P. LANDRY
Laissez-moi vous dire, électeurs du comté de Bell léchasse, qu'avec vous tous, sans distinction de partis politiques, je regrette la décision prise par votre député de fuir la loyale discussion que je lui offrais. Vous aimez les grandes et beWes luttes de la tribune et vous étiez sous l'impression que votre député n'en craignait aucune. Pourquoi faut-il que dans l'espace d'à peine trois semaines vous ayiez à rougir deux fois de celui qui" représente' votre comté, et que vous soyez les témoins attristés de sa pénible reculade.
Vo'us me rendrez toutefois cette juet ice,ide croire que ce n'est nullement de ma faute si je n'ai pu réussir à obtenir de M. Turgeon qu'il fut présent dans la présente occurrence et qu'il eût au moins le courage de rencontrer face à face, en présence de ses propres électeurs, celui qu'il n'a pas craint d'injurier lors de rassemblée à St-Michel.
Je ne viens pas ici pour me défendre contre les imputations de votre député ni dans le but de protester contre ses noires calomnies. Les tribunaux du pays régleront cette question.
Je viens ici, comme le dit ma lettre à M. Turgeon, porter la parole contre Un, discuter devant vous les accusations dont il est l'objet, démolir, ouvrage facile, le triste échafaudage d'une défense mailheureuse, et établir, d'une manière évidente, que votre député actuel n'a plus droit à l'honneur de représenter votre beau comté.
Je viens mettre sous vos yeux la triste affaire de l'Abittibi et signaler à votre sérieuse attention le rôle peu enviable joué par M. Turgeon, comme membre du gouvernement et comrne témoin de la Couronne.
La naissance du syndicat belge
Dans le ooiurs de l'année 1905 quelques financiers Belges se réunirent un jour et constituèrent entre eux un
syndicat qu'ils appelèrent le " Syndicat d'études d'affaires au Canada.*'
Le capital souscrit fut de 100,000 francs, divisé en 40 actions de 2,500 francs ou, en monnaie du pays, en 40 actions de $500.00 chaque.
Quatre directeurs furent nommés, â savoir : MM. DeBarny, président, Fernand Dejardin, Ed. Jacob» et le chevalier Goethals. Plus tard, dans le mois de mars 1906, un nouveau directeur fut adjoint au Bureau de direction dans la personne de M. le Baron Van Est Velde.
Tous ces Messieurs étaient d'Anvers, ville de la Belgique.
Le Syndicat Belge comptait au nombre de ses actionnaires, le Baron de l'Epine et M. O. E. Dubord. conseiller législatif à Québec, et l'ami intime de M. Turgeon, mais ni .l'un ni l'autre de ces deux messieurs ne faisait partie du bureau de direction.
En Belgique, M. Dubord était considéré comme représentant, ce qu'on appelait, le groupe canadien du syndicat, et on soupçonnait que derrière son nom, donné pour le public, se cachaient réellement les personnalités de MM. Turgeon et Obalski, ingénieur du département des mines.
Quoiqu'il en soit, directeur ou simple actionnaire, M. Dubord ne fut jamais mis au courant de ce qui se passait entre le Baron de l'Epine, qui représentait le syndicat belge et M. Turgeon, qui agissait au nom du gouvernement.
M. le Baron de l'Epine fut l'intermédiaire choisi par le syndicat belge, et accepté par le gouvernement, pour faciliter et mener à bonne fin la conduite des négociations entre les parties contractantes.
Le baron de l'Epine fut en tout temps le mandataire et le représentant autorisé du syndicat belge, comme M. Turgeon lui-même était le représentant réel et indéniable du gouvernement provincial, et, à ce titre, ces deux hommes engageaient respectivement au même degré la responsabilité des corps pour lesquels et au nom des- 'uels ils agissaient.
Demande d'octroi de terres
Le 28 novembre 1905, le baron de l'Epine écrivait à M. Turgeon la lettre suivante :
" Québec, ce 28 novembre 1905.
Monsieur le Ministre,
Veuillez me permettre de vous exposer respectueusement ce qui suit :
Comme vous le savez, un groupe de financiers QUE: JE REPRE- SENTE a pris en sérieuse considération le projet d'acquérir une concession importante de terres dans le nord-ouest de la province de ■Québec, dans le but de mettre en vafleur la dite contrée
Dans cet ordre d'idée, me rappelant les relations QUE VOUS AVEZ EUES en Belgique AVEC LIEiS FINANCIERES DONT IL iS'AGIT, relations qui ont pu vous édifier sur le sérieux de leur caractère ; étant donné les missions de confiance dont j'ai été honoré de la part de votre gouvernement, je me crois autorisé à formuler la proposition suivante : de me concéder une option de six mois aux conditions que vous jugerez devoir exiger pour la concession en pleine propriété (fond, superficie, pouvoir d'eau, etc., etc.,) de 200,000 acres de terre, pouvant éventuellement être portée à 500,000, à choisir par préférence et avant tout autre concessionnaire, entre la digne frontière des provinces de Québec et d'Ontario, et le 77e de longitude ouest, placés à. cheval sur le Grand -Tronc-Pacifique, en construction ou à proximité de ce chemin de fer. . , .„
(Signé) BARON DE L'EPINE."
Octroi accordé
En réponse à cette demande faite par le baion de l'Epine, au nom du syndicat belge, M. Turgeon, au nom du gouvernement de la province, écrivait îa lettre suivante :
Québec, 15 décembre 1905.
"M. le baron de l'Epine, Québec,
" Mon cher M. de l'Epine,
" J'ai pris communication de
" votre lettre du 28 novembre der-
" nier, au sujet d'une concession
" de 200,000 acres de terrain dans
" le nord-ouest de la province de
" Québec.
" Votre proposition est agréée " en principe, et une option de six "mois vous est accordée pour faire " faire l'examen ou territoire.
" Le prix de vente est fixé à 70 " cents l'acre, payable en 5 verse- " ments annuels de $28,000 cha- " cun.
" Il est de p'ius convenu :
" No. 1— Que les frais d'explo- " ration, d'arpentage, seront à votre " charge et que ces derniers devront être exécutés d'après les " instructions de mon départe- " ment.
" No. 2 — Vous aurez un droit de " préférence pour l'achat à. un prix " égal de toutes les chutes (water- " power) d'un développement in- " férieur à 1,500 chevaux-vapeur.
" Les chutes d'un développement " supérieur ne peuvent être ven- " dues qu'aux enchères publiques.
" Le terrain nécessaire à l'ex- " ploitation de ces chutes est ex- ' 'pressément réservé.
" No. 3 — Le bois de commerce " acquittera les droits de coupe " fixés par les règlements ;
" No. 4 — Vous devrez mettre en " culture un dixième du terrain re- ' 'connu cultivable et y établir au " moins trente colons en 1907, et " 75 colons chacune des années " subséquentes. Les lots ainsi at- " tribués ne devront pas avoir " moins de cent acres. Toutefois, " faute de colons et momentané- M ment, le concessionnaire sera " considéré comme ayant remp<li " ses obligations en cultivant, eu " en faisant cultiver la quantité " de terrain susmentionnée.
" Les lettres patentes seront " émises dès que le prix de vente " aura été payé et que les condi-
" tions d'établissement auront été " remplies.
" Nonobstant cette émission, le " bois de commerce continuera à " acquitter les droits de coupe.
" Cette option vous est accor-
" dée personnellement et vous îe
" pourrez la céder qu'avec l'assen-
" timent du ministre des Terres
" et Forêts.
" Agréez, mon cher M. de VK~ " pine, l 'expression de mes senti- 4i ments les meilleurs.
(Signé)