‹ Politique de réalisations [par] A. MillerandChapitre 47 sur 73 · EN L'HONNEUR DE BLERIOT · texte numérisé non relu

EN L'HONNEUR DE BLERIOT

Lorsqu'eut lieu, peu de temps après la traversée ùc Blériot, le don, par les soins du journal Le Matin, de son aéroplane au Conservatoire des Arts et Métiers, un banquet fut donné auquel M. Millerand, revejiu tout exprès de Dunkerque, tint à assister.

Messieurs,

Excusez rincorrection de ma tenue : elle est celle d'un homme qui, conférant il y a cin heures à peine sur le port de Dunkerque ave la Chambre de Commerce, na pris que le temp de sauter en wagon et de wagon en auto pou; accourir joindre ses lelicicitations à celles méritées, qui, lout le long de celte journée, onj salué les organisateurs de cette belle fête et s héros.

Gela a été une grande joie pour moi qui, depuil sept ans président de son Conseil d'administr. tion, ai vécu la vie du Conservatoire nation des Arts et Métiers, d'apprendre que le Matin

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avait pris la généreuse initiative d'offrir le monopian sur lequel Blériot a traversé la Manche à cette noble maison de l'invention et du génie. Nul asile mieux que celui-là n'était qualifié pour abriter le glorieux appareil.

Bléiiot pourra savourer encore bien des triomphes, battre tous les records, ceux de ses rivaux comme les siens propres, il ne connaîtra plus, nous ne connaîtrons plus nous-mêmes l'émolion irrésistible provoquée par son succès, par cette incroyable nouvelle : « Blériot a traversé la Manche en aéroplane ».

Le 25 juillet 1909 marque une date dans l'histoire de l'humanité; c'est une belle inspiration que d'avoir, pour la célébrer, réuni à Paris aux Compatriotes de Blériot notre hôte éminent de ce soir, le premier citoyen de Douvres.

Certes, nos voisins de l'autre côté du Détroit ont dû éprouver une stupéfaction bien compréhensible lorsqu'ils ont vu apparaître, planant au-dessus de la mer, le grand oiseau qui venait de France.

Peut-être n'ont-ils pu se défendre tout d'abord d'une secrète appréhension à songer que le splendide isolement de leur île était menacé et qu'une route nouvelle venait de s'ouvrir à travers les airs pour pénétrer du continent jusqu'à elle.

Je connais trop le robuste bon sens, l'esprit pratique de notre ami John Bull, pour craindre qu'il ait longtemps tenu rigueur à Jacques Bon-

homme de la victoire qu'il venait de remporter sur la nature pour le bien de l'humanité.

Tout au contraire. Avec cette énergie de volonté, cette persévérance dans l'effort qui sont le secret de sa force, il n'a plus pensé qu'à utiliser et à perfectionner au plus vite l'invention nouvelle.

Heureuse rivalité qui ne peut que fortifier et resserrer l'Entente cordiale, cette amitié francoanglaise qui, pas plus que l'alliance franco-russe, n'est une menace pour personne, mais qui, comme elle, au contraire, étant un gage de sécurité, devient un élément de paix! C'est elle, c'est l'amitié franco-anglaise qu'en même temps que le succès de Blériot, nousjètons ce soir; et sons quelle forme le ferions nous qui réponde plus exactement aux sentiments de notre hôte comme à nos sentiments personnels, qu'en levant respectueusement nos verres en l'honneur du souverain éminent qui, par son tact, son aménité, sa finesse, sa connaissance des hommes et son expérience des choses, a contribué plus que personne, de ce côté-ci du Détroit comme de l'autre, à rendre populaire et indestructible l'Entente cordiale?

A Sa Majesté Edouard Yli!

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