LA FAYETTE
mable de la paix qu'à la double condition d'être fermement résolus à ne jamais rien entreprendre contre les autres, mais aussi à ne jamais permettre qu'on entreprenne rien contre eux.
Messieurs, il me semble qu'une solennité qui, comme celle-ci, réunit les représentants des deux Républiques est plus qu'une solennité ordinaire : c'est bien véritablement une fête de la démocratie, une fête de la liberté.
Lorsque tous ayez songé à élever une statue au gé- • néral La Fayette, il y a eu comme une surprise : on s'est demandé comment il se faisait qu'on n'en eût pas encore. Et cela cependant me paraît s'expliquer d'une façon bien naturelle; c'est qu'il n'est pas, je crois, de mémoire qui soit restée plus présente à la reconnaissance du peuple français que la sienne; c'est qu'il n'est peut-être pas de figure historique qui ait plus victorieusement triomphé de l'épreuve du temps et qui ait mieux traversé les âges sans rien perdre de l'incomparable éclat de saine et vraie popularité dont elle apparaît entourée dès l'origine.
Il y a eu pendant la Révolution, durant cette merveilleuse éclosion d'hommes, de caractères, de talents et de génies, il y a eu peut-être des généraux qui ont gagné de plus grandes batailles; il y a eu des hommes politiques qui ont remué plus profondément les passions du peuple, des hommes dont les destinées ont été plus étroitement et plus tragiquement unies à ses destinées ; il n'en est pas qui aient parlé davantage à son esprit, à son imagination et à son cœur.
Il en est une raison que je voudrais dire, c'est qu'à mon sens La Fayette n'a pas été seulement un des hommes de la Révolution, il a été le signe vivant et comme la preuve de cette Rèxo\\x\.\oTu
Cet homme que la naissance avait fait noble, que la fortune avait fait riche, qui, dans l'ancien régime, aurait pu choisir la place la plus enviée, et qu'un instinct mystérieux agite, qu'une sorte d'anxiété obsède, que le cri du peuple, encore étouffé, émeut, et qui, au premier bruit de la guerre d'indépendance, se jette dans un navire avec une armée équipée à ses frais, cet aristocrate qui, de l'autre côté des mers, ira fonder une république, c'est l'indice certain que de ce côté de l'Océan aussi la Révolution est faite, que de ce côté aussi un monde nouveau est né, palpite et tressaille dans cette enveloppe de ténèbres, d'abus et de misère qui déjà se déchire et se rompt de toutes parts....
N'est-il pas bien remarquable que ce soit cette classe privilégiée, qui, après avoir, on peut le dire, vécu du peuple, va donner à la Révolution, — par l'effet nécessaire de cette loi supérieure de justice et de réparation qui préside aux destinées des peuples et qui a toujours son heure, — deux hommes, entre tant d'autres, qui agiront si puissamment pour la Révolution, ce marquis de La Fayette qui semble avoir été son chevalier et ce comte de Mirabeau qui sera son tribun ?
Il y a dans la vie de La Fayette une autre chose bien remarquable et qui explique suffisamment sa popularité, c'est qu'il ne prit pas part à la Révolution pour venger des injures personnelles ou pour avoir raison d'injustices sociales dont il aurait été victime.
Il était de ceux qui pouvaient profiter des inégalités sociales sans avoir rien à en redouter, et s'il prit parti pour la Révolution, ce fut par amour de la liberté, par instinct de la justice.
C'est là, messieurs, le haut enseignement qu'il nous a laissé.
En lui élevant une sI&1\Jl&,nwî& to«ltmtoN&^ q^Vk