PAR M. LAFLAMME
Q.—Etant tombé d'accord sur le prix de 30 cts l‘âcre, à quel taux avez-vous fixé le montant à être versé ailleurs qu’au Trésor de la province ?
R.—$Si ma mémoire est fidèle, c'était environ soixante mille dollars ($60,000).
Q.—En bloc ?
R.—En bloc.
PAR LA COUR : Q.—Pourquoi ?
R.—Pour ce qu'on appelait la GK
PAR M. LAFLAMME : Q.— Qu'est-ce que cela veut dire ?
R—Cela veut dire la Caisse électorale.
RPC ER NE NI RU le ere LE
Q.—Quelle objection se soulevait sur ce point de soixante mule dollars ($60,000) ? Qu'est-ce qui vous séparait ?
R.—M. DeJardin ne voulait pas payer cela.
Q.—Pourquoi ?
- R.—Parce que c'était trop élevé.
Q.—Combien était-il disposé à donner ? is
Ri—Il aurait donné quarante mille dollars ($40,000).
Q.—M. De Jardin et M. Turgeon ont-ils discuté devant vous la question des quarante ou soixante mille piastres ?
R.—Non, monsieur,
Q—:Xvez-vous servi d'intenmédiaire entre les deux ?
R.—Oui, monsieur.
Q.—Qu'est-ce que vous avez transmis à l’un et à l’autre, relativement à cette question des quarante ou <soixante mille piastres, en votre qualité d'intermédiaire, alors que M. De Jardin était ici ?
R—J'ai offert quarante mille dollars ($40,000).
Q.—A qui ?
R.—A M. Turgeon.
Q.—De la part de qui ?
—R.—Du syndicat.
Q.—Pourquoi ?
R.—Pour les exigences que vous savez.
Q.—M. Turgeon a-t-il discuté la quotité de l'offre que vous lui faisiez ?
R.—Oui, monsieur, 11 a dit que ce n'était pas suffisant.
Q.-—A-t-il fixé le montant qu’il voulait ?
R.—Oui, monsieur,
Q.—Quel montant a-t-il fixé ?
R.—Soixante mille dollars,
Q.—Vous êtes retourné avec ce message de M. Turgeon, trouver M. De Jardin au Frontenac ?
R.—Oui, monsieur,
Q.—Vous avez fait part de cette conversation à M. De Jardin ?
R.—Oui, monsieur.
Q.—M. De Jardin vous a-t-il chargé d'un deuxième message ?
R.—Oui, monsieur,
Q.—A quel effet ?
R.—D'insister. J'ai essayé à obtenir davantage de M. De Jardin, mais il a été inébranlab!e.
Il a dit que c'étaient les vrdres du syndicat et qu'il ne s'en départirait pas,
Q.—Avez-vous communiqué cela à M. Turgeon ?
R.—QOui, monsieur.
R.—Dans son cabinet, au parlement.
Q.—Aivez-vous fait le deuxième message, le même jour que le premier ?
R.—Le même matin.
Les parties ne purent s'entendre et l’arrangement n'eut pas lieu. C’est à la suite de cette tentative malheureuse, que le baron de l’'Epine, probablement à la suggestion de M. Turgeon, écrivait à M. De Jardin qui, sur les entrefaites, s'était rendu à Winripeg, de revenir à Québec et d'offrir $50,000.00 ‘cash’ pour faire tomber la barrière.
‘ Offrez-moi, disait-il, 850,000.60 A PAYER CASH et toutes les questions D’ETALIUS SE NALENT et de détail SE REGLERONT à votre satisfaction.
Venez vers le 12 novembre, ajoutait-il, car au 15, le principal intéressé devra s’absenter.”
M. De Jardin revint à Québec.
Le 16 novembre il était à Montréal.
M. Gouin rencontre M. De Jardin
Le 20, nous l’y retrouvons, en conciliabule avec M. Gouin, le premierministre, à l'hôtel de la Place Viger, et le soir de ce jour il écrivait au baron de l’Epine la très intéressante lettre que voici :
‘“ Place Viger, Hôtel,
Montréal, 20 novembre 1906.
Cher baron,
ŒEn deux mots, voici le résumé de ma conversation avec le Premier.
Les négociations restent ouvertes puisqu'il y a des deux côtés un désir manifeste d'aboutir.
Aussitôt le retour de M. Turgeon il s’efforcera de trouver avec ce dernier (!) la formule (!!1 qui tout en couvrant le gouvernement ne nous expose pas, nous, à êtré un jour dépossédés de notre concession.
Vous devez done lui envoyer SANS RETARD ou lui remettre
(à Monsieur Gouin) UNE COPIE de la lettre destinée à l’hon. M.
flTurgeon. Vous m'en enverrez aussi une copie à Anvers.
‘“ 11 a été convenu que nous éliménerions les mots ‘“ de notre choix ‘’ dans le paragraphe commençant par.... “ Nous nous augageons à créer, etc.” Eliminezles déjà dans votre lettre.
“ J'ai fait remarquer à Monsieur ie Premier que l’hon. M. Turgeon était d'accord de fixer comme limite pour la période d'établissement : En dedans de 10 ans à partir du parachèvement de la ligne transcontinentale.” Egalement que nous pourions ajouter à notre fameuse phrase ‘* Nous nous engageons du reste à stipuler dans tous actes de vente de terrains agricoles, que nos acheteurs devront se conformer aux conditions Re sig as prévues par la oi.”
‘“ J'ai fait valoir que l’arpentage et délimitation de nos terrains sont évalués à un coût d'environ $25,000, minimum.
“ Il a été convenu que vous nous enverrez aussitôt que possible le libellé proposé, et si nous pouvons J’accepter, l'affaire sera terminée.
‘“ J'ai cru comprendre qu'il serait heureux d'aboutir avec nous, surtout après l'affaire Pr.
“ Vous avez oublié de me douner la lettre du syndicat. Inclus une copie de mon brouillon fait au galop.
“ Veuillez m'envoyer à Anvers une copie de leur lettre et de votre réponse.
Bien à vous (Signé) FERNAND DEJARDIN."
P. S. —Veuisez prier M. Dubord de remettre frs 2,000 au syndicat, à Anvers et laissez $S. V. P. lire cette lettre par M. Obalski.”
J'attire votre attention la plus sérieuse sur cette lettre, l'une des plus importantes de la correspondance sur l'affaire de l’Abittibi.
Elie proclame qu'à la date du 20 novembre dernier, les négociations entre le syndicat et le gouvernement
étaient encore ouvertes et qu’en l’abence de M. Turgeon en tournée de chasse et de pêche, ou simplement en promenade, c'était M. Gouin lui-mêne qui les conduisait au nom de 6on coilègue, pour le gouvernement, avec M.
DeJardin, au nom du syndicat,
Lune énumère toutes les conventions auxquelles ces deux hommes ge sont arrêtées, es modifications indispensables à apporter au projet d'arranzement pour en assurer l'adoption définitive,
La fameuse formule
Il ne manque plus qu'une chose, une &ule chose, pour bâcl:r l'affaire, et M.
DeJardin, qui est un homme d'aff2ires et nullement un polititque, nous la fait connaître, quand bien ingén:uvment il écrit au baron de l’Epine :
“ Aussitôt le retour de M. Tur- &eon, il (M. Gouin) s'efforcera de trouver avec ce dernier la FOR- MULE qui tout en COUVRANT le gouvernement ne nous expose pas, ncus, à être un jour DEPOS- SEDES de notre concession.”
C'est là en deux mots toute l’histoire des transactions au sujet de la concession de l’Abittibi.
Le gouvernement était prêt à tout faire, à condition de n'être pas découvert.
Le syndicat, de son côté, consentait à se laisser plumer aans une certaine mesure, pourvu que l'opération me Jui coûtât pas la vie.
11 fallait procéder suivant l’art.
I] fallait trouver la formule.
MM. Goui:: et Turgeon la cherchent encore.
Et si vous me demandez pourquoi, les efforts combinés de ces deux ministres ne leur ont jamais permis de faire jeiliir de leurs cerveaux inquiets !a formule sacrée, si vous voulez savoir pourquoi ces Argonautes dernier modèle, n'ont pu, jusqu’à ce jour, conquérir la toison d'or, je vous dirai :
Adressez-yvous à M. Prévost.T/homme au panache vous renseignera.Il pourra vous dire que] est le taureau furieux qui défend la toison contre Jason, et quel est le ministre indiscret qui brouille ou qui cache la classique for-
mule cherchée par le chevalier du roi Léopold.
Il ne faut pas oublier en effet, Messieurs, qu'en novembre dernier, M.Pré- Vost commençait à récolter les fruits amers de sa sauvage tournée en Bel- 8ique. A un moment donné, préci:6ment dans le mois de novembre, ea sortie du cabinet fut affaire décidée, el M. T'urgeon ne cacha pas à tout je monde le plaisir qu'il éprouvait de pouvoir se débarrasser d’un collègue encombrant.
Seulement, M. Prévost ne voulut pas partir. “ Je ne me lafsserai pas égorger comme un mouton, disait-il, et si je tombe j'en entraînerai d'autres dans ma chute.”
Il n'est pas tombé, mais l'affaire de l’Avruvi a mal marché ’’ comme l'écrivait M. Turgeon à M. de l’Epine, ie 31 décembre dernier (Lettre No. 11).
M. Prévost ne tombera pas seul, c'est sûr, et fier de l'empire qu'il exerce sur es deux coliègues, ou de la crainte qu’il leur inspire, le ministre de la colonisation défie MM. Gouin et Turgeon de toucher à son panache,
M. Turgeon ne l'osera plus jamais, Surtout après le désastre qui a suivi 64 malheureuse tentative devant ‘es assises criminelles.
On connaît la piteuse histoire.
Le proces Asselin
M. Turgeon rencontra un jour M.
Prévost, au lendemain de Ja publication de l’article du “ Nationaliste ” pour lequel M. Asselin a été poursuivi. Le miniitre des Terres dit alors à Son collègue que vouloir ignorer les accusations directes que contenait cet article signifiait pour M. Prévost sa rentrée forcée dans la vie privée. M.
Prévost comprit la menace et intenta contre M. Asselin un procès pour libelle.
Lorsque s’ouvrit le terme des assises criminelles on constata qu'il y avait devant le tribunal trois causes pour libelle, instituées toutes trois Dar des particuliers. Le juge refusa de soumettre au grand jury les deux Causes de Huard contre Barthe et de Huard contre Landrieux, hormis que la Couronne ne consentit à se subatituer à la poursuite privée.
La Couronne refusa,
Mais quand la cause absolument semblable de Prévost contre Asselin fut appelée et quand la Cour eut déclaré, comme dans les deux autres causes, qu'elle ne la soumettrait pas au grand jury, hormis d'une intervention directe de la Couronne, celleci intervint et déclara qu'elle se substituait à M. Prévost dans la poursuite contre M. Asselin,
M. Gouin était alors parti pour l'Europe et c'était M. Turgeon luimême qui exerçait les fonctions de (Procureur-Général. Jamais elles ne furent confiées à des mains plus inhabiles. J'accuse ici M. Turgeon d'avoir imposé le fardeau, les humiliations, les frais exorbitants de cette cause scandaleuse sur les épaules de notre province et de s'être servi d'une autorité sacrée pour poursuivre et persécuter un journaliste de talents dout la seule faute fut de ne pas courber le front devant la tyrannie des potentats aux petits pieds qui nous gouvernent.
J'accuse la couronne d'avoir fait de ce procès, un procès politique et d'avoir tenté d'étouffer la justice elle-
même, par le choix d'un jury trié sur le volet, par la sélection d'un avocat
epécialement dans les rangs politiciens et par la criminelle tentative faite par Monsieur Turgeon lui-même, d'influencer induement le jury en lu‘ lisant une déclaration jillégaie et en c-sayant à enlever. à l'accusé le plus brillant de ses défenseurs.
M. Turgeon voulait du même coup tuer l'accusé et déshonorer son avocat.
Mais encore une fois l'iniquité s’est mentie à elle-même.
M. Asselin ne fut pas trouvé coupable et aujourd'hui dans les grandes assemblées populaires, M. Turgeon, s'il n'avait pas peur d'y assister, pourrait entendre, dominant ia clameur des foules et soulevant l’enthousiasme général, les dénonciations éclatantes de celui qu'il tenta vainement d’écraser, au pied du tribunal, dans l'enceinte du prétoire.
di y a, Dieu merci, une justice rétributive qui sait atteindre, à son heure, ceux qui méritent et la flagellation de la tribune et la reprobation des urnes.
pris des
M. Turgeon goûtera à l'une et à l'autre.
La mesure, d'ailleurs, est pleine.
Le témoignage de M. Turgeon
Dans ce procès de la couronne contre Asselin, M. Turgeon a offert et donné son témoignage.
Il est temps d'en parler et de l'apprécier.
Répondant à M. Laflamme qui lui demandait quel était ce syndicat étranger pour le compte duquel, au dire de M. Turgeon, M. Obalski aurait fait un voyage dans le nord ?
JE NE LE CONNAIS PAS, dit votre député.
Saint-Pierre avait donné une réponse ab-olument semblable quand il renia son maître.
Seulement Saint-Pierre n'avait pas été assermenté,
M. Laflamme revint à la charge :
Q.—De quel vous parler ?
R—On m'a dit qu'un syndicat composé de capitalistes de Belgique, d'Anvers, désirait faire l’acquisition de terrains dans la région de l'Abittibi. JE NE CON- NAIS PAS LES MEMBRES DB CE SYNDICAT, REBL OU FIC- TIF, Les noms des membres n'ont jamais été fournis.
syndicat vouliez-
M. Turgeon, votre député, prend Dieu à témoin, de la manière la plus solennelle qu'il ne connaît pas le syndicat belge, réel ou fictif, qu’on signale à son attention.
M. Turgeon a-t-il dit la vérité sous serment ?
C'est ce que nous allons voir.
Je n'ai pas l’intentiton de détruire l'étrange asSertion de M. Turgeon, par le témoignage du baron de l'Epine, ou par les lettres de M. De Jardin et de M. Goethals. J'ai un témoignage plus irrécusable que ceuxlà.
C'est M. Turgeon lui-même qui va démentir M. Turgeon.
Quelques contradictions Dès le 30 octobre 1905, il écrivait au baron de }'Epine au sujet de la ‘“Laferrière Lumber Co.” lui disant
qu'il pensait pouvoir acquérir les limites, le moulin et les machineriss de celle compagnie au prix de $323,000.
Je vais vous lire la prose du grand homme. (Lettre No.) :
“Comme M. Laferrière vient de mourir et que M. Forget ne peut guère s'occuper de cette indu-trie nous pourrions acheter 12 tout pour $3225,000, Monsieur Forget accapterait probiblement comme partie du prix $273,04h) en actions et quant à moi cette affaire me parait tellement avantageuse que je suis prêt à mettre avec mes amis 2344), De plus, la Banque de (Québec (dont M.
Breakey est je président) est prête à faire une avance de $200.,000 au taux de 5 p. c. sur la propriété à tout acheteur sérieux qui aurait vraiment l'intention de l'exploiter,
“Veuillez donc me laisser s1voir aussitôt que possible si vous croyez pouvoir soumettre cette affaire à vos amis d'Anvers
(Signé),
“ ADELARD TURGEON.''
Ces amis d'Anvers n'étaient done pas fictifs alors, puisque M. Turgeon voulait jes intéresser à une transaction de $325,000 à laquelle il étaii lui-méme pécuniairement intéressé.
Le 2S novembre 195, M. Turgeon recevait du baron de l’'Epine une lettre que celui-ci adressait au syndicat belge, mais qu'il ne voulait pas ex- Pédier avant d'avoir eu les vues du ministre sur son contenu.
La lettre en question adressée, (Lettre No. 20) :
était ainsi
“ Syndicat d'études d'affaires au ‘'anada.
Québec, ce 28 nov.
M. Jacobs et De Jardin, 11, Place Leopold, Anver:."”
Le nom du syndicat et les noms de deux de ses directeurs étaient donnés. Encore un démenti.
Le 15 décembre 1905, M. Turgeon, Sous sa signa’ire, déclarait (lettre No. 24) au baron de l'Epine :
“ J'ai pris communication de vo-
tre lettre du 2S novembre dernier au sujet d'une concession de 200,000 âcres de terrain."
Or, la lettre en que:tion contenait ce qui suit :
“ COMME VOUS LE SAVEZ, un groupe de financiers que je représente a pris en sérieuse considération le projet d'acquérir une concession importante de terre dans le nord-ouest de Ja province de Québec,
Me rappelant les RALATIONS QUE VOUS AVEZ RUES EN BELGIQUE AVEC LES FI- NANCIERS dont ji] s'agit, relations qui ont pu vous édifier sur le sérieux de leur caractère... je me crois autorisé à, etc.”
Le 21 décembre 1903, M, Turgeon donne au baron de l'Epine un blanc seing autorisant le transfert de l'ont'on à la société belge.
Le 20 juin 1906, M. Turgeon écrit :
“ J'attends avec impatience des nouveiles DU SYNDICAT."
Le 23 janvier 1906, M. Turgeon écrit au baron :
“ J'ai pris connaissance de votre ï2ttre du 11 courant.”
Or, que dit cette lettre du 11 janvier ?
“Je me suis rendu, dit le baron, à Anvers ; le comité de direction du syndicat se réunissait à l'occasion de mon retour. J'avais pre:senti mon ami GOE- THALS, le matin.”
Encore un nom fourni à M.
&eon, le troisième,
Le quatrième, on le trouve mentionné en toutes lettres dans une Communication du baron à M. Tur- 8eon lui-même, en date du 19 mars 1906. (Lettre No. G5).
Tur-
“Le baron Van EstVelde, Ministre d'Etat, un de nos financiers les plus écoutés et faisant autorité, vient, écrit le baron de l'Épine, de prendre une participation dans le syudicat et EST ENTRE DANS LE COMITE DE
DIRECTION. Il s'intéresse vivement à votre beau pays.” (1).
Déclaration à la chambre
Voulez-vous quelque chose de plus officiel ? Ecoutez la déclaration faite par M. Turgeon à la chambre des députés après avoir été, au préalable, soumise à l'approbation du conseil des ministres,
‘’ Le 4 mars 1907, mon ami, M. Leblanc, posait au gouvernement les trois questions suivantes :
do.—iLe gouvernement at-il reçu dans le courant de 1906 de la part du baron de l'Epine une demande d'achat de terrains dans le territoire de l’Aiblittibi pour y établir des colonies belges ?—Réponse.—Oui,.
20.—1De quelle étendue de terre a“til été question ?—1Itéponse.—LDe 200 à 600,000 âcres,
30.—Queile réponse at-il été donmée ?—Réponse.—Le SYNDICAT BELGIE, représenté par M. de l'Xpine, a refusé d'accepter les conditions du gouvernement.”
Et le ministre qui donnait ces ré-
ponses à la chambre et qui reconnaissait ainsi l'existence réelle du syndicat belge, c'était votre député, M. Ajdélard Turgeon, le même homme qui deux mois après, pour dérouter ses adversaires et sauver sa peau, prenait Dieu à tämoin qu'il ne conpâissait pas le syndicat, dont pour lui Texistence était aussi fictive que réelle.
Il faut avoir du front pour s’aventurer sur un pareil terrain. Votre député en a, mais pas assez, cependant, pour accepter la discussion et faire face à des adversaires, pas assez pour revendiquer son honneur et pour poursuivre au criminel et traduire aux assises ceux qui ne craignent pas de lui jeter à la figure l’injurieuse accueation de s'être parjuré.
S'il osait poursuivre un journal au criminel il sait que, pour se défendre, 1a feuille :ncriminée n'aurait qu’à produire le ‘émoignage de M. Turgeon parlant sous serment contre le témoignage du même M. Turgeon, parlant encore sous serment.
Quand M. Turgeon, par exemple, prend Dieu à témoin qu'il ne connaît pas le syndicat belge, il est facile de
(1) Voir pièce A de l’appendice.
confondre le ministre en citant cette outre partie de son témoignage également donué sous serment où M. Turgcon affirme que c'est lui-même qui avait entamé des négociations avec les belges, au sujet de l'Abittibi, à Liège, €n juillet mil neuf cent cinq lors de son passage dans cette ville.
Nous avons, de la bouche même de M. Turgeon, ce foudroyant aveu (2).
Qu'il ose après cela traduire au criminel ceux qui ne craignent pas de dire qu'il est un parjure.
Quand, parlant de la fameuse lettre ‘de Charneuse que lui adr:ssait le baron de l’Epine, M. Turgeon s'écrie :
‘“ Jamais je n'ai eu cette lettre.
Cette lettre est évidemment une lettre fabriquée après coup, pour chercher à m'atteindre.”
Pour confondre à nouveau le ministre, comme il le fut d'ailleurs si comp'ètement, lors du procès Asselin, il n'y a qu’à lui mettre sous les yeux sa lettre du 12 février, adressée par lui, au baron de l’Epine, et dans laquelle il dit à son cher ami :
‘ J'ai reçu vendredi dernier, la 9, votre lettre officielle et ce mA1tin (12 février,) celle de Charneuse.”’
Et puisqu'il l'avait reçue que ne l’1t-il produite en cour, ne fut-ce que pour confondre à jamais le baron ce l'Epine qui, lui, ne craignaîit pas de verser au dossier le brouillon même de la compromettante missive.
Tant que M. Turgeon ne retrouvera ras la lettre qu’il reconnaît avoir reçue de Charneuse, mais qu'il prétend avoir détruite ou perdue, tant qu'il n'offrira pas les témoignages de MM.
DeJardin et Goethalls, pour contredire celui du baron de l’Epine, jamais, en face des îndiscrétions de sa propre correspondance et de l'incroyable imprudence dont il a fait preuve dans cette pénibie affaire de l’Abittibi, jamais il ne pourra demander à l'opinion publique, à l'opinion éclairée, de revenir sur le jugement qu'elle a déjà prononcé et qui est une flétrissure mérité “our ceux qui nous gouvernent au,. “d’hui dans la province de Québec (3). ;
(2) Voir pièce B de l'appendice.
(3) Voir pièces C, D et E de l’app.
. we 1:
LM ER OU eff, AUS OL AR ON Ds Mi
Née de la trahison, élevée dans l'iniquité, l'administration actuelle est fetaiement vouée à la mort précoce des jouisseurs et des décrépits,
Elle y marche à grands pas.
Dans la salle des délibérations du conseil exécutif une main mystérieuse a déjà tracé sur les muraiiles le Man:
Thècel Pharès du gouvernement.
Dehors, l'électorat se soulève.
De rontiac à Gaspé, la clameur po- Pulaire gronde, Le courant ge forme, 8e fait torrent. Vienne l'heure des
tn
un
élections, que ce soit dans quelques jours, dans quelques semaines ou dans quelques mois, le peuple se lèvern dans sa Colère et, sans pitié, il chassera du temple les vendeurs qui en souillent le parvis sacré, Le comté de Bellechasse fera alors noblement son devoir et dans un geste superbe, dont tout le monde admirera la beauté, il écrasera sous le vot: d'un électorat {ndigné celui qui a si indignement trahi sa confiance et qui ne mérite plus eon estime,
Le Régime Libéral a
manqué à toutes ses
promesses.