LA MORALE DE TOUT CELA
Vous rappelez-vous le temps, déjà loin, où la fierté des candidats électoraux s'indignait de ce qu'on appelait alors des mandats impératifs? Nous avons, en ce moment, affaire à bien autres impératifs! et ces impératifs, ce ne sont plus les mandats, mais les mandants ! Depuis ce temps-là, nous avons marché, mais en descendant tous les crans de la fierté pour arriver au dernier cran de la bassesse. Les Elections de Paris en 1869 offriront à l'Histoire un spectacle navrant qui fait trembler, même ceux qui l'aiment et ont pu le croire nécessaire, sur les résultats du suffrage universel... Rien de cette force ne s'était vu encore, dans aucune réunion, en fait de tohu-
bohu, d'anarchie, d'insulte et de bêtise d'un côté, et de l'autre, de mendicité et de platitude! Rien de comparable à ces réunions électorales ! L'examen insolent des candidats, qui s'en viennent humblement répondre, comme des écoliers, aux questions saugrenues ou imbéciles de ces examinateurs, qui, pour un vote dont ils disposent, se croient le droit d'outrager, non seulement celui auquel ils le refusent, mais encore celui auquel ils veulent le donner, cet examen a pris des proportions d'insolence qui n'a d'égale que la bassesse de ceux qui consentent à le subir.
Selon nous, ni douze mille francs, ni habit brodé, ni bonheur de légiférer pour son atome de loi, ni volupté d'injurier, sans danger pour son atome d'injure, un gouvernement du haut d'une tribune, ne paient cela. Pour nous, la démagogie voyoucratique et parisienne a tellement dégradé les conditions par lesquelles un candidat est tenu de passer, qu'il est incroyable qu'on en trouve encore d'assez abandonnés de tout, excepté d'ambition, pour les accepter!
Voulez-vous juger de cette abjection?.. . Tenez ! prenez M. Jules Favre, ce républicain qui n'a à la bouche que le mot de dignité, quand il s'agit de faire le procès au gouvernement, et demandez-lui où est la sienne?... Demandez-lui s'il