SCENE X POLICHINELLE, LE BOURREAU
LE BOURREAU
Maintenant, monsieur Polichinelle vous êtes libre de sortir, si cela peut vous faire plaisir.
Je vous remercie, vous êtes trop obligeant ; mais je me trouve très bien où je suis. Cet endroit est très convenable, et il y a une vue charmante.
LE BOURREAU
Gomment 1 vous ne voulez pas sortir? Venez, venez, je vais vous donner un bon dîner et pour rien !
Bien obligé, monsieur; mais j'ai déjà eu mon dîner pour rien aujourd'hui.
LE BOURREAU
Alors vous accepterez un bon souper ?
Je ne soupe jamais; mon médecin me l'a défendu.
LE BOURREAU
Il faut pourtant sortir pour que je vous pende.
Ah! vous ne serez pas si méchant que cela.
LE BOURREAU
Pourquoi avez-vous été assez méchant pour commettre tant de meurtres ?...
Mais ce n'est pas une raison pour être méchant aussi et me tuer.
LE BOURREAU
Allons, allons, sortez donc I
Je ne puis, je me suis rompu la jambe.
LE BOURREAU
Venez toujours, vous n'avez pas besoin de votre jambe, pour vous faire rompre le cou. Allons, je vois qu'il faut que j'aille vous chercher moi-même.
// entre dans la prison et après une lutte, pendan.i laquelle Polichinelle crie : Grâce, grâce ! Je ne
recommencerai plus jamais !.,. le bourreau l'entraîne sur le devant du théâtre.
Oh I mon Dieu ! oh 1 mon Dieu Grâce ! ne pouvez-vous donc me laisser vivre ?
LE BOURREAU
Non, monsieur Polichinelle, il n'y a plus de délai à espérer maintenant, passez votre tête à ti'avers ce nœud.
A travers ceci ! Pourquoi donc ?
LE BOURREAU
Oui, à travers ceci.
Mais pourquoi ? Je ne sais comment faire.
LE BOURREAU
Oh 1 c'est très facile, il n'y a qu'à mettre votre tête dedans.
Comment ? comme ça?
Jl met sa tête à côté du nœud.
LE BOURREAU
Non, non, ici dedans.
PolichineUe 91
C'est comme ça, alors ?
// met sa tête de l'autre côté.
LE BOURREAU
Mais non, vous êtes donc imbécile !
Je VOUS trouve charmant de m'appeler imbécile ; essayez donc vousmême de le faire ; montrez le-moi une fois, je le ferai tout de suite après.
LE BOURREAU
Volontiers, tenez vous voyez ma tête et vous voyez cette boutonnière !
eh bien I regardez, mettez votre tête comme ça.
Il passe sa tête à travers le nœud:
POLICHINELLE, il Serre le nœud.
Et serrez le nœud comme cela,
bon ! (// lui passe les jambes hors du
théâtre et le pend.) Hourra! Hourra 1
Polichinelle dépend le cadavre, le
place dans la bière, et se cache :
deux hommes entrent, emportent
la potence et la bière, et sortent.
Bien, les voilà partis. Ah 1 ah I
ils croient qu'ils ont pris M. Polichinelle, ah 1 ah ! Je leur ai joué un fameux tour ! Le bourreau est mort, et me voilà libre, je ne m'inquiéterais plus maintenant quand le diable lui-même viendrait pour s'emparer de moi.