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LES GRÈVES ET LA POLITIQUE

Lasies, veuillez laisser poursuivre M. le Président du Conseil.

M. le Président du Conseil. — Je pense qu'une interpellation qui tend à donner au Gouvernement Tordre de destituer à l'heure actuelle des fonctionnaires qui n'ont pas perdu sa confiance est absolument fnopporlune. {Applaudissements à gauche et à Vextrême gauche.)

L'interpellation fut discutée à la séance du 26 mars. Au moment du vote de l'ordre du jour accepté par le Gouvernement, les adversaires du cabinet tentèrent de • le renverser. M. Maurice Lasserre vint déclarer que ses amis et lui n'avaient pas confiance dans le Gouvernement et qu'ils .voteraient contre. M. Waldeck-Rousseau riposta en quelques mots énergiques. M. Ribot, intervenant à son tour, prononça un véritable réquisitoire contre le ministère. Mais M. Carnaud, parlant au nom des députés socialistes, dont les conservateurs escomptaient une défaillance, vint déclarer qu'il voterait avec ses amis pour le ministère : « Mes amis et moi, s'écria- t-il, ne voulons pas mêler nos votes à ceux des hommes qui ont combattu toujours avec une âpre énergie les revendications ouvrières, ni fournir l'occasion à quelques hommes ambitieux de ramasser leurs portefeuilles dans le sang des ouvriers de la Martinique. » L'ordre du jour de confiance fut alors voté par 285 voix contre 239, aux applaudissements des gauches et aux cris de : Vive la République !

M. le Président. — La parole est à M. le Président du Conseil. {A/>plaudissements à V extrême gauche et à

M. Waldeck-Rousseau, Président du Conseil, ministre de V Intérieur et des Cultes. — Messieurs, l'honorable M. Lasserre, en apportant \t\\t* ô&A^&ssfcs» que nous avons entendues, n'a îa\t qjiww^t \a \w&

le plus naturel et le plus légitime. (Très bien! très bien!)

Il a clairement indiqué au Gouvernement que ni lui ni ses amis ne lui donnaient leur confiance ; et j'aime mieux, à vrai dire, une déclaration aussi nette et aussi catégorique ( Très bien ! très bien ! à gauche) que certaines façons détournées d'arriver à mettre en échec notre politique. {Applaudissements sur les mêmes bancs.)

M. Morinaud. — La politique des quatorze cada- vres! (Bruit.)

M. Lucien Millevoye. — Il s'agit du sang répandu. Il n'y a pas de politique là-dedans !

M. le Président du Conseil. — Voilà la question bien posée. Toutefois, je ne me résigne pas à croire que ce soit à raison de notre conduite dans les affaires qui intéressent la Martinique que nous ayons perdu la confiance de M. Lasserre et de ses amis. {Rires et applaudissements à gauche. — Interruptions au centre.)

Il y a entre nous un dissentiment plus ancien et plus profond. J'ai cru, nous croyons qu'il fallait faire appel à une politique exclusivement républicaine... (Applaudissements sur les mêmes bancs à gauche. — Interruptions au centre et à droite.)

M. Lucien Millevoye. — En fusillant les travailleurs! [Bruit à gauche.)

M. le Président. — Messieurs; je vous prie de garderie silence.

M. le Président du Conseil. — Nous n'avions le droit — je l'ai cru du moins — d'en exclure personne; ce n'est pas par notre faute ou notre fait, c'est à notre grand regret qu'un certain nombre de républicains s'en sont eux-mêmes exclus. ( Vifs applaudissements à gauche et sur divers bancs à V extrême gauche . — Bruit au centre.)

L'AFFAIRE PHILtPP

Chambre des Députés. Séance du o mars 1900. — Un employé du ministère de la marine, nommé Philipp, s'était livré à des opérations et des actes de déprédation à la suite desquels il prit la fuite. L'affaire fut portée devant la Chambre où M. de Lanessan, ministre de la marine, donna les explications nécessaires. Mais il apparaissait que les adversaires du cabinet cherchaient à profiter de cet incident pour mettre en échec au moins le ministre de la marine. Et, en effet, on entendit un orateur prononcer des% paroles d'un caractère tel qu'un député s'écria : « J'en ai assez de cette lutte de portefeuilles !» M. Waldeck-Rousseau, qui soutint toujours tous les membres de son mioistère, posa résolument la question de confiance.

M. Waldeck-Rousseau, Président du Conseil, ministre de V Intérieur et des Cultes. — Messieurs, deux ordres de reproches ont été apportés à cette tribune par les orateurs auxquels je vais répondre brièvement.

L'honorable M. Pelletan, en particulier, a retracé sous les yeux de la Chambre le tableau de certains actes et de certains faits remontant à des époques plus ou moins lointaines, et desquels il résulterait que depuis longtemps — il ne me coûte pas de dire depuis trop longtemps — des fonctionnaires n'auraient pas seulement participé à des affaires, mais en auraient eu la direction.

Je remarque, sans y insister autrement, que n' entendant nullement rejeter mk tvos \rckô&w^A*£^ ^ks> responsabilités qui ne nous mcombfcîvV ç.^^^^7^-»

gardant pour nous toutes celles qui nous incombent, nous avons bien le droit de limiter notre responsabilité aux actes que nous avons accomplis, à ceux, par conséquent, qui tiennent à l'exercice même de notre pouvoir; par contre, cette responsabilité serait engagée si, prévenus que telle ou telle incorrection se serait produite, nous n'avions pas cherché à y porter remède.

À ce point de vue général, la réponse qui a été faite par M. le ministre de la marine est la seule qui puisse être faite. Il faut, d'abord, protester contre toute pensée que les abus qui ont été signalés à la tribune puissent constituer autre chose que des actes aussi repréhensibles qu'isolés (Très bien! très bien !) ; j'ai entendu avec plaisir M. Pelletan lui-même déclarer que c'étaient là des exceptions, et parler du dévouement et du désintéressement avec lesquels toutes les administrations font en général leur devoir. (Très bien! très bien !)

M. Camille Pelletan. — Des exceptions très protégées et qui avancent beaucoup plus vite que les autres!

M. le Président du Conseil. — Qu'il ait pu se produire des laits particuliers nécessitant un examen attentif et des sanctions ensuite, personne n'en disconviendra. Tout à l'heure, M. le ministre de la marine a fait connaître à ce sujet les dispositions qu'il a prises. Tous ceux qui, après un mûr examen, non pas sur une incrimination formulée même de bonne foi, non pas sur une dénonciation hâtive, mais après, je le répète, une instruction approfondie, seraient reconnus coupables d'avoir manqué au devoir professionnel, devront être frappés. (Applaudissements à gauche.)

A droite. — 11 est trop tard. (Bruit.)

M. le Président du Conseil, — Maintenant on nous

demande — c'est à M. Pourquery de Boisserin que je

réponds — comment, ayant ètfc u\toîHyte\fc^ wv te

L'AFFAIRE PII1LIPP 2M

24 janvier qu'on promenait une lettre de M. Philipp., nous n'avons pas, dès le lendemain, saisi la justice. Je réponds qu'ayant examiné avec mon collègue M. le ministre de la marine cette question, j'ai pensé et je pense encore qu'il fallait en pareille matière plus de sang-froid que de précipitation. [Interruptions à droite.)

M. Camille Pelletan. — Au risque de laisser détruire la pièce !

M. le Président du Conseil. — J'ai pensé et je pense encore que l'intérêt public ne risquait rien, et qu'il gagnerait peut-être à ce que, non pas même sur le va d'une prétendue pièce, mais sur le ouï-dire de son existence, on ne mît pas immédiatement en mouvement tout l'appareil de la justice.

M. Vidal de Saint-Urbain. — Vingt-quatre jours se sont passés.

M. le Président du Conseil. — Nous avons voulu être renseignés dans la mesure où nous pouvions l'être, et prendre des renseignements qui, je le déclare à la Chambre, nous ont paru, dans ce cas particulier, strictement indispensables.

Nous n'estimons pas qu'en n'agissant pas sur l'heure, comme on nous reproche de ne l'avoir pas fait, nous ayons manqué à notre devoir.

Je vais plus loin. Nous considérons encore que nous avons agi avec une prudence nécessaire, dans l'intérêt du pays, dans l'intérêt même d'une bonne justice. Je déclare très hautement à la Chambre que, si elle no partage pas ce sentiment et si, donnant suite aux propositions de l'honorable M. Georges Berry,elle admet, non pas une indication que nous nous sommes déclarés prêts à suivre, mais un blâme que nous» ^ ^xsx.rions accepter avec dignité, \e Giow^^tl^wv^^ <a>asxv comprendre. (Applaudissements à gauche.^

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