INTRODUCTION DE L'ANNOTATEUR
Nous avions obtenu de M. Waldeck-Rousseau l'autorisation de recueillir ses œuvres oratoires avant que, cédant aux circonstances, il acceptât le pouvoir. Ce fait vint naturellement modifier le plan de notre publication. Il n'en pouvait être autrement.
Le ministère de 1899 à peine* constitué, ses détracteurs se livrèrent à de fantaisistes variations sur le passé politique de son chef. Des hommes, d'esprit prompt mais de mémoire courte, et qui, d'ailleurs, n avaient pour la plupart jamais eu rien de commun avec la République, s'ingéniaient à le travestir de façon si audacieuse qu'à les en croire M. Waldeck- Rousseau — auquel, par surcroît, Ton prêtait, bénévolement ou perfidement, des pensées, des désirs, des opinions qui le laissaient surpris tout le premier — aurait été jadis un adversaire de la démocratie, lui, le collaborateur hardi de Gambetta, de Jules Ferry... Dès lors, nous ne pouvions mieux inaugurer cette série qu'en rassemblant les discours et documents par lesquels l'auteur de la loi sur les syndicats \ftote%&\<yQK£\<g> s'était affirmé, il y avait de cela quitus k vv&%V. «s&^Xfe
ii INTRODUCTION
défenseur réfléchi, obstiné, des classes ouvrières. D'où Je volume intitulé : Questions sociales *.
Le recueil suivant, Associations et Congrégations, sortit des débats, à la fois politiques et juridiques, soulevés devant le Parlement par le long et minutieux examende la loi promulguée le 1er juillet 1901. Enfin, à la veille des élections générales de 1902, il nous parut nécessaire de réunir les discours qui résumaient La Défense républicaine, et, parallèlement, ceux qui caractérisaient L'action républicaine et sx>ctale du ministère.
Ce sont ainsi les événements qui ont donné à cette série de discours sa classification la plus logique en môme temps que sa véritable signification. Les esprits analytiques en considéreront peut-être les diverses parties comme représentatives des faces d'un système politique, ils pourront voir, successivement, en chacune d'elles : la thèse sociale, la thèse laïque, la thèse républicaine, la thèse réformiste, et, dans ce nouveau volume, la thèse française. A la condition" toutefois de convenir que ces divisions apparentes forment une seule et môme doctrine, puisée aux sources de la Révolution, se traduisant par une politique largement libérale, virilement progressiste.
Politique faite de tolérance et de fermeté, accessible à tous les concours loyaux autant que sévère à
1. Nous n'avons nul besoin, bien entendu, de dire que les discours contenus dans ce volume, comme dans les suivants, ont été reproduits exactement, textueUement, d'après le Journal Officiel. Mais il ne nous déplaît pas de signaler qu'à l'apparition de ce premier recueil certains publicistes réactionnaires prétendirent que les discours y rassemblés avaient été modifiés pour la circonstance : il leur eût suffi, pour se convaîncrc du contraire, d'en confronter \e texte &vec celui du Journal Officiel.
INTRODUCTION ni
tous les ralliements douteux, sans plus de faiblesses à l'intérieur que de concessions à l'extérieur, imposant, le progrès par la seule persuasion, mettant la grandeur de la patrie d'abord dans le respect de la liberté, du droit, de la légalité, appliquant la loi selon ce principe cher aux gouvernements qui savent vouloir et prévoir: ni violences ni défaillances, s'inspirant sans cesse des pures traditions républicaines, et, par là, servant toujours, à travers le choc des partis, le heurt des passions, ce haut idéal de justice qui entraîne l'humanité vers son émancipation rationnelle.
Cette politique, à dire vrai, n'est pas nouvelle : elle fut celle des fondateurs de la troisième République. Gambetta, dont certains se réclament aujourd'hui qui le combattaient alors, n'en préconisait point d'autre lorsque avec ses amis il poursuivait la réconciliation nationale de la France et son éducation républicaine. C'était l'heure où les difficultés paraissaient grosses de périls. Des haines mauvaises, nées moins des événements publics, peut-être, que des calculs individuels, soufflées surtout par une caste qui travaillait à l'avènement d'un pouvoir théocratique, tâchaient à déconsidérer le gouvernement populaire par les pires calomnies : impuissant à gouverner, prétendaient-elles, il était bon tout au plus à provoquer la guerre civile, la guerre des classes... Alors que la République, par ses origines, par ses principes, assure la liberté de toutes les croyances, l'égalité de tous les cultes, ses ennemis, habiles à troubler les masses dans leur quiétude morale, la dénonçaient comme unev menaçante inquisition à rebours... Calomnies redoutables, en ce tempslà trop facilement acceptées, il faut bien le dire^wc les grands corps de l'État, et qui, eiçVàtanX. S«»Nav\ mieux ia loyale crédulité du pap, çxm^Vvm^ ^
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iv INTRODUCTION
grave danger public : l'honneur de Gambetta, du parti républicain, fut d'y parer.
Ils surent convaincre le pays que la République n'est pas forcément, par destination, un gouvernement de perpétuel combat. Et, eli effet, si elle se doit, de repousser avec la dernière énergie les ennemis de la démocratie, si elle a pour loi fondamentale de susciter tous les progrès, elle ne peut méconnaître qu'il y a des règles vitales auxquelles n'échappe aucun gouvernement — quel qu'il soit — désireux de durer : « Elle doit s'élever jusqu'à la conception d'un gouvernement fondé sur les données positives de l'expérience et de la raison, et capable, pour s'imposer progressivement à tous, de s'imposer à lui-môme une méthode et une discipline » ; elle ne doit pas oublier que la politique, « appelée à s'exercer dans le domaine des idées et à compter avec les hommes, doit régler sa marche sur la lente transformation des habitudes d'esprit et des mœurs, aider l'œuvre du temps sans lui faire violence f... »
C'est en observant cette politique que le parti républicain put naguère appliquer son programme et vaincre ses ennemis. Il semble qu'après quelques incertitudes il y soit revenu en ces dernières années. On en trouvera dans ce livre des manifestations répétées. Qu'il s'agisse de débattre nos querelles intestines ou de défendre nos intérêts à l'étranger, un môme esprit de direction s'affirme ici : l'acceptation très nette des responsabilités du pouvoir en présence des légitimes aspirations du suffrage universel, un souci constant de ne laisser humilier le gouvernement de la Républi-
A Discours prononcés par M. W&ldeck-Rousseau à Vinautfu ration des monuments Spuller et Baudm, Mffite vm.
INTRODUCTION v
que devant aucun parti, devant aucune nation, enfin la volonté de pousser les conquêtes morales de la Révolution avec justice et méthode, sans imprudence ni vaine précipitation.
Mars 1903