‹ Polémiques d'hierChapitre 6 sur 48 · POUVANT BRISER LES GRILLES DES MAISONS HON · texte numérisé non relu

POUVANT BRISER LES GRILLES DES MAISONS HON

« nêïes (heureusement!), trouve plus simple de « s'adresser à la porte ouverte des boudoirs « (joli !) de bas étage( c'est plus simple, en effet). « Lorsque nous demandons à quelle épaule ap- « puyer ?ios fronts, les pères cachent leurs filles « (ces gueux de pères !) et nous poussent dans « l'ombre des ruelles. Ils nous crient (les insoft lents !) de respecter leurs enfants (voyez-vous « cela?) qui doivent être un jour nos femmes « (l'avenir peut ne jamais être!), et ils préfèrent « à nos caresses premières les caresses apprises « dans les mauvais lieux. »

Telle, Monsieur, cette première suavité.

La seconde, — d'un autre goût, d'une autre nuance que la première, — la seconde : la Gwre du docteur Pontalais, diffère de l'aimable Confession de Claude comme le venimeux diffère de l'infect. Dans la Cure du docteur Pontalais, le

crapaud aux besoins d'azur de l'aimable Confession de Claude, le rêveur sans culottes (il les vend dans ce roman trop déculotté) du manteau de pourpre des rois d'Asie (textuel), l'ogre de chair fraîche et de virginité qui vit, par amour de la pureté impossible, avec une fille de ruisseau, est remplacé par un philosophe à moitié médecin qui convertit un prêtre, le cure de sa foi, lui raccourcit sa soutane en blouse d'ouvrier, et l'envoie prêcher la philantropie eni^mérique. Ceci, comme vous voyez, Monsieur, est moins agréablement polisson que le petit livre Hachette, mais pour les ennemis de l'Eglise catholique, c'est pour le moins aussi scélératement délicieux ! Malheureusement, l'invention du livre ne répond pas à l'intention de son auteur. La Cure du docteur Pontalais n'est autre chose, en tout, depuis la première page jusqu'à la dernière, que du Christianisme renversé. L'auteur s'est contenté de retourner bout pour bout l'histoire ordinaire et glorieuse du prêtre chrétien, qui fait, lui, des chrétiens et des néophytes sans compter, et il fait faire un philosophe à un philosophe par une exception qui même n'en est pas une, car son abbé Aubert est aussi peu prêtre que le fameux bonnet du prédicateur italien était Voltaire quand il l'appelait Voltaire et qu'il le pous-

sait d'arguments, et la conversion de l'abbé n'est pas plus difficile que la conversion du bonnet. C'est à peine, d'ailleurs, un homme, que cet abbé, et on ose dire que c'est un prêtre ! Dans ce livre, créé par le Christianisme en un cerveau qui ne penserait pas ses petites inventions contre le Christianisme sans nous, on nie les miracles des saints, et une femme qui ne croit ni au Saint-Esprit, ni au baptême, en fait un. Elle devient thaumaturge contre l'Eglise , comme l'Eglise l'est contre Satan. Et ce n'est pas tout ! la pauvreté d'invention de ce haineux stérile contre l'Eglise, et qui vit d'elle, est si grande, que sans la soustraction ratée de ses quatre petits Mortaras il n'aurait pas même eu l'idée d'une des scènes sur lesquelles il a le plus compté pour son succès, et que le pauvre diable nous doit encore ! !

Je vous ai raconté mes deux livres, Monsieur, et vous comprenez à présent, n'est-ce pas? après ce récit, mon anxiété de critique qui me travaillait si douloureusement pendant que je les lisais !... Je me disais : Faut-il parler de cela? M'indigner de cela? Rire de cela? Mettre à cela encore une étiquette, comme si on n'en avait pas déjà mis assez ! Si les auteurs de ces sornettes

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malpropres ou impies avaient été célèbres, — car les auteurs célèbres se permettent parfois d'écrire des livres aussi mauvais que s'ils étaient obscurs, — célébrité oblige, et ce serait une lâcheté de ne pas montrer, salutaire exemple ! comment on compromet la gloire ou comment on la perd. Mais il n'en était pas ainsi pour les auteurs de mes volumes. Ils n'étaient encore que les bambins delà réclame, les nouveau -nés déposés au tour des journaux. Ils grouillaient dans la publicité, mais il ne la dominaient pas ; ils avaient encore sur eux l'ombre inséparable des premiers débuts. Devais-je leur tendre aussi la perche d'un article pour les faire un peu plus sortir de leur brume? Dans ce temps où la publicité se moque du jugement, devais-je faire à ces messieurs ce plaisir d'une goutte de bruit de plus pour le plaisir qu'eux ne m'ont pas fait; car ils n'ont pas de talent, au fond, ces deux romanciers de la dernière heure? Le faux Allemand de la Cure Pontaiais, incorrect réellement comme s'il n'était pas Français, est blafard, effacé, douceâtre, transi et siropeux, quoique empoisonné et empoisonnant, et ma charmante prune de reine-Claude n'est guère qu'une compote de Théophile Gautier et d'Alfred de Musset, et encore une compote qui a trop trempoté dans ces bocaux-

là! Devais-je me taire? Devais-je parler?... Fallait-il avaler ma reine-Claude en silence, et, comme Dieu qui vomit les tièdes, éructer le Pontalais dans mon coin en dévorant les pouah ! de cette infortunée digestion?... Fallait-il leur octroyer à tous les deux l'éreintement qui vaut toujours mieux que rien, pour ces mangeurs de bruit, pour ces engoulevents de la publicité? Ou me destituer moi-même comme critique en ne parlant pas, entrer à la Trappe littéraire, et, pour jeter un livre aux oubliettes, que les autres n'y jetteront pas, m'y jeter le premier? Question éternelle qui revenait toujours ! C'était celle même de la Critique, à cette heure, devant les livres imbéciles ou infects. Que fera-t-elle ? Allez ! Monsieur, je vous donne ma parole d'honneur qu'elle est terriblement embarrassée ! J'ai posé la question avec vous, mais je ne l'ai pas résolue, et je n'ai pas, je vous assure, supprimé mon anxiété pour l'avenir parce que j'ai pris le parti de vous raconter l'inquiétude dont aujourd'hui j'ai tant souffert.

Agréez, etc.

30 décembre 186Ô.

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