HIC JACENT
doit éprouver quand il compare aux services qu'il a rendus la récompense qu'il reçoit aujourd'hui. Mais il faut qu'il surmonte cette amertume : c'est la patrie et la liberté qui le lui demandent! « Touchante ensevelisseuse que ce Journal de Paris, qui ne croit pas à la mort absolue de son Mort, et qui le frotte vigoureusement dans les larmes de la patrie et de la liberté pour le faire revivre, comme s'il était besoin de cela.
Et puis, c'est Gïjéroult, le saint-simonien Guéroult, qu'on peut frotter tant qu'on voudra, lui, et même avec ce qu'on voudra, et qu'on ne ressuscitera pas ! Les vrais trotteurs de celui-ci ont été ses propres électeurs, et ils l'ont si bien frotte qu'ils l'ont fait disparaître de la face de la terre politique. Guéroult n'est plus rien. Il s'est résigné à rentrer dans la tourbe citoyenne et il a salué en mourant son seul César, le peuple de Paris, qui l'a supprimé, et il a envoyé humblement les quelques électeurs saint-simoniens qui lui étaient restés fidèles à son heureux vainqueur Ferry, qui n'est pas fier et qui les prendra très bien !
Puis, c'est Jules Favre, tué, rasé à Paris par les républicains de nouvelle venue, Jules Favre, le Vergniaud, empoisonné et sans français, de
la plate Gironde de ce temps, et qui, comme un Girondin, va revivre dans les départements pour remourir à Paris, sous les pieds écrasants de cette Montagne qui doit, un jour ou l'autre, rouler sur lui ses blocs les plus terribles !
Puis, pour .varier cette liste arlequine d'arlequins battus avec leur propre batte, voici Bocher, l'homme d'affaire des d'Orléans, l'écuyer cavalcadour de ces gens démontés, — mais qui voudraient diablement remonter sur leur bête !
Et Falloux, l'éleveur légitimiste, que voilà renvoyé, non pas à ses moutons, mais à ses cochons !
Et Prévost-Paradol, l'orléaniste branlant dans le manche, le républicain de l'avenir, pour lequel l'avenir n'est pas encore venu, et qui, de présent, dans son impertinente faconde, menaçait l'Empire de ne pas lui mettre le plus petit écu dans la main s'il osait s'obstiner au gouvernement personnel; Prévost-Paradol, ce tiers de Thiers, qui n'a encore que 1,900 voix pour tout potage, cet intéressant meurt-de-faim politique !
Et Casimir Périer, dont on n'a rien à dire, sinon qu'il est Périer et qu'il est Casimir, deux noms fétiches pour les orléanistes, mais qui n'empêchent pas d'être, en politique, une potiche î
HIC JACEXT 213
Et Decazes, qui n'est pas môme cela !
Et le prince de Broglie, de race aussi ministérielle, mais qui, lui, est le vase d'élection de la doctrine, l'encensoir, le croira -t-on ? allumé à Sainte-Clotilde en honneur des d'Orléans, lesquels ne croient point à la messe; le catholicolibéral de Broglie, qui veut la papauté et la révolution avec des princes Egalité dont les enfants ont été élevés dans les protestantaires de la Suisse !
Et Cochix, le gallican du Correspondant, qui a vainement baisé la pantolphe de Bertin des Débats, pris par lui dernièrement pour le Pape... de son élection !
Et Lasteyrie (Jules ou Ferdinand, — il n'importe ! Taupin vaut Maraud, dit le proverbe, et Maraud vaut Taupin !), Lasteyrie, la visière et les lunettes vertes du Siècle, à travers lesquelles il n'a pas vu arriver cette fameuse trombe des grands braillards irréconciliables, qui a tout emporté des petits bavardins de liberté en sourdine, et qui vont si joliment piétiner la tombe du pauvre Havin, de Farcln-mort, de l'archi-pulvérisé Havin ! !
Enfin, c'est encore, parmi les légitimistes : Barthélémy, Larcy, Vogué; parmi les orléanistes : cTAudiffret-Pasquier, Lacave-Laplagne, Louis
Passy, Lambrecht, Cornélius de Witt, Joubert ; et parmi les républicains modérés, trouvés modérés à l'heure présente, signe du temps! Glais- Bizoin, Carnot le mouchardier, et Marie, à la parole rentrée dans le ventre !
Ce sont les litanies des morts que nous chantons sur ces cadavres. Yoyez-les tous, et ceux qui ont rendu des services à la patrie et à la liberté, comme dit le Journal de Paris, et ceux qui n'ont rien rendu encore, les Innocents de ce Massacre, les bébés politiques, qui n'ont encore vagi que d'enfantelettes proclamations et que voilà égorgés au berceau par l'Hérode révolutionnaire ; arrachés, comme dit le poète, au sein de la mère et réservés à des funérailles cruelles :
Quos dulcis vitse exsorles et ab nbere raptos, Abatulit atra dies et funere mersit aeerbo.
(( Des funérailles cruelles ! » Mon Dieu ! nous les leur faisons comme nous pouvons.
30 mai 1869.