LES EXIGENCES FISCALES
D'ailleurs, nous avions les exigences du fisc, la nécessité de trouver chaque année de $300,000 à $350,000, pour faire face à une situation impérieuse, -pour rencontrer des obligations pressantes et que nous ne pouvions écarter. Nous avons pu commettre des fautes dans le passé ; nous en avons certainement commises, nous ne sommes que des hommes, mais il est un reproche que nos pires adversaires n'ont jamais osé nous adresser : le reproche d'extravagance. Nous avons administré les affaires de la province avec la plus rigide économie ; nous l'avons gardée des folles aventures et des folles équipées. Or, comment prélever, chaque année, les $300,000 ou $350,- 000 absolument indispensables à l'administration des affaires publiques. Le gouvernement et la députation étaient en présence de deux systèmes : la taxe directe ou l'affermage du domaine public. Nous n'avons pas voulu taxer le peuple et conserver la forêt pour un avenir plus ou moins éloigné et attendre une hausse éventuelle et toujours problématique, car les plus beaux calculs seraient gâtés si l'on trouvait un substitut aux pâtes à bois pour la fabrication du papier ou si nos forêts devenaient la proie des flammes, comme elles l'ont été trop souvent dans le passé.
A nos adversaires les conservateurs, je pourrais bien ajouter que cette politique ils en ont été les partisans, les protagonistes, qu'ils ont affermé la plus grande partie de notre domaine public à un prix bien inférieur à celui que nous en avons nous-mêmes retiré. La démonstration en a été faite à maintes reprises, mais nulle part
d'une façon aussi complète que par le premier ministre à Château, guay.
Mais, il y a quelque chose de plus. Notre politique serait une mauvaise politique, si elle ne pouvait être défendue que par des arguments " ad hominem ". Notre politique ne serait qu'une politique d'expédients et d'opportunisme, si elle ne pouvait être défendue que par des considérations budgétaires. Le problème de l'affermage du domaine public est difficile et complexe ; il ne peut être tranché d'un trait de plume et en deux phrases. Mais je crois sincèrement que la solution que nous lui avons donnée dans le passé était la seule pratique et en tout cas la seule progressive.
l'initiative individuelle
Dans notre pays, nous comptons sur l'initiative individuelle pour la mise en valeur de nos forêts. Voilà une proposition indiscutable. 11 ne faut donc pas décourager les demandes du commerce.
Il est des pays où l'on pousse le socialisme d'état jusqu'à ses plus extrêmes limites, où l'on réclame non seulement la nationalisation des grands services publics, comme des voies de transport, mais encore la nationalisation des carrières et des mines. Si ces pays possédaient nos belles forêts, on en réclamerait sans doute l'exploitation par l'état. Mais cette doctrine n'a pas cours dans notre province ; nous ne sommes pas des collectivistes, mais des individualistes, et les résultats de notre seul chemin de fer d'état, l'Intercolonial, ne sont pas de nature à nous faire changer d'opinion. Si nous comptons sur l'initiative individuelle pour l'exploitation de nos forêts, il ne faut donc pas la décourager, ni détourner son activité vers d'autres fins ou vers d'autres cieux.
Mais on objecte que la forêt prend de plus en plus de valeur. La hausse éventuelle de nos forêts fait partie, je le sais, du credo politique de beaucoup de personnes de bonne foi dans cette province. Mais il ne faut pas oublier qu'il en est de l'industrie forestière comme de toutes les autres : elle est sujette aux aléas et aux risques de la production économique. Il peut y avoir plus-value, mais il peut y avoir aussi moins-value. Si la hausse qui s'est produite dans ces dernières. années se maintient, il sera facile pour le gouvernement, en 1910, d'augmenter proportionnellement les droits de coupe. Si, d'un autre côté, il y a moins-value, nous sommes encore du bon côté et, considérés à ce point de vue, qui est un point de vue d'affaire, tous les risques sont du côté de l'acheteur.
D'ailleurs, une fois vendue, la concession forestière est frappée d'un impôt foncier de $3.00 par mille. Nous en touchons un revenu annuel de $240,000, ce qui à 3 p. c. représente l'intérêt de $8,000,000.
AVANTAGE DE L' AFFERMAGE
Mais le plus grand avantage, à mon sens, de l'affermage du domaine public, c'est la protection contre la coupe illégale et contre le feu.
La grande enquête de la Commission de Colonisation a mis au jour des statistiques qui font frémir. Dans une seule région, dans le comté de Pontiac, nous avons perdu par le feu plus de pin qu'il n'en faudrait pour éteindre toute la dette publique de la Province de Québec. N' avons-nous pas intérêt à mettre la plus grande partie de notre territoire boisé sous licence, du moins la partie accessible, afin que le licencié, très directement intéressé puisque souvent toute sa fortune y est investie, nous aide à le protéger contre ce terrible élément. N'avons-nous pas intérêt à rechercher sa collaboration, surtout maintenant qu'en vertu des nouveaux arrangements, le licencié paye tous les frais de protection et que le gouvernement n'a conservé que la surveillance et le contrôle ?
Cette politique se réclame d'un dernier argument que je me contenterai d'indiquer : la nécessité de mettre en valeur nos grands pouvoirs hydrauliques. Voyez ce qui a été fait à Grand' Mère, à Shawinigan, ce qui s'accomplit actuellement à la Tuque. Des villes ont spontanément jaillies de terre sous la poussée de cette politique progressive.
Voilà quelques arguments sur lesquels je vous demande de réfléchir. Je vous les apporte simplement, sans phrases et sans développement oratoire et je m'estimerai heureux si je contribue à dissiper quelques-uns des préjugés que l'on a réussi à infiltrer adroitement dans l'esprit de nos concitoyens.