‹ Polichinelle (de Guignol) précédé d'une étudeChapitre 28 sur 28 · LE DIABLE, POLICHINELLE · texte numérisé non relu

LE DIABLE, POLICHINELLE

Polichinelle entre avec un bâton. Il se met à chanter Malhroug en dansant autour du théâtre. Le diable paraît dans un coin, regarde Polichinelle et sort. Polichinelle, saisi d'effroi, se recule aussi loin que possible.

Oh! mon Dieu 1 mon Dieu! Parlez donc du diable, on voit aussitôt ses cornes. C'est bien bii qui est là.

// se fait un silence effrayant pendant lequel Polichinelle regarde attentivement l'endroit où le diable a paru . Le diable arrive par derrière.

Mon bon monsieur le Diable, je ne

vous ai jamais fait aucun mal ; au contraire, je vous ai fait tout le bien qui m'a été possible. N'approchez pas davantage je vous en prie. Comment vous portez-vous, monsieur ? {Reprenant courage.)

J'espère que vous êtes en bonne santé, ainsi que votre respectable famille ? Je vous suis très obligé de cette visite. Bonjour monsieur, je serais désolé de vous retenir car je sais que vous avez beaucoup d'affaires quand vous venez à Paris. {Le diable s'avance.) 0 mon Dieu I que yais-je devenir ?

Le diable se jette sur Polichinelle qui s'échappe et lui assène un coup de bâton, que le diable évite ainsi qu'une grêle d'autres, en se baissant et en se relevant le long de la balustrade, de telle sorte que Polichinelle au lieu de le battre, frappe sans relâche sur le devant du théâtre. Le diable sort.

Ah ? ah ! ah ! {Il rit.) Il est parti, il a vu qu'il faisait trop chaud pour lui ; ah I ah 1 ah! c'est un malin gaillard, un fin matois.

ni Polichinelle

Il se met à gambader et à chanter sur lair de la « Marseillaise >, mais tout à coup on entend un bruit surnaturel ressemblant un peu à celui causé par le mouvement rapide de cinquante rouets. Polichinelle effrayé se sauve dans un coin, et attend Vévénement dans l'anxiété la plus vive. Le diable rentre avec un bâton. Il s'' avance vers Polichinelle qui se retire an fond du théâtre, mais se rapproche peu à peu ; les deux bâtons se croisent, et les deux ennemis restent quelque temps en présence penchés sur leurs armes. Enfin le diable donne à Polichinelle un violent coup sur la tête et celui-ci paraît quelques instants privé de tout sentiment. Enfin il reprend peu à peu connaissance, pousse quelques soupirs el regarde autour de lui avec crainte et précaution.

POLICHINELLE, en sc frottant la tête.

0 ma tête, que lui voulez-vous ?

Je vous en prie, monsieur le diable soyons amis. (Le diable le bat de nouveau el Polichinelle commence à se fâcher et à se mettre en colère.)

Comment, encore ? Il faut que vous soyez un diable stupide, puisque vous ne reconnaissez pas votre meilleur ami, (Le diable continue à le battre.) Arrêtez, vous dis-je, vous me faites mal. Vous ne voulez pas, ehl bien, nous allons voir qui sera le plus vaillant gaillard de Polichinelle ou du diable.

Ici commence un terrible combat entre le diable et Polichinelle, d'abord le dernier a le dessous, et son noir adversaire le bat quand et où il lui plaît. Mais enfin le diable se fatigue, sa main devient moins sûre et son bâton frappe moins souvent Polichinelle. Celuici au contraire, le presse plus vivement et réussit à lui asséner quelques coups violents. La balance étant rétablie le combat cesse un instant. Les deux adversaires se retirent chacun dans un coin du théâtre pour reprendre haleine.

Bientôt ils fondent de nouveau l'un sur Vautre, les coups sont portés et parés avec une égale adresse ' longtemps la victoire flotte indécise ; enfin Polichinelle

finit par avoir un avantage décisif surson ennemiquHl chasse devant lui. Le diable est étourdi par une grêle de coups qui lui sont administrés sur la tête et sur les cornes et il tombe enfin sur la balustrade où Polichinelle couronne sa victoire en lui arrachant lavie. Alors il le prend par ses noirs habits, le met au bout de son bâton et le fait tourner en l'air en s'ecriant :

Hourra 1 Hourra ! le diable est mort!

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