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LA VENTE DUPUIS

Pendant que nous sommes sur ce chapitre, je ne puis passer sous silence deux ventes qui ont été vivement critiquéés dans ces derniers temps.

"Le 30 juin 1904, dit M. Bourassa, M. Turgeon vendait une limite à M. Dupuis, qui était alors député de Châteauguay." Le 30 juin 1904 ! C'est un léger détail, mais je n'étais même pas ministre des Terres. Dans leur rage, mes adversaires ne prennent même pas les

plus élémentaires précautions pour se garer du ridicule. Mais je faisais partie du gouvernement du temps et je ne repousse pas ma part de responsabilité. Cette vente à M. Dupuis a été faite régulièrement et, suivant la loi, aux enchères publiques. M. Parent, même s'il l'eut voulu, n'eut pas pu refuser les enchères de M. Dupuis. Qui dit enchère publique, dit concurrence ouverte à tous. Y a-t-il des catégories de citoyens qui doivent être ostracisées ? D'ailleurs, M. Dupuis n'aurait eu qu'à se servir d'un nom d'emprunt. C'est ainsi que se comportent, dans bien des cas, les représentants des grandes maisons qui ne veulent pas aiguillonner la concurrence. Cette histoire Dupuis est ridicule du commencement jusqu'à la fin et elle paraîtrait même incroyable, si M. Bourassa, chaussant les bottes de M. Leblanc, n'avait inventé ce fantasmagorique scandale des limites Breakey.

LA VENTE BREAKY

Voici l'accusation telle qu'elle a été formulée dans son organe " La Patrie " et qui, depuis quatre semaines, n'a pas été démentie ou rectifiée par M. Bourassa :

" Au mois de juin 1905, avait lieu à Québec une autre vente " de " limites ", à laquelle se rendirent deux citoyens de Shawini- " nigan, qui voulaient en acheter.

" En arrivant à Québec, ils se rendirent chez M. Turgeon, " qui ils offrirent $250 à $350 pour une certaine quantité de " limi- " tes " en question. M. Turgeon les reçut très bien et leur dit " d'attendre.

" L'encan eut lieu le lendemain. Pour commencer M. Turgeon " plaça la première mise à $400. Nos deux hommes ne purent se " rendre si haut que cela et personne ne voulut faire de mise.

" A onze heures et demie la séance s'ajourna. M. Turgeon " partit alors avec M. Breakey, un gros spéculateur, pour aller " dîner au Club de la Garnison, et à son retour il annonça qu'il " avait décidé de tout vendre " en bloc " et il plaça la première mise " à $100. M. Breakey offrit $105 et il obtint à cette condition " toutes les " limites " en question. Nos deux citoyens, qui offraient " de $250 à $350 pour l'étendue qu'ils voulaient acheter se virent " ainsi jouer le tour par M. Breakey.

" Celui-ci paya par billets et 8 mois après il revendait ces " limites" à la Burgers Sulphide Company, de Berlin Falls, avec un " profit de $695,000. Eh bien ! je dis que cette politique-là, qu'elle u soit peinturée en bleu, en rouge ou en jaune, est une politique de ? vol et de dilapidation."

Cette accusation est fausse, mensongère, du premier mot jusqu'au dernier. Heureusement, que nous avons conservé, au département des Terres, le procès-verbal des ventes, et les deux lettres qui suivent, préparées par M. Paul Blouin, surintendant de la branche des Bois et Forêts, et portant la signature de M. E. E. Taché, sous-ministre du département des Terres, font justice de cette accusation :

" Québec, 28 août 1907.

" L'honorable Adélard Turgeon,

" Ministre des Terres et Forêts, Québec.

" Monsieur le Ministre,

" Répondant à votre demande verbale, j'ai l'honneur de vous " donner les renseignements suivants :

" Les limites Rivière Manouan 1, 2, 3 nord, et 1, 2, et 3 sud, " et Haut St-Maurice 9, 10, 11, 12, 14, 17, 21, 22, 23, 24, 25, 27, " 32, 33 et 34, adjugées à M. John Breakey, à l'enchère de juin " 1905, avaient déjà été offertes à l'enchère, le 3 juin 1902, le 16 " juin 1903, et le 22 juin 1904, sans trouver d'acheteur.

" A l'encan du 3 juin 1902, la limite Rivière Manouan 1 Nord " fut offerte à une mise à prix de $60 par mille, et les limites " Rivière Manouan 2 et 3 Sud furent offertes à une mise à prix de " $55 par mille, et les limites Haut St-Maurice 9, 10, 11 et 12, à " une mise à prix de $100 par mille ; mais aucun enchérisseur ne " se présenta.

" A la séance du matin de l'encan du 22 juin 1905, les mêmes " limites furent offertes à une mise à prix de $125 par mille, et il " ne se présenta pas d'enchérisseur ; à la séance de l'après-midi, " elles furent de nouveau offertes à une mise à prix de $100 par " mille, et adjugées à M. Breakey, pour $105 par mille.

J'ai l'honneur d'être, monsieur.

Votre obéissant serviteur,

" E.-E. Taché,

" Sous-ministre ".

" Québec, 30 août 1907.

f L'honorable Rodolphe Roy,

" Secrétaire de la Province, Québec.

" Monsieur,

" A votre lettre du 28 août, j'ai l'honneur de répondre :

" 1. Les limites suivantes, sur le St-Maurice, furent offertes en " vente, à l'encan du 22 juin 1905 : Manouan 1, 2 et 3 Nord, 1, 2, " 3, 8 et 9 Sud ; Haut St-Maurice, numéros 9 à 34 inclusivement.

" 2. Ces limites ont été offertes en blocs séparés.

" 3. Ces limites avaient été annoncées en vente, suivant la loi, " avant la date fixée pour la mise aux enchères, savoir dès le 13 " mai 1905.

" 4. Elles avaient été antérieurement visitées par les officiers " du département, pour en déterminer la valeur.

" A la séance du matin du 22 juin 1905, il n'y eut aucun " enchérisseur pour aucun des dits blocs, dont les suivants furent " offerts aux enchères à une mise à prix de $125 par mille : " Manouan 1, 2 et 3 Nord et 1, 2, 3, 8 et 9 Sud, et haut St-Maurice " numéros 9 à 12 ; et il n'y eut que cette seule mise à prix.

" 6. La séance de l'après-midi, pour continuer la dite vente, " commença vers deux heures, et il y avait bon nombre de personnes " présentes à cette séance de l'après-midi.

" 7. Ces limites avaient été offertes à l'enchère antérieurement, " savoir le 3 juin 1902, le 16 juin 1903, et le 22 juin 1904, après " avis donné suivant la loi, à dater du 19 avril 1902, du 9 mai " 1903, et du 21 mai 1904, respectivement.

" J'ai l'honneur d'être,

" Monsieur,

" Votre obéissant serviteur,

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