‹ Politique provincialeChapitre 17 sur 28 · M. BOURASSA DOCTRINAIRE · texte numérisé non relu

M. BOURASSA DOCTRINAIRE

Quant à M. Bourassa, parce qu'elle est plus hypocrite, sa tactique est plus dangereuse. Que faut-il penser de son attitude ?

Je suis l'un de ceux qui ont eu pour M. Bourassa, dans le passé, de l'estime et même de l'admiration. Il a souvent préconisé des doctrines qui n'étaient pas les miennes. Ainsi, dans deux ou trois circonstances, il a fait preuve d'une intransigeance extrême et que je ne puis approuver ; car l'art du gouvernement n'est pas la poursuite de l'idéal, de la perfection ultime, mais de dégager la meilleure solution possible au milieu des idées qui se heurtent et des passions qui s'entrechoquent. Les doctrinaires, — et M. Bourassa en est un, — ne veulent pas tenir compte de la réalité des choses, de ce qui est, mais seulement de ce qui devrait être, et c'est pour cela que, dans deux ou trois circonstances, je l'ai trouvé manifestement injuste envers sir Wilfrid Laurier. Mais au moins la note qui sonnait était haute et ses motifs paraissaient désintéressés. Pourquoi a-t-il tenu à descendre de ce piédestal, où ses admirateurs l'avaient placé, pour se faire le champion de je ne sais trop quelle doctrine incohérante, où la mauvaise foi le dispute trop souvent à l'ignorance. Pour le moment, M. Bourassa n'est plus un homme politique, c'est un apôtre, un Moïse, un sauveur, " un homme qui marche sur les flots ", et un ami maladroit et peut être prophétique l'a comparé à Marcelin Albert, à ce pauvre illuminé qui, un instant, a soulevé le Midi de la France, mais que le bon sens populaire a vite ramené à ses proportions véritables. Si M. Bourassa est un rédempteur, il convient de s'en défier, car il n'y a rien de plus dangereux que ces hommes et coûteuses sont leurs expériences. Nous en avons eu une demi-douzaine en 1892, et il nous a fallu un travail ardupendant dix ans, pour réparer les ruines accumulées sur leur pas, sage.

qu'a-t-il réalisé ?

M. Bourassa un sauveur ! Quelle idée nouvelle a-t-il préconisée ? Quelle réforme sérieuse a-t-il proposée ? Toutes les réformes possibles et désirables qu'il patronise, — je le démontrerai dans un instant, — nous les avons réalisées, ou nous sommes en voie de les réaliser. Quant au reste, ce ne sont que des enfantillages, des propositions absurdes ou burlesques, et quelquefois des appels démagogiques, comme l'abandon du bois au colon et l'abandon de nos richesses de chasse et de pêche à l'imprévoyance des foules. On sent que M. Bourassa n'a aucune expérience administrative, aucun sens des affaires. Sa politique est une politique élaborée, où plutôt rêvée au coin du feu, une politique en pantoufles et en robe de chambre, qui ne tient aucun compte de la réalité des choses.

Encore, si M. Bourassa s'en était tenu là ! S'il s'était contenté de prêcher des réformes irréalisables, ou même dommageables, on pourrait lui contester le jugement sans lui refuser notre estime, mais il a jugé bon, pour atteindre je ne sais quel but et pour assouvir je ne sais quelle ambition, de se faire l'écho de deux ou trois ineptes commérages qu'il colporte sur tous les hustings de la province, sans avoir d'abord cherché à s'assurer de leur authenticité, et qu'il continue à répéter même quand on lui démontre qu'ils ne sont pas authentiques.

En vérité, c'est un singulier pays que le nôtre ! Ici, quand on porte une accusation contre un homme public, non seulement on ne se croit pas obligé de la prouver, non seulement on ne se croit pas tenu d'établir sa culpabilité, mais encore c'est l'homme public qui doit démontrer son innocence.

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