‹ Politique provinciale des différentes administrations depuis 1867Chapitre 6 sur 19 · P. LANDRY · texte numérisé non relu

P. LANDRY

Laissez-moi vous dire, électeure du comté de Badllechasse, qu'avec vous tous, sans distinction de partis politiques, je regrette la décision prise par votre député de fuir la loyale discus- Sion que je lui offrais Vous aimez les grandes et belles luttes de la tribune et vous étiez sous l'impression que votre député n'en craignait aucune. Pourquoi faut-il que dans l'espace d'à peine trois semaines vous ayiez à rougir deux fois de celui qui représente votre comté, et que vous Soyez les témoins attristés de £a péuible reculade.

Vous me rendrez'toutois cette jusiice,de croire que ce n’est nullement de ma faute si je n’ai pu réussir à obtenir dé M. T'urgeon qu’il fut présent dans la présente occurrence et qu'il eût au moins le courage de rencontrer face À face, en présence de ses propres électeurs, ctlui qu'il n’a pas craint d'injarier lors de l’assemblée à St-Michal.

Je ne viens pas ici pour me défenäre contre les imputations de votre député ni dans le but de protester contre ses noires calomnies. Les tribunaux du pays règleront cette question.

Je viens ici, comme le dit ma lettre à M. Turgeon, porter la parole contre lui, discuter devant vous les accusations dont il est l’objet, démolir, ouvrage facile, le triste échafaudage d'une défense malheureuse, et établir, d'une manière évidente, que votre député actuel n'a plus droit à l'honneur de représenter votre beau comté.

Je viens mettre eous vos yeux la triste affaire de l’Abittibi et signaler à votre sérieuse attention le rôle peu enviable joué par M. Turgeon, comme membre du gouvernement et comme témoin de la Couronne,

La naissance du syndicat belge

Dans le cours de l’année 1905 quelques financiers Belges se réunirént un jour et constituèrent entre eux un

syndicat qu'ils appelèrent le “ Syndicat d'études d'affaires au Canada.”

Le capital souscrit fut de 100,000 francs, divisé en 40 actions de 2,500 francs ou, en monnaie du pays, en 40 actions de $500.00 chaque.

Quatre directeurs furent nommés, À savoir : MM. DeBarny, président, Fernand DeJardin, Ed. Jacobs et le chevalier Goethals. Plus tard, dans ‘e mois de mars 1906, un nouveau dir°cteur fut adjoint au Bureau de direc-tion dans la personne de M. le Baron Van Est Velde.

Tous ces Messieurs étaient d'Anvers, ville de la Relgique.

Le Syndicat Belge comptait au nombre de ses actionnaires, le Baron de l’Epine et M. C. E. Dubord. conseiller législatif à Québec, et l’ami intime de M. Turgeon, mais ni l’un ni l’autre le ces deux messieurs ne faisait partie du bureau de direction.

En Belgique, M. Dubord était considéré comme représentant, ce qu'où 1prelait, le sroupe canadien du syndicat, et on soupconnait que derrière ;on nom, donné pour le public, se cachaient rérllement les personnalités de MM. Turgeon et Obalski, ingénieur du Cépartement des mines.

Quoiqu'il en soit, directeur ou simp'e actionnaire, M. Dubord ne fut jamais mis au courant de ce qui se passait entre le Baron de l’Epine, qui reprégntait le syndicat belge et M. Tu”geon, qui agissait au nom du gouvernement.

M. le Baron de l’Epine fut l’intermédiaire choisi par le syndicat belge, et accepté par le gouvernement, pour faciliter et mener à bonne fin la conduite des négociations entre les parties co:itractantes.

Le baron de l’Epine fut en tout temps le mandataire et le représentant autorisé du eyndicat belge, comme M. Turgeon lui-même était le représentant réel et indéniable du gouvernement provincial, et, à ee titre, ces deux hommes engageaient respectivement au même degré la responsabili:é des corps pour lesquels et au nom desrue]s ils agissaient.,

Demande d'octroi de terres

.Te 2S novembre 1995, le baron de l'Epine écrivait à M. Turgeon la lettre suivante :

‘Québec, ce 28 novembre 1905.

Monsieur le Ministre,

Veuillez me permettre de vous el resprctueusement ce qui suit :

Comme vous le savez, un groupe de financiers QUE JE REPRE- SENTE a pris en sérieuse considération le projet d'acquérir une concession importante de terres dans le nord-ouest de la province de Québec, dars le but de mettre en valeur la dite contrée

Dans cet ordre d'idée, me rapnelant les relations QUE VOUS AVEZ EUES en Relgique AVEC LES FINANCIERS DONT IL S'AGIT, relations qui ont pu vous édifier sur le sérieux de leur caractère ; étant donné les missions de confiance dont j'ai été honoré de la rart de votre gouvernement, Je me crois autorisé À formuler la proposition suivante : de me concéder une option de six mois aux conditions que vous jugerez devoir exiger pour la concession en pleine propriété (fond, euverficie, pouvoir d’eau, etc., etc.) de 200,090 âcres de terre, pouvant éventuellement être portée à 500,000, à choisir par préférence et avant tout autre concessionnaire,entre la ligne frontière des provinces de Québec et d'Ontario, et le 7'e de longitude ouest, placés À cheval sur le Grand-Tronc-Pacifique, en construction ou à proximité de ce chemin de fer... .

(Signé) BARON DE L'EPINE.”

Octroi accordé

En réponse à cette demande faite par le baron de l’Epine, au nom du syndicat belge, M. Turgeon, au nom du Bouvernement de la province, écrivait lu lettre suivante :

Québec, 15 décembre 1905.

M. le baron de l'Epine, Québec,

Mon cher M. de l'Epine,

“* J'ai pris communication de votre lettre du 2S novembre de::nier, au sujet d'une concession de 200,000 acres de terrain dans ‘* le nord-ouest d? la province de ‘“ Québec.

‘" Votre proposition est agréée en principe, et une option de six ‘“mois vous est accordée pour faire ‘“* faire l'examen au territoire.

“* Le prix de vente est fixé à 70 cents l’acre, payable en 5 verse- ‘“ ments annuels de $2S,000 cha- ‘ cun.

‘" Il est de plus convenu :

" No. 1—Que les frais d'exploration,d'arpentage, seront à votre charge et que ces derniers devront être exécutés d'après les ‘ instructions de mon départe- ‘“ ment.

"* No. 2—Vous aurez un droit de ‘ préférence pour l'achat à un prix “ égal de toutes les chutes (water- ‘ power) d'un développement in- “ fériur à 1,500 chevaux-vapeur.

‘“ Les chutes d'un développement ‘“ supérieur ne peuvent être ven- “* dues qu'aux enchères publiques.

‘“ Le terrain nécessaire à l’ex- ‘“ ploitation de ces chutes est ex- ‘ ‘pressément réservé.

‘ No. 3—Le bois de commerce acquittera les droits de coupe ‘* fixés par -les règlements ;

‘* No. 4—\ous devrez mettre en ‘“ culture un dixième du terrain re- ‘ ‘conuu cultivable et y établir au moins trente colons en 1907, et T5 colons chacune des années ‘* subséquentes. Les lots ainsi at- “ tribués ne devront pas avoir “ moins de cent acres. Toutefois, “ faute de colons et momentané- “ ment, le concessionnaire sera considéré comme ayant rempli ses obligations en cultivant, cu en faisant cultiver la quantité ‘“ de terrain susmentionnée.

‘“ Les lettres patentes seront ‘" émises dès que le prix de vente ‘‘ aura été payé et que les condi-

tions d'établissement auront été ‘* remplies.

Nonobstant cette émission, 'e “ bois de commerce continuera À “ acquitter l°s droits de coupe,

‘" Cette option vous est accordée personnellement et vous 1e “ pourrez la céder qu'avec l'assen- ‘“ timent du ministre des Terr?s et l'orêts.

‘* Agréez, mon cher M. de l'Upine, l'expression de mes sentiments les meilleurs.

(Nigné) A. TURGEONX,"

Conditions d’ctablissement

D'après ïes etipulations contenues daus la lettre du ministre, le syndicat be ge, après avoir cnoisi son terrain, Payait pour les 200,000 acres qu'il prenait une somme de K140,000, en cinq versements de %K2S,000 chaque année et s'engageait à établir sur ces terres 30 colons dans l'espace de cinq années, et à faire défricher. dans le même laps de temps, soit par les colons eux-mêmes ou de toute autre manière, une étendue totale de 20,000 acres, soit 4,000 acres par année, ce qui représente pour 30 colons au bout de ciuq années, un défrichement annuel de douze arpents et un huitième,

Cette condition d'établissement n'tait pas exorbitante et il est puéril de croire et encore plus enfantin d'affrmer qu'elle fut la raison véritable de l'insuccès des négociations entamées entre le gouvernement et le syndicat.

Non jamais elle ne fut la raison de la rupture de ces négociations ; elle en fut simplement le prétexte, le prétexte qu'il fallait nécessairement avoir toujours à sa disposition pour le jeter, en temps cpportun, à l'avide curiosité Gu public, et pour cacher ainsi, sous l'apparence de l'intérêt général et du devoir le plus patriotique, les exigences inassouvies, la rapacité toujours grandissante de ces pillards de notre domaine national, de ces détrousseurs de réputation, que seule la trahison la plus noire a pu faire arriver au pouvoir et que des accusations de pécuiat vont précipiter du faîte de leur “méprisabie grandeur. Chevaliers du couteau transformés du soir au matin

er chevaliers de la Galette, et en compagnons du pétrin, nous ‘es trouvons dans cette administration inaignifiante qui pèse sur nous tous, et qui va passer à l'histoire comme l'incarnntion la mieux réussie de la pares:” croupissante et de l'ignorance prétentieuse,

A l'instar des animaux malades de la peste, dont parle le fabuliste français,

““ Ils ne mouralient pas tous, mais tous étaient frappés.

‘“ On n'en voyait pas d'occupés."

Mais, continuons l'historique de l'affaire de l'Abittibi, Nous sommes sûrs d'y retrouver les chevaliers de la galette.

Ordre en conseil

Laissez-moi) vous dire, Messieurs, que les conditions imposées par M.

Turgeon nu syndicat belge étaient parfaitement connues de tous les autres ministres du gouvernement de a + Gouin.

C'est M.

moins.

Il dit, sous serment :

Turgeon qui le jure du

‘“ Monsieur Prévost était au co:1rant Ge la demande de ces mes- “* sieurs par la lettre de décembre “190. Les termes de la lettre ce ‘* décembre 195 ont été rédigés en ‘“ séance même du (‘onsei!,"”

Je tiens beaucoup à vous faire costater ce fait important--affirmé sous serment par M. Turgeon lui-même--à savoir que c'est pendant une séance du cabinet et à la table du conseil exicutif qu'a été rédigée la fameuse leitre donnant au syndicat belge le droit de choisir à son goût les d°ux cent mille âcres de terre qu'il voulait avoir près du jac Abittibi, à cheval sur le tracé du tirand-l'ronc-lacifique,

Ce droit d'option était donné au b:ron de l’Epine personnellement, coinme l’atteste la clause suivante qui çe lit dans la lettre adiessée par M. Turgeon à son cher baron, le 15 décembre 1905 :

‘* Cette option, # était-il dit, ‘ vous est accordée personne'ie- ‘“ ment et vous ne pourrez la céder ‘“ qu'avec l’assentiment du minis- ‘“ tre des terres et forêts.’'

Non pas tant pour se conformer à cet ordre en cousell—car cette option ne fut rin moins qu'un ordre en conseil—que pour hâter l'éclosion de ses propres p'ans, conçus depuis au-delà d'un an, comme je saurai vous le prouver, M. ‘Turgeon s'empressa d'écrire la lettr2 suivante au baron de |'fipine :

“Québec, Départ, des ‘“ l'orêts,

Terres et

(‘abinet du Ministre ‘ Québec, janvier 1906, M. le baron de L'Epine, tJuébec Mon cher M, de l'Epine, "* Vous êtes autorisé à transféier “ l'option que je vous ai donné par m’ lettre du 15 décembre sur 21 ,000 âcres de terre, à ja * Nocié ‘ + ..représentée ° par.

" Agréez, mon cher M. de 1 ;.pine, l'expression de ma haute considération.

(Signé) ADELARH)

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