‹ Politique provinciale; les differentes administrations depuis 1867Chapitre 2 sur 13 · DISCOURS DE L'HON. P. LANDRY · texte numérisé non relu

DISCOURS DE L'HON. P. LANDRY

Messieurs les électeurs,

Le 18 août dernier, votre député, l'hon. M. Turgeon adressait la paroiie à urne grande assemblée tenue à St- Michel, sous les auspices, disaient les Affiches, de© dlubs libéraux de Québec.

Tout le ban et il'arrière du ban du parti libéral dans notre district y fut invité, d'une manière très pressante, et des bateaux furent nollsés pour descendre de Québec toute urne armée d'entiepreneurs et d'employés publics. La coherte sacrée des frères du biberon, cadres remplis, entourait, frémissante, la personne du dieu, et sa clameur inintelligente dominait à tout moment la voix claironnante de la fanfare du Sault, ou les notes plus aiguës que la noirs colère et l'implacable haine Ju grand " Compromis " jetaient à profusion et sans danger immédiat contre ?e parti conservateur, son organe et ses défenseur».

Sans danger, ai-je dit

Et en effet, on avait oublié de nous inviter.

Ou plutôt, délibéremment, mais aussi avec cette polissonnerie et cette poltronnerie, dont ne savent se débarrasser les vrais coupables, M. Turgeon opposa un refus péremptoire à notre prière d'aller rompre une lance avec lui.

" J'ai, dit-il, dans sa lettre du 16 août, adressée au président de l'Union Conservatrice, j'ai convoqué cette assemblée de mon comté pour traiter tout spécialement des accusations dont je suis l'objet depuis quelque temps."

Eih ! bien, il l'a eue son assemblée d St-Miiohei, comme il l'a voulue, sans l'intrusion de personne, sans l'intervention de qui que ce soit, toute à lui, dans une paroisse libérale, entièrement libérale, entourée elle-même par les paroisses encore plus libéraile» de Beaumont, de St-Valier, et de &t-Ra-

phaëH ; il l'a eue sa démonstration organisée par les clubs libéraux de Québec ; il a retrouvé sur la plage de St- Aj.ichel ce qu'il avait envoyé de la vieille capitale, 'et les banderolles insultantes pour ses adversaires, par les inscriptions qu'elles portaient et jusqu'à ces bouquets si savamment composés des fleurs aimées, que l'intérêt a\ait arrachées aux plates-bandes des fol'les admirations. Il a retrouvé également, payant de leur personne et noyant sous leur flot le nombre assez restreint de ses propres électeurs, il a retrouvé les citadins de Québec, ceux d* St-Roch et de St-Sauveur, mais ce qu'il n'a pas retrouvé et cependant, c'est qu'il cherchait davantage et ce qu'il clamait à grands cris, il n'a retrouvé ni la confiance des siens, ni l'estime de ses adversaires.

Au lieu de laver sa propre réputation il a cherché à salir celle des autres, au lieu de traiter tout spécialement des accusations dont il avait été et dont il est toujours l'objet, il a ouvert les écluses de sa haine, et c'est le torrent de son amour propre froissé, de son orgueil atteint, de ses colères accumulées, qui a bondi, entrains nt dans sa course furibonde toutes les rancoeurs d'une âme aigrie, étroite et hélas trop petite

" Pour les vertus du citoyen."

Protégé par son garde corps, caché derrière les gros bataillons de partisans intéressés, entouré des repus du passé, des jouisseurs du présent et des affamés de d'avenir, l'homme à la galette a donné à St-Michel, et à toute la province le spectacle d'un rhéteur aux abois, refusant une rencontre loyale, se dérobant à l'honneur pour lui et à l'avantage pour le public d'une lutte à armes égales et demandant à la dague d'un assassin politique, l'humiliation d'un triomphe éphémère.

Et ce ne fut même pas un triomphe.

Car à St-Michel, M. Turgeon est resté dans la boue où il patauge depuis des mois et des mois, depuis le moment où, ministre imprudent, il força l'un de ses collègues à demander à la cour criminelle de ce pays la revendication hélas ! non obtenue de son honneur outragé, depuis l'instant surtout ou,

témoin téméraire, il accumula sur sa

tête les soupçons \<es plue étranges, et prêta, de son plein gré, le flanc aux accusations les plus graves.

Ces accusations n'ont pas été refutées et eues s'appesantissent davantage sur la tête du ministre incapable d'y répondre.

M. Turgeon a cru trouver une planche de salut, en changeant les rôles et en se portant lui-même accusateur.

C'est un truc bien usé et qui, dans *a présente occurrence, n'a aucune râleur.

Vous êtes un parjure ! lui crie, toutes les semaines, le " Nationaliste." Et pour répondre à cette accusatlou, M. Turgeon, après trois mois de réflexions, d'étude et de travail, convoque une grande assemblée à St-Michel pour dire que M. Asseldn est un malade (un neurasthénique), que le juge Bossé n'a point fait son devoir, que son cher ami, le baron de l'Epine «t le témoin Lemon sont des coquins, et que le sénateur .Landry est un misérable.

Supposons, un instant, pour les besoins de la discussion, que tout cela soit vrai, s'en suit-il que M. Turgeon ait dit la -vérité sous serment, quand i» a été interrogé dans la cause du Bol vs Asselin, et qu'on doive le croire de préférence aux autres témoins qui ont été également entendus sous la foi du serment.

Poser la question n'est-ce pas la résoudre et l'absurdité d'une semblable prétention aussi bien que la désespérante faiblesse de la défense de M.

Turgeon ne saute-t-eîle pas aux yeux <?>. tout homme intelligent ?

M. Turgeon a été invité

C'est pour en avoir le coeur net «t dans le but de fixer d'une manière définitive, l'opinion publique à ce sujet, que j'ai cru de mon devoir, répondant d'ailleurs à l'invitation qui m'en était faite, de convoquer l'assemblée d'aujourd'hui.

Et sans ietard, dès le suirHendemain de l'assemblée de St-Michel, j'éorrrals.

à la date du 20 août dernier, la lettre suivante à votre dépuité :

A l'honorable M. Turgeon,

Commissaire des Terres, Québec.

Monsieur le Ministre,

Vous avez bien voulu publier dans le " Soleil " de samedi dernier, une réponse à la lettre de M.

Fiset, qui, au nom de l'Union Conservatrice de Québec, vous demandait la faveur d'une invitation à votre assemblée de S't-Miehel.

Votre réponse fut un refus, basé sur le fait que la demande de M.

Fiset vous arrivait quatre jours trop tard.

Mais vous ajoutiez :

" Au reste, je ne refuse point " votre offre, je l'ajourne simple- " ment. Nous aurons, dans la " prochaine période de lutte élec- " torale, l'occasion de nous reneon- " trer et je vous assure que je se- " rai heureux de faire alors la dis- " cussiom avec l'Union Conserva- " triée ou ses représentants."

Vous avez eu votre assemblée à iSt-Michel, telle que vous la vouliez, toute à vous, et vous en avez profité pour m'injurier sans péril immédiat.

Mais n'allez pas croire que vous m'aviez cloué sur place.

Non.

Et cette occasion d'une rencontre prochaine, dont parle votre lettre, je veux de suite vous la fournir en vous informant qu'à la demande expresse d'électeurs influents de votre comté, j'irai, avec des amis, porter la parole contre vous à une assemblée qui sera tenue le dimanche, huitième jour de septembre prochain, à Saint-Gervais, dams le centre de votre division électorale, à deux heures de l'après-midi.

Très cordialement, em loyafl adversaire, je vous y invite, vous et ceux qui veulent épouser votre cause.

Comptant sur la faveur d'une réponse, je vous prie de me croire,

Monsieur le Ministre,

Votre très humble serviteur, P. LANDRY, Québec, 20 août 1907.

Refus du ministre

J'attendis la réponse. Elle prit huit jours à m arriver. Le retard s'explique facilement. J'avais commis l'imipandonnable maladresse d'adresser ma missive au bureau de l'honoraJble ministre, à Québec. Or, paraît-il, c'est précisément l'endroit où M. Turgeon se tient le moins, et quand, par un pur hasard, il y trouva mon invitation, il y avait au-delà d'un mois qu'il n'avait mis les pieds dans son département.

Donc, le 28 août, je reçus la réponse que voici :

Québec, 28 août 1007.

Hon. Sénateur Landry,

Québec.

Monsieur le sénateur,

De retour à la ville, je m'empresse de répondre à votre invitation d'aller vous rencontrer dans une assemblée publique à St-*Gervais, dimanche, le 8 septembre prochain. Vous l'avouerai-je, je n'en vois pas du tout la nécessité.

La période électorale n'est pas commencée ; ce parlement a à peine deux ans et demi d'existence, et d'ici à la dissolution des chambres bien des lunes passeront.

Vous paraissez croire que j'ai voulu vous être désagréable à StiMichel. C'est une erreur. J'ai tout au plus remis certaines choises au point et tracé quelques portraits. Auriez-vous, d'ailleurs, le droit de vous en plaindre ? Lequel de nous a le plus injurié depuis six mois ? Je suis allé à oi> iMicihel fournir des explications que l'opinion publique attendait, et des renseignements précis me permettent de croire qu'elle est satisfaite, En tout cas, mes électeurs le sont. Si, cependant, vous avez quelque doute sur ce dernier point, j'ai une proposition à vous soumettre. Vous êtes sénateur, je suis ministre. Nous allons démissionner tous les deux et tâter le pouls de l'électorat de Bel léchasse. C'est peut-être vous demander un sacrifice égal au mien, mais je me suis laissé dire ique, pour l'intérêt publie, vous

étiez capable d'un dévouement héroïque.

Agréez, monsieur le sénateur, etc.. .,

ADELARD TURGElON."

La proposition qui termine cette singulière missive me faisait un devoir d'y répondre.

Quelques vérités

Je le fis, Je même jour, dans les termes suivants :

u L'Hon. M. Adélard Turgeon,

COmimissares des Terres.

Monsieur le Ministre,

Je vous sais gré de l'empressement que vous avez mis à répondre à mon invitation et des remerciements flatteurs que votre politesse si affinée veut bien m'alares ser.

J'ai simplement fait ce que la Iloyauté me commandait comme oin devoir. Vous ne semblez pas l'avoir compris. Est-ee que par hasard la " beauté de mon geste" vous "a passé par dessus la tête"? J'avais pourtant eu la "eranerie " — pardon de vous plagier, il y a des précédents — de m'attaquer à celui qui m'avait lâeheiment injurié lors de l'assemblée à StnMichel et qui, embusqué derrière ses gros bataillons et renfermé dans sa redoute fortifiée, avait cru bon de lancer sur le parti conservateur tout entier, ses objurgations, ses invectives, ses noires calomnies.

Je vous ai demandé de venir vous battre dans la plaine, à armes égales.

Vous me répondez que vous n'en voyez pas du tout la nécessité.

Je vous crois.

Vous préferez le couteau du boucher à la loyale épée du soldat.

Affaire de goût et de tempérament, sans doute.

Vos goûts, je ne les discuterai (pas, et il ne m'appartient pas d'essayer à refaire votre tempérament. Je constate seulement que vous n'êtes pins le fanfaron qui se cachait, sur la place du

.marché Saint-IPierre, derrière le (bouclier de M. Laurier, et qui, à iSt-Michel, enroulait autour de son bras le manteau de M.

iGouin.

Evidemment, vous avez besoin de protecteurs et ce n'est pas vous qui consentiriez, même pour sauvegarder votre honneur, à vous mesurer, dans un combat singulier, avec un adversaire qui vous connaît. C'est du moins rimpression que me cause votre triple refus à ma lettre du 23 [juillet, à la demande de l'Union Conservatrice de Québec, et à mon invitation du 20 de ce mois.

Vous vous dérobez.

Le prétexte que vous invoquez est futile.

La période électorale n'est pas commencée, dites-^vous, et d'ici à la dissolution des chambres bien des lunes, passeront.

C'est possible, mais qu'en savez-vous ;

A1. iriez -vous la prétention d'entraver, en cette matière, la liberté du représentant du roi, qui peut, toujours, vous devriez le savoir, remercier ses ministres iquand bon lui semble, et même se priver — ô douleur ! — de vos connaissances légales et constitutionnelles.

Et sulpposons qu'il en passe et qu'il en passe à satiété, de ces lunes: avec lesquelles vous semblez compter, ne croyez-vous pas qu'il vaille la peine, même en dehors ide la période électorale, de revendiquer l'honneur de votre nom et de dissiper les soupçons qui entachent votre réputation.

Les lunes passent mais si la tache reste l'honneur trépasse.

Et puis que vaut, après tout, votre argument, quand MM.

Gouin et Prévost tiennent des assemblées à Chateauguay, à Ste- Agathe, à Ste-Marguerite et à d'autres endroits ? Et votre assemblée à vous, à St-Michel, n'at-telle pas été tenue malgré que la période électorale ne fut pas encore commencée et en dépit de toutes5 ces lunes dont vous parle ?

Voua êtes allé à St-Miehel, dites-vous, pour fournir des explications que l'opinion attendait.

-Que ne les avezjvous données alors ? Vous n'avez rien dit de nouveau et le public attend tou jours.

Vous terminez votre lettre par une bravade qui n'est pas de la ibravoure et vous me proposez de rendre vacante ma place de sénateur pour me présenter contre voua.

Votre proposition est une farce indigne d'un homme sérieux.

Pourquoi démisslonnerai-je ? Pour me faire remplacer par un libéral et qui sait, peut-être par vousmême ?

Tout ie monde saitque vous troqueriez volontiers votre place de ministre contre une place de sénateur. Et j'irais de gaîté de coeur faire votre petit jeu !

Voyons, vous n'êtes pas sérieux, et il n'y a que votre suffisance (monumentale capable d'expliquer votre naïve proposition.

Vous êtes trop près, d'ailleurs id 'en trer forcément dans la vie privée pour offrir une place que vous ne pouvez plus tenir en échange d'une position que, depuis des mois, vous travaillez à obtenir.

Et en disant que ma démission serait un acte de dévouement héroïque, vous admettez voua-tmêtme l'énorme disproportion qu'il y aurait entre mon acte et le vôtre.

Vous m'en croyez capable dans l'intérêt public, je vous remercie de cette flatteuse appréciation.

Il est malheureux que je ne (puisse en dire autant de vous.

Et qui donc pourrait exiger votre démission ?

An point de vue de son intérêt, le parti conservateur fera tout son possible pour que M. Gouin vous conserve dans son cabinet.

Vous êtes assez compromis pour que l'on puisse esipérer qu'une administration qui vous garde soit irrâmô(ïiiaibltement -imarqmâe»

du sceau fatal de la réprobation populaire.

A part cela, le peuple méprise les poltrons.

lOroyezHmoi^ Monsieur le Ministre,

Votre humbile serviteur,

Page 1