LE PRÉSIDENT CARNOT
peuple, et qu'en servant les intérêts d'une minorité elle mentirait à ses origines. 11 savait que, quand elle a besoin d'être défendue, — de même qu'au jour où il a fallu la fonder, — c'est dans le peuple qu'elle doit chercher et qu'elle est sûre de trouver l'appui qui la fait triompher; et c'est vers le peuple, vers les travailleurs des villes et des campagnes, que le portaient son cœur et sa raison.
Vous savez comment, au cours des nombreux voyages où il se dépensait sans compter, il leur a maintes fois renouvelé l'expression de cette sympathie. Vous savez aussi comment une juste popularité, que n'atteignait point l'ironie d'adversaires déçus, le récompensait de ses efforts. De plus, on comprenait ce qui se cachait de bonté sous son apparente froideur; on appréciait sa parfaite correction et son absolue loyauté; on rendait justice à ses intentions, et à l'œuvre on jugeait l'ouvrier. Le jour où il est tombé, il approchait du terme de son mandat. Fatigué par l'exercice d'une chaTge dont il avait 'accepté toutes les obligations, il pouvait espérer des aqnées heureuses, où le respect du pays tout entier l'eût accompagné dans sa retraite. Une criminelle folie a ruiné cet espoir et mis une conclusion sanglante à une vie consacrée tout entière au travail et à la paix.
Telle qu'elle nous apparaît, avec un recul de quelque temps, — commencée dans le trouble, se poursuivant dans la paix, — la présidence de Carnot est une belle page de notre histoire républicaine et nous aurons, messieurs, profit à la relire quelquefois. En effet, sous des aspects divers, la politique se retrouve, parfois à quelques années de distance, semblable à ellemême, et la vérité de la veille est solive V^N&tWfc. ^ jour. Nos adversaires d'il y a dix. ans tf oxv\. \^s> &fe*w«^-
leurs moyens d'attaque sont les mêmes; et, hier encore, nous devions comme alors défendre contre eux, par les armes légales, les principes dé nos libertés. Dans cette lutte où, à notre tour, nous avons triomphé, le souvenir du chef d'État à qui nous rendons hommage aujourd'hui a pu souvent nous inspirer. L'exemple qu'il a donné n'a pas été perdu. L'esprit qui l'animait s'est retrouvé vivant. De même qu'en 1889, le Président de la République, en apparaissant au pays, dans un poste d'honneur, comme le premier serviteur de la démocratie, a rallié autour de lui l'immense majorité des Français; et les acclamations dont, il y a quelques semaines, le saluaient à Paris leurs représentants, ont, une fois de plus, prouvé que la République est invincible lorsqu'elle se défend, la réaction impuissante quand elle se démasque.
Le vœu le plus cher du président Carnot fut de voir réunis dans une même pensée de concorde et de progrès tous les républicains. Rassemblés autour du monument élevé à sa mémoire, formons le même vœu, et que tous nos efforts tendent à le voir bientôt réalisé.*
(De chaleureux applaudissements interrompirent plusieurs fois le discours du président du Conseil.)