‹ Politique française et étrangèreChapitre 64 sur 76 · LE PRÉSIDENT J2ARN0T · texte numérisé non relu

LE PRÉSIDENT J2ARN0T

quelles il avait salué son œuvre. Et pendant les quelques heures qu'il devait encore passer au milieu d'elle, elle allait lui témoigner avec une vivacité de plus en plus ardente son dévouement à nos institutions, son attachement à sa personne. C'était un cortège triomphal que lui préparait le peuple assemblé dans vos rues et dont sa simplicité et sa modestie eussent apprécié surtout l'hommage rendu, en sa personne, au gouvernement républicain. C'est à ce moment, dans cette heure de confiance et d'union, que le poignard d'un assassin l'a frappé mortellement.

Le soir môme la France apprenait l'attentat avec douleur, avec indignation, avec stupeur aussi : car les esprits se refusaient à comprendre ce qu'avait voulu le meurtrier. Frapper l'homme qu'il ne connaissait point, qui était pour les petits, pour les malheureux, la bonté, la générosité même? Atteindre la fonction que le président Carnot, par sa haute correction, avait précisément placée au-dessus des questions de personnes, et qui devait le lendemain, dans un calme absolusse transmettre à son successeur? De quelque façon qu'on l'expliquât, le meurtre, autant que détestable, était inutile et absurde ; et c'eût été certes pour la victime une suprême satisfaction de savoir que la République pourrait, dans ces heures douloureuses, ne songer qu'à le pleurer, sans qu'un seul instant la paisible transmission des pouvoirs éveillât la moindre inquiétude.

En effet, messieurs, si vous vous rappelez quel était l'état des partis au moment où l'Assemblée nationale appela Sadi-Carnot à la Présidence, vous estimerez sans doute qu'il est juste de lui faire sa part dans la situation qu'il laissait après lui. Il avait trouvé la France irritée de certaines fautes, dupe de certaines

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promesses, prête à toutes les imprudences. Les adversaires irréconciliables que la République rencontFera longtemps encore sur son chemin commençaient déjà à modifier leur tactique, et, las d'être vaincus en bataille rangée, s'essayaient aux embuscades. Dissimulant leur drapeau, ils prétendaient se servir des couleurs nationales pour renverser le gouvernement choisi par la nation, et reniaient leurs principes, prêts à les affirmer de nouveau au lendemain d'une victoire qu'ils espéraient prochaine, si bien que, dans ce désarroi habilement préparé, les républicains risquaient de s'égarer et de faire le jeu de leurs adversaires.

Il fallait ramener le calme dans les esprits, la clarté dans les intelligences, montrer à la démocratie que ceux qui l'avaient toujours combattue n'aspiraient si brusquement à la servir que pour la mieux dominer, remettre enfin la France de la Révolution dans la voie de réformes et de progrès dont une réaction déguisée tentait de l'écarter. Le président Carnot mit au service de cette grande tache des qualités personnelles précieuses, l'autorité d'un nom et d'un passé républicain. Appelé pour la première fois à s'occuper des affaires publiques au moment de la chute de l'Empire, il avait gardé de ses débuts le sens très exact des responsabilités du pouvoir. Il savait ce que peut un chef d'État pour le bien ou pour le mal d'une nation, et que l'action du Président, pour être limitée par la Constitution, n'en a pas moins sur la marche des affaires une influence décisive.

Cette influence, Carnot Ta, toujours et sans réserve aucune, mise au service de la démocratie. C'était pour lui tout à la fois une conviction héréditaire et une idée personnelle que la République, étant le gouvernement de tous, doll gou\fc\:\M \wnc\* ^&\Nfc\«fc\fc

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