Eglise pour les libres-penseuses, ces chignons révoltés, ces petites tètes scélérates, dont la scélératesse n'est égalée que par la bêtise, qui fondent des écoles pour en supprimer Dieu et les choses divines et n'y admettre que l'imbécile devoir de M. Jules Simon, et encore peut-être par amitié pour MmG Simon ! M. Jules Favre est pour tout cela. Est-ce par entraînement ou par hypocrisie? Le but de ces écoles, qu'il voudrait voir se multiplier, c'est, dit-il, de permettre à la femme de regarder en face le libertin qui reculera devant son indépendance.
0 jocrisse ! Et il a dit cette phrase sans rire ! Et il n'a pas reculé, lui, devant la dépendance de cette sottise, qu'évidemment il ne peut pas pen-
ser. Quoique nous n'estimions guères, comme chose pensante, la tête en capote de cabriolet de M. Jules Favre, cependant nous croyons que, sans l'esclavage de l'homme de parti, il n'eût pas prononcé cette phrase par laquelle il a terminé les ridiculités de ces séances publiques que voilà finies, et qui a transformé le chant du cygne mourant en chant d'oison !
4 avril 1869.
Quand nous vous disions que cela ne leur servirait à rien, leurs platitudes et leurs finesses, aux Gorgias de l'opposition parlementaire, nous étions sûr de notre affaire, nous ne pouvions pas nous tromper. Leur art du sophisme et de l'échappatoire devait être primé et brimé par la droiture brutale du parti qu'ils croient dominer et qui les mène. Le parti socialiste — le parti des Peyrouton et des Gaillard — vient d'adresser sultanesquement le fetfa le plus insolemment impérieux à ces parlementaires, qui sont allés avec beaucoup de façons répondre, comme de petits garçons, mis sur la sellette par leurs maîtres, aux questions de la Démocratie inquisi-
toriale, — dont le bûcher doit venir plus tard... M. Jules Simon entre tous, M. Jules Simon, ce pauvre talent tout en cartilages, dont la souplesse tient au manque d'os, de muscles, de nerfs et de solidité, avait, comme un acrobate, dansé, non pas sur les œufs, mais entre les œufs sans en casser un seul, répondant par des subterfuges à des questions directes, se disant socialiste... mais des futures calendes, socialiste de l'avenir, mais simple gauchier du présent, bourgeois et propriétaire éle Moralement, — mais après les élections, qui sait ? peut-être communiste, égalitaire et peuple. « En deux mille quatre cent quarante ! » comme disait Mercier. Et après avoir dit tout cela, croyant les avoir mis parfaitement dedans, ces Jacques Bonhomme qui ne sont pas tout à fait si bons hommes, M. Jules Simon était rentré chez lui, se frottant les mains et paraissant grand... peut-être à sa femme, la libre-penseuse, quand, tout à coup, le voilà repris par l'oreille, et ramené sous l'ongle qui la fait saigner, à la dure sellette accoutumée, devant le magister intraitable.
— « Ecoutez ! — dit-on à l'ancien professeur, qui n'est plus ici qu'un écolier : — Vous êtes sommé de faire connaître, et sans réticence aucune, non
pas vos idées sur l'avenir de l'humanité (dont nous ne nous soucions guères), idées d'autant plus vagues qu'elles s'appliquent à un avenir plus éloigné, mais ce qui est bien différent et bien autrement important, les mesures législatives qui vous paraissent nécessaires et suffisantes pour accomplir ce que nous appelons la révolution sociale. »
Et comme le cercle de Popilius dans lequel ils enferment M. Simon par ces paroles ne leur semblait pas ni assez net, ni assez étreignant, ils le ressèrent et le redoublent, en disant aux divagateurs, pour les punir du mot déplacé de M. Jules Favre, qui, certainement, divague beaucoup plus qu'eux :
— « Vous formulerez un ensemble de mesures législatives telles que, la liberté du travail et la liberté des transactions sauves, l'égalité des conditions en résulte progressivement et promptement, sans spoliation ni banqueroute. »
EtPROMPTEMENT! î ! ! Entendez-vous siffler cepromptement? C'est le coup de fouet sur les reins de la bête peureuse qui regimbe, et qui doit la faire détaler !
Eh bien, détalera-t-elle ?... C'est une question encore. Mais avouons que les animaux les moins développés ont une logique, puisque les socialistes démagogues ont la leur ! Le sens de l'intérêt remplace parfois l'intelligence. Ils ont compris qu'on les bernait, comme s'ils avaient été intelligents ! Ils n'ont pas avalé le galbanum qu'on leur débitait, et prenant dans l'étau des sommations, inévitables et pressantes, ces bavards menteurs et fugaces comme le mercure, ils ont imprimé un tour de plus à leur tourniquet, et ils vont les étrangler s'ils ne répondent catégoriquement et promptement, et surtout promptement ! sur la manière d'amener la liberté du travail et des transactions sauves, et sans spoliation et sans banqueroute , la révolution sociale qu'ils espèrent, demandent et veulent, et croient possible demain. Ah ! pesez tous leurs mots ; ils sont lourds. Ils n'ont pas affaibli le problème : La liberté du travail et des transactions respectées ! La révolution sans spoliation et sans banqueroute, c'est-à-dire une révolution sans révolution ; comme on dit vulgairement : une
omelette sans casser des œufs ! Qui ne sent pas un atroce piège à loup sous ces belles paroles? Qui ne sent pas, sous ces réserves perfides, L'abîme, le terrible abîme de l'impossible, où, s'ils répondent, ils vont tomber? Car même ceux qui leur tendent le piège et qui les y poussent, ne pensent pas, n'ont jamais pensé que la révolution puisse un jour arriver sans spoliation et sans banqueroute, et croyez-vous même qu'ils en voudraient à pareil prix? Croyez-vous que si la révolution future était aussi douce, innocente et rosière que cela, ils ne la renverraient pas à ceux qui l'auraient faite, eux qui, les premiers, ont appelé cette révolution une liquidation sociale, la couvrant et la caractérisant tout à la fois de ce mot hypocrite de liquidation dont on couvre l'ignominie de toutes les banqueroutes, depuis qu'il y a des faillis et des banqueroutiers !
Ainsi, mise en demeure nouvelle. Pauvre M. Jules Simon! Pauvres parlementaires! Ils s'imaginaient que c'était fini... que le danger était passé et les questions escobardées. C'était une erreur agréable. L'incendie, qu'on croyait éteint , se rallume. Les questions deviennent plus roides. Il ne faut pas seulement parler, il faut écrire... Les paroles volent, mais les écrits
restent! Il faut formuler un programme... pour tout à l'heure. Il n'y a plus le temps d'attendre. La démagogie est comme Louis XIV, elle ne ne veut pas faillir attendre... Allez donc, Messieurs !
Se tireront-ils de là?... La passe est rude, — plus rude que la première.
Il ne s'agit plus de passe-passe d'attitudes ou d'escapades de paroles ; il s'agit d'idées, et tout le monde sait qu'ils n'en ont pas.
Prenez tous les livres de M. Jules Simon et tous les discours de M. Jules Favre, et cherchezen une seule dans ce torrent de verbosités ! D'ailleurs, quand ils en auraient plein leurs deux têtes, leurs personnes sont assez compromises pour que ces idées n'eussent plus d'empire sur ceux qui les exigent. Est-ce que, dernièrement, on n'a pas crié dans les réunions populaires : A bas Jules Favre!
Jules Favre, qui les avait insultés, — disaientils, — en les appelant des divagateurs ! Et M. Jules Simon, moins conspué, que pourraitil cependant leur dire qu'ils pussent accepter
venant de lui, l'ancien libéral et clérical quoique philosophe, le coalitioiiné de présent avec M. Saint-Marc Girardin, l'orléaniste, l'universitaire, le voltairien du Journal des Débats, l'auteur de la préface des Lettres de Voltaire, et qui n'en va pas moins à la messe comme M. Jules Favre ! Tètes anarchiques, tous, en religion et en philosophie comme en politique, vains claque-dents de tribune ou de chaire, qui n'ont rien plus haut que la bouche ! tous, par conséquent, radicalement incapables d'obéir à la hautaine consigne que les caporaux de la démagogie socialiste viennent aujourd'hui de leur donner.
11 avril 1869.
LE JUBILE NAPOLEONIEN
C'est l'Empereur qui a trouvé ce mot heureux de Jubilé. C'est lui qui a emprunté à la Religion un des mots de sa langue pour caractériser cette centième année depuis la naissance de Xapoléon Ier, qui doit se reverser en bienfaits sur ce qui reste de ses vieux soldats. La lettre de Sa Majesté au ministre d'Etat, que les journaux ont publiée cette semaine, n'est pas seulement une page d'Histoire pour les historiens, mais c'est une page d'Histoire écrite par l'Empereur lui-même.
Assurément, s'il y a quelque chose de commun dans la politique des hommes, c'est l'ingratitude. On l'en dirait presque la loi. La politique est comme la Nature. Asservie à ses lois immortelles, la Nature, qui ne voit que les masses, sacrifie sans pitié les individus à la perpétuité des espèces, et la politique, qui ne procède que par ensemble et ne se soucie que des résultats, fait souvent comme elle. Mais quand, dans des jours trop clairsemés le long- des annales de l'Histoire, la politique condamnée à n'avoir que de la tête peut se permettre d'avoir du cœur, alors elle prend un caractère sacré qui touche profondément l'àme des peuples, et ce n'est pas une force comme la Nature, — mais une autre... comme la Religion !
Et voilà ce que l'idée de Napoléon III l'a faite aujourd'hui. Le Quinze Août prochain sera un de ces jours rares où la politique revêt tout à coup le caractère providentiel ; car le caractère providentiel est surtout de pourvoir aux besoins des hommes et de compatir à leurs maux. A l'approche du centième anniversaire du grand Empereur, Napoléon III a évoqué plus fort que