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UNISSONS-NOUS CONTRE LES VIOLENTS

Le Canada, depuis dix années, traverse une ère de paix et de prospérité inouïe. A l'Ouest, à l'Est, au Nord, la colonisation s'avance, l'espérance, la confiance abondent. Nous créons de nouvelles provinces ; nous bâtissons des villes, nous contruisons des chemins de fer clans les plaines et à travers les montagnes, nous jetons des ponts sur nos fleuves et nos rivières.

Notre jeunesse à apppris à comprendre que nos bois sont aussi riants et nos champs aussi verdoyants que les bois et les champs de l'étranger. Un robuste esprit national, fait de saines traditions, de franches unions et de vigoureux espoirs, monte sur notre terre depuis nos rives d'Orient jusqu'aux côtes du Pacifique, ensevelissant partout les divisions stériles et les préjugés malsains.

Je voudrais que la province de Québec prenne sa part, toute sa part, dans ce concert d'union, d'avancement et de progrès. Et il ne faudrait pas, il ne faut pas que, pendant que chez les provinces-sœurs on dépense ses énergies à se grandir, à se hausser vers

l'avenir, on perde ici son temps à se battre sur les places publiques à coups d'injures et d'invectives.

Prêchons l'union, et pratiquons-la surtout.

Certes, je ne demande pas la répression des discussions : au contraire, je les sollicite, et ce dans l'intérêt même de ma province.

Mais je voudrais que tous nos adversaires, quelles que soient leur cocarde, leurs ambitions et leurs aspirations, discutent nos actes avec calme, avec justice, avec modération.

Je ne me plains pas non plus des critiques de la presse honnête, dont je place la liberté au-dessus de tout ; je me contente de dire avec Franklin :

"Si ce sont des vices que les journalistes me reprochent, leur censure me corrigera ; si ce sont des colomnies, peut-être un jour l'histoire les corrigera."

Mais, je le demande à tous les bons citoyens qui m'écoutent, je le demande à tous les bons citoyens de cette province, unissons-nous contre ces violents de la parole et de la plume, contre ces dénigreurs nés (dont parlait naguère un politique français), "qui couchent en joue, sans avoir même l'excuse d'une haine sincère, toutes les personnalités que le jeu des événements élevé au pouvoir, cherchent dans l'homme qu'ils visent quelle est la fibre la plus délicate et n'arrêtent leurs coups que quand ils l'ont moralement assassiné."

La politique est un terrain sur lequel l'unanimité ne fleurit guère : mais il en est un où tous les cœurs doivent se rencontrer, c'est celui de l'amour de la patrie.

Madame de Staël disait, au commencement du dix-neuvième siècle, que l'Amérique était l'espérance du monde. Ne pouvonsnous pas dire, au commencement du vingtième siècle, que le Canada est l'espérance de l'Amérique ?

Nous habitons une terre merveilleuse par sa grandeur, par ses richesses, par ses beautés. Instruisons notre vigoureuse et intelligente jeunesse ; développons chez elle l'énergie féconde ; allumons en elle le feu des saines ambitions ; tenons constamment devant ses yeux l'image de nos grands morts ; rappelons-lui les mâles vertus de nos pères ; prêchons-lui l'amour du travail ; et enseignons-lui surtout qu'il est un amour supérieur qu'elle doit porter dans son cœur ; l'amour sacré du sol natal, de cette bonne terre qui couvre les cendres des ancêtres, qui a porté son berceau et qui portera celui de ses enfants.

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