‹ Polichinelle (de Guignol) précédé d'une étudeChapitre 17 sur 28 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

POLICHINELLE, un DOMESTI- QUE, vêtu d'une livrée italienne.

LE DOMESTIQUE

Mousou Policinelle, mon maître il dit loui pas aimer ce brouit.

poLicHiNEr.LE, riant et se moquant de lui.

Ah I votre maître, il dit loui pas aimer ce brouit ! quel brouit ?

folichinelle

LE DOMESTIQUE

Ce vilain brouit. .. ce tapaze.

Vous appelez la musique du tapage, vous ?

LE DOMESTIQUE

Mon maître il dit loui être pas amouroux de mousique, Mousou Policinelle, et loui pas voulou entendre tant de brouit près de sa maison.

Il ne veut pas ; ah ! ah ! très bien^ Jl court autour du théâtre en faisant sonner sa cloche le plus fort possible.

LE DOMESTIQUE

Allez-vous-en, je dis, mousou Policinelle, avec cette mauvaise cloce.

POLICHINELLLE

Quelle cloche ?

LE DOMESTIQUE

Cette cloce.

// la frappe avec la main.

Elle est très bonne, au contraire 1 D'ailleurs, appelez-vous cela une cloche ?

Jl la fait sonner.

C'est un orgue.

LE DOMESTIQUE

Ze dis à vous que c'est oune cloce, moi, oune vilaine cloce.

Je dis à vous que c'est une un orgue, moi. (// le frappe avec.) Eh bien ! qu'en dites-vous maintenant ?

LE DOMESTIQUE

Oh ! c'est un orgue, Mousou Policinelle.

Un orgue ? Je vous dis que c'est un violon, moi. Ne le voyez-vous pas ?

// fait mine de le frapper avec.

LE DOMESTIQUE

Oh ! oui, c'est oun violon.

Je vous dis que c'est un tambour.

LE DOMESTIQUE

C'est oun tambour, mousou Policinelle.

Je vous dis que c'est une trompette.

LE DOMESTIQUE

C'est vrai, mousou Policinelle, c'est oun trompette; mais cloce, orgue, violon, tambour ou trompette, mon maître dit loui être pas amouroux de mousique.

Eh bien? cloche, orgue, violon, tambour ou trompette, mousou Policinelle, il dit que votre maître est un imbécile.

LE DOMESTIQUE

Et il dit, mon maître loui pas vouloir voir vous si près de sa maison.

C'est un imbécile vous dis-je de ne pas aimer mon harmonieuse musique. Dites-lui cela de ma part.

Et maintenant partez. (// pousse le domestique à reculons autour du théâtre et le frappe en même temps avec sa cloche ) Partez, partez! (// le cAasse.) Celui qui n'aime pas la musique est indigne de vivre.

Il continue de sonner sa cloche, de chanter et de danser comme auparavant • pendant ce temps, le domestique est allé prendre un

bâton, et soulevant le coin du rideau de gauche cherche à surprendre Polichinelle, mais celuici aperçoit le bout du hâton, dépose sa cloche sur la balustrade du théâtre et se glisse vers son ennemi pour reconnaître sa position' alors il court à 5a cloche, la reprend et, traversant la scène à pas de loup, applique de toutes ses forces un coup au domestique à travers le rideau, se sauve et sort par le côté opposé en continuant sa musique.

LE DOMESTIQUE

Ah ! vilain! scélérat! brouyant et impoudent coquin! si moi attraper vous, vous voir...

Il se recache comme auparavant.

Polichinelle rentre, s* approche de lui comme la première fois, et le frappe encore avec la cloche; aussitôt le domestique sort de sa cachette, lance un coup de bâton à Polichinelle, mais pas assez promptement pour atteindre celuici, qui, en deux sauts est hors de la scène.

LE DOMESTIQUE

Oh! vous payer cela à moi beaucoup, coquin! bélitre ! volour! vaga.-

bond ! gouzat ! mentour! vous être

sûr de cela.

Il se place dans le fond aa milieu de la scène.

Polichinelle rentre avec sa cloche; mais à la vue du domestique, il se retire, et revient bientôt armé aussi d'un bâton, quil ne montre pas d'abord. Le domestique s'avance alors et donne à Polichinelle un coup si violent sur la tête, que celui-ci paraît un instant privé de sentiment.

LE DOMESTIQUE

Ah! ahl moi apprendre à vous à venir faire votre horrible tapaze près des maisons des honnêtes gens, POLICHINELLE, 56 remettant un peu.

Eh! mon garçon! voilà un jeu auquel on peut jouer à deux.

Il bat le domestique avec son bâton; le combat s'engage. Après une longue lutte, pendant laquelle les deux adversaires changent plusieurs fois de bâton, et exécutent différentes manœuvres. Polichinelle remporte la victoire, et renverse son antagoniste sur la balustrade en lui administrant sur la

tête une grêle de coups de bâton.

LE DOMESTIQUE

Oh! mon Diou, mon tête 1 mon pauvre tête !

Et votre dos, donc? (// le frappe sur le dos.) Comment trouvez-vous cela ? (Pan 1) Et cela? et cela? {Tout en parlant il lui assène à chaque mot un coup violent.) Eh bien 1 aimez-vous mieux cette musique que l'autre? hein? Tenez, voilà de b cloche, (panl) voilà de l'orgue (pan 1) voilà du violon (pan !) voilà du tambour (/jani) et voilà delà trompette, (panl) entendez-vous !Je vous donne un concert complet.

LE DOMESTIQUE, d'une voix éteinte.

Assez! assez! Je souis mort.

Bien mort?

LE DOMESTIQUE

Oui, oui.

Alors voici le coup de grâce.

Il le frappe de nouveau et le tue ; puis prenant ensuite le corps par les jambes il le traîne deux ou trois fois autour du Ihéâtre, et le jette pair la fenêtre !

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