‹ Politique provinciale des différentes administrations depuis 1867Chapitre 7 sur 19 · TURGEON · texte numérisé non relu

TURGEON

À sa face cette lettre paraît avoir

Ci£ écrite dans le mois de janvier li, et néanmoins ce fut le 21 décembre 1105 que le consul b:lge, à Québec, certifiait sous sa signature l'authenticité de la propre signature de M, Turgeon.

Le ministre des Terres n'a jamais expliqué cette étrange anomalie ; il l'a jamais dissipé les soupçons qu'elle a fait naître.

Le baron part avec une mission

Muni de cette autorisation ministérielle dont les blancs pouvaient être tluplis à l'entière discrétion de J'atent du syndicat belge, le baron de l'Epine partit pour l'Europe.

Pouryuoi aller en Europe au lieu de rester à Québec, afin d'y surveiller, auprès des ministres et de M. Turgeon en particulier, les intérêts du syndicat belge dont il était l'agent et le mandataire ?

La correspondance du baron de l’Epine avec M. DeJardin et le chevalier de Goethals, deux des quatre directeurs du syndicat, nous donne Ja clef de situation.

Le baron entretenait avec le syndicat d'un côté et M. Turgeon de l'autre, une double correspondance et une correspondance en partie double, Il y avait une correspondance officielle, ouverte, que la chambre d'assemblée pouvuit demander et scruter, sans que rien de louche put jaillir de son contenu, au sujet des relations d'affaires entre les deux parties contractantes.fl y avait aussi, à part cela, une correspondance privée, æecrète, cachée aux re- &ards des profanes, mais dans laquelle, pour leur mutuei avantage, les parties contractantes jetaient lies bases et discutalent les détails d'un arrangemern sccret qui permit au gouvernement de prélever sur la vente des terres de l'Abittibi :a mouture destinée à l'aliwmentatior d'un fonds électoral.

A Québec, c'était connu, le gouvernement vendait ses terres au syndicat belge à raison de 70 cts de l’âcre, mais

les Balges, eux, c'était convenu, payaient ces mêmes terres $1.00 l'âcre.

La différence entre ces deux prix, c'est-à-dire 30 cts de l’âcre, devait être versée dans un fonds électoral. Or, 200,000 âcres de terre, donnant ainsi en mouture 30cts de l'âcre, c'était du coup un pot de vin de $60,000 que le gouvernement pouvait prélever sur une seule transaction.

L'opération était hardie et pour en assurer le succès il fallait procéder avec tt la diplomatie possible.

Le baron partit donc pour la Bagique,

Il avait une mission.

Cela dessort de la correspor lance du Faron.

La demande officielle du baron à M.

Turgeon pour une concession de deux cent à cinq cent mille âcres de terre, à cheval sur le Grand-Tronc-Pacifique, est contenue dans une lettre qui porte la date du 28 novembre 1905.

Un mois avant cette date et cette dlemande, le 27 octobre 1905, le baron de l'Epine écrivait à M. DeJardin, le membre le plus influent du syndicat belge, la lettre suivante qui est toute une révélation (Lettre No. 4). (1).

(1) Chaque lettre numérotéa fait partie, à l'endroit indiqué par le numéro d'ordre, de la gérie de lettres publiées par la “ Patrie.”

Québec, ce 27 oct. 1906.

M. F. DeJardin, Anvers,

Le ministre (M. Turgeon), pré-

venu de mon arrivée (de l'Exposltion de Liège) m'a donné audience ce matin, Inutile de vous dire que toute sa sympathie nous est acquise tant en souvenir de l'entrevue que vous avez eue avec lui à Liège que dans son désir d'amener dans #a province des capitaux des industries et de la colonisation belges. Tout d'abord il m'a informé qu'il ‘ avait réservé apécia- ‘“ lement à l'intention de notre “ syndicat l'affaire que voici dans ses grandes lignes : la concession de cinq à six cent mille âcres de terrain d'une valeur égale aux meil'eures terres de l'ouest, placées à cheval sur le Grand-Tronc-Pacifique.” Le prix eerait approximativement de $1.00 de l'âcre ; toutefois ce prix ne pourrait être fixé défnitivement qu'au moment de la prise d'option, parce que chaque jour il peut surgir des demandes de concessions qui forcent le ministre à modifier les prétentions de son administration...

Le droit d'option coûterait “ cash ” un dixième de la valeur d'achat...Le droit d'option comprend (est d’une durée de) six mois, renouvelable si les circonstances l'exigent....

Contre le paiement cash du droit d'option il serait remis un titre par le ministre dont la valeur 6erait de tout repos (c'est-à-dire qui assurerait la possesion indiscutable du terrain).

Si en principe cette affaire vous convient, veuillez m'envoyer au reçu de la présente, le câble sulvant : “ Baron de l’Epine, Québec—Marchez ‘”.,.,...

Pour l'optic:: :| n’y a pas un moment à perdre, vur connue des Américains, elle serait immédiatement enlevée.

Un groupe canadien prendra deux parts dans le syndicat, soit $1,000. Je suis “ autorisé ” à vous dire que le “ ministre survetllera et sauvegardera vos intérêts : 11

st

regarde cette affaire comme étant de ler ordre, mais de longue haleine,

Votre dévoué serviteur

BARON DE L'EPINE." Le groupe canadien

Deux jours plus tard, c'est-à-dire à la date du 2Y octobre, le baron de l'Epine écrivait au même M. LeJardiu, une autre :ettre (Lettre No. 5) de :aquelle j'extrais la phrase suivante :

“ Les 5,000 francs des deux parts canadiennes dans le syndicat “ont prêts à être versés contre remise d'une copie de l'acte syndical.” :

Le 7 novembre 1905, vingt-et-un jcurs avant de faire sa demande d'option, le baron de l'Epine écrivait à son ami le chevalier de Goethals, autre membre du syndicat, une lougue lettre (Lettre No. S) dans laquelle il disait :

“ Cette affaire de colonisation (de l'Abittibi) aurait non seulement l'appui du département des terres et forêts, (de M. Turgeon), mais aussi celui de la colonisation dont le ministre, M. Prévost, no1s est tout dévoué. Ces deux ministres auront d'autant plus de facilité à nous aider que cette polititique serait très populaire {ci.C’ost même pour préparer les voies que j'ai été interviewé par le “ Soleil,” organe du gouvernement et j'avais soumis à M. Turgeon ma réponse au reporter de ce journal, dont je vous ai envoyé un exemplaire,”

Puis le baron entre dans tous les détails de l'entreprise qu’il trouve superbe, alléchante au possible. Après avoir énuméré tout ce qu’il y aurait à faire au point de vue de la coloni- £ation, il ajoute :

“ A côté de cela, il y aurait Je développement des pouvoirs d'eau, l’exploitation de bois et éventuellement la mise en valeur des mines qui pourraient se trouver sur le domaine. Cette vasta opération Con, ‘ite avec l'appui des ministres, doit nécessairement donner

des résultats certains sur une période qu'il n'est pas possible de fixer maintenant...

“ Une telle soctété (le syndicat) ayant dès lors le pied dans le pavs, jouissant d'une influence officiel!e, pourruit greffer là-dessus toute sorte d'opération...

‘* J'ose espérer que cette affaire de colonisation offerte par le ministre séduira ces messieurs (qu syndicat) comme elle | mérite, ."

Réunion du syndicat.--Le baron et le ministre marchent

Le 9 novembre, il y eñt À Anvers une réunion des directeurs du syndicat belge. On y diseuta la proposition de M. sn, car ce fut M. Turgeon lui-me : qui avait proposé l'affaire de l'A’ «tibi par l'intermédiaire du baron de l'Epine, et, deux fours plus tard, le 11, le syndicat télégraphiait à son agent à Québec : Marchez.

Et le baron marcha, 11 alla trouver M. Turgeon, mais laissons-lui raconter lui-même ce qui arriva.

Dans une lettre en date 4: ‘ novembre (Lettre No. 10) a üu syndicat, voici ce que dit le :,

“ Québec, ce 11 novembre ::K53.

M. l. DeJardin, Anvers,

‘“ Comme suite à mon courrier No. 1, vous m'avez câblé ce matin:

Marchez. J'ai l'honneur de vous en accuser réception. Je me guls rendu aussitôt au cabinet du misistre (Turgeon). Il a de guite pris la décision de partir pour Montréal, lundi, 13, et avec moi, afin d'y rencontrer des agents des terres, ainsi que M. Gendron, auxquels il a fait adresser des lettres de convocation pour le mardi, 14 novembre à 10 heures du matin.

‘A Ja suite de cette réunion rà la procédure à suivre sera arrêtée je vous écrirai....

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