‹ Politique provinciale; les differentes administrations depuis 1867Chapitre 12 sur 13 · LES REPRESENTANTS DU PEU- PLE SE VENDENT · texte numérisé non relu

LES REPRESENTANTS DU PEU- PLE SE VENDENT

Or, cela a été dit, non pas une fo's, non pas deux fois, mais dix fois, par un journal responsable, pendant la session, et, chose encore plus regrettable, le premier ministre, le procureurgénéral, n'a pas même osé demander à l'accusateur de prouver son accusation. L'accusation était formelle. J'ai attiré l'attention de M. Gouin sur cette accusation. Je lui ai dit que personne ne soupçonnait un seul député conservateur et que d'ailleurs, c'était an leader de la Chambre à renvendlquer

l'honneur de la Chambre. M. Gouin m'a répondu : on ne s'occupe pas des journaux. Pourquoi s'en est-il donc occupé au point de faire expulser de la Chambre, sans même lui donner !1 occasion de s'expliquer:, un autre journaliste représentant un journal qui avait quauné de folie ou de crime un vote donné par la majorité de la Chambre. Des gens qui se laissent traiter de vendus ont-ils bien le droit de se fâcher quand on ILes qualifie de fous !

Le député de Laval dénonce aussi Ses abus d'autorité des ministres qui tendent directement à la destruction du gouvernement responsable. Le gouvernement doit obéir à l'ordre de la Chambre et cependant, le gouvernement actuel se moque aies volontés de ceJile-ci.

La Chambre ordonne-t-elle la production de documents publics que le gouvernement, lui, ne donne que ce qu'il veut. Pendant la dernière session, nous avons demandé dix fois ia production des documents ordonnés par la Chambre, et la plupart du temps nous n'avions pour toute réponse que des excuses comme cellesci : " nous allons y voir,c'est trop long, (prenez patience, etc." Impossible de discuter avec intelligence sans ces documents et c'est précisément ce que les ministres veulent empêcher. Ils ne souffrent pas la discussion franche, et loyale. Les critique-t-on qu'ils répondent à peine, se renfrognent dans leur mauvaise humeur et nous répondent par le vote.

FROSTITUTION DE LA JTJlSlTIOE

S il est une chose qui devrait être au-dessus de tout soupçon, c'est bien l'administration de la justice. Le gouvernement la prostitue avec un cynisme dégoûtant. L'affaire Gaynor et Green, dans laquelle on a vu les poa-

voirs .publics pactiser avec des voleurs qui s'étaient enfuis de leur pays, est un exemple. Mais la procès Prévost- Asselin est une preuve encore plus fraîche et plus irréfutable. Ici, l'on a vu un ministre, le procureur-général lui-même intervenir directement poiir écraser un particulier, et se vanter de vouloir influencer le jury par une déclaration qu'il n'avait pas le droit de faire, puis accuser l'avocat de ce particulier d'un crime infamant qu'il n'a pas même eu le courage d'essayer de prouver, tout cela pour sauver un collègue dont la culpabilité pouvait entraîner la chute du gouvernement. Ce ministre, c'est M. Turgeon, votre député. Mal lui en a pris cependant. La preuve faite au cours de ce procès porte contre M. Turgeon une accusation de tentative de boodlage au détriment de la province et au profit de la caisse électorale libérale. M. Turgeon a nié et nie encore naturellement.

Mais le témoignage du Baron de l'Epine reste appuyé sur une série de documents dont l'authenticité a été admise» par Mi Taschereau, l'avocat même de M. Prévost. Quel est celui qui s'est parjuré ? M. Turgeon avait un moyen facile de confondre son accusateur. Lui qui était à ce moment là procureur-général, ill n'avait qu'à demander la nomination d'une commission pour aller examiner les témoins de Belgique. Il ne la pas fait.

Pourquoi ? Il reconnaît la gravité de l'accusation et cependant, ill ne fait rien pour lia détruire. A-t-iil eu peur que le témoignage des membres du syndicat belge vint prouver que le iparjure n'est pas Je baron de l'Epine, mais M. Turgeon lui-même.

M. Leuuanc termine par un chaleureux appel aux électeurs de suivre attentivement la discussion des affaires publiques et de donner leur vote consciencieusement, n'ayant en vue que le meillleur intérêt de la province.

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