MINISTRE DES TERRES ET FORETS
À Longueuil, le 22 septembre i907
Messieurs,
J'ai accepté avec plaisir l'invitation d'accompagner ici le premier ministre pour discuter les choses de la politique provinciale.
Beaucoup de personnes, dans ces derniers temps, ont élevé la voix, dans la presse et, plus particulièrement, à la tribune populaire, les unes pour blâmer, les autres pour approuver, celles-ci pour défendre le régime actuel et celles-là pour le combattre. Parmi les critiques, nous retrouvons de vieilles connaissances, chantant des refrains connus, mais leurs rangs se sont grossis de deux ou trois recrues qui font entendre des couplets nouveaux. Vous avez lu ces réquisitoires, vous en avez entendu quelques-uns, et vraiment il n'y a pas lieu de s'alarmer. Si vous supprimez les reproches de détail, les critiques d'exécution, les habiletés de langage et quelques éclairs de chaleur oratoire, si vous remettez au point surtout deux ou trois questions de faits qui ont été odieusement travesties, une conclusion irrésistible s'impose : les gouvernements libéraux n'ont rien fait, pendant la dernière décade, pour démériter de la confiance populaire.
Ces critiques se composent de deux groupes: la vieille garde, commandée par M. Le Blanc, et une escouade de francs-tireurs que dirige M. Bourassa.
Ces hommes que tout divisait naguère, leurs luttes, leur passé et leurs traditions, sont maintenant unis par une haine commune et poursuivent un but commun : renverser l'honorable M. Goum à Québec, pour arriver à mieux affaiblir Sir Wilfrid Laurier à Ottawa.
Quant à M. LeBlanc, si les récriminations valaient quelque chose, si la vie n'était pas trop courte pour ressasser constamment un passé mort, bien mort et pour ne jamais ressusciter, il serait facile, en faisant l'histoire des administrations conservatrices de 1892 à 1897, de rechercher si les mesieurs qui en faisaient partie ont toujours vécu dans la région supérieure des principes.