L'ORGANISATION DU COMMERCE EXTERIEUR
rivaux les employer; mais parce que nousmêmes en avons installé dans quelques postes, parce que nous en avons vu à l'œuvre, comme M. Perler — qui a rendu à Londres les services les plus éclatants — , qu'on s'est dit qu'une institution fonctionnant si bien ne pouvait que gagner à être généralisée.
Je ne voudrais pas être un prophète de malheur, et, dans ce concert unanime d'éloges, faire entendre une note discordante. Cependant je vous demanderai la permission de formuler de modestes réserves, non pas sur le programme qu'on trace à leur activité (il me paraît tout au moins bien conçu), non pas même sur le partage du monde auquel on a pensé. On ne propose de créer que six attachés commerciaux. Cinq d'entre eux auraient pour rayon d'action, respectivement :
La Grande-Bretagne ;
Les Elats-Unis;
La Chine et le Japon;
Le Levant;
Les Elats de l'Amérique du Sud.
Un sixième emploi serait confié à un agent ésidant en France qui se rendrait en Europe, là où on jugerait sa présence utile. Sans doute on peut penser que voilà, pour un seul attaché, un bien grand cercle à parcourir. Je ne m'arrête pas à ces détails, parce que, comme le disait M. Charpentier, je craindrais, si tout de suite
on créait beaucoup d'attachés commerciaux, que la création nouvelle n'allât à l'encontre du but qu'on se propose.
C'est sur un autre point que portera ma critique. Je vais proférer une hérésie, mais j'avoue que la distinction classique entre la carrière diplomatique et la carrière consulaire m'apparaît comme purement artilicielle. Or, la création nouvelle paraît destinée à souligner davantage encore cette distinction en rattachant, pour partie, les nouveaux attachés à un autre ministère que celui du quai d'Orsay. M. Charpentier disait tout à l'heure : « On va me trouver trop Affaires étrangères » ; eh bien, l'ancien minisire du Commerce que je suis est, dans la circonstance, beaucoup plus « Affaires étrangères » que lui. Je regrette en effet que ce ne soit pas le ministère des Affaires étrangères qui ait seul la haute main sur les nouveaux agents et voici pourquoi.
D'abord parce que, en administration comme en politique, on n'obtient généralement pas de très bons résultats quand un même service dépend de deux ministères : ou bien ni l'un ni l'autre ne s'en occupent, chacun attendant que l'autre veuille bien faire son ouvrage; ou tous les deux s'en occupent à la fois, ce qui est plus dangereux encore, parce que, les deux influences se contrariant, les agents, tiraillés en sens contraire, s'en tirent en ne bougeant pas. [Rires.]