‹ Politique provinciale [microforme]Chapitre 30 sur 32 · L'EXPLOITATION FORCÉE DES LIMITES · texte numérisé non relu

L'EXPLOITATION FORCÉE DES LIMITES

Cette inexpérience, cette fantaisie dans la conception, brille d'un vif éclat dans une autre réforme que M. Bourassa préconise et contre laquelle il est bon de prémunir les gens : l'exploitation forcée des limites.

Comment et dans quelle mesure”? Il s'est bien gardé de le dire. Toujours des affirmations vagues ! M. Bourassa croit peut-être cette idée nouvelle et qu’elle n'a jumais préoccupé, avant lui, l'esprit du législateur. Dès 1851, c'est-à-dire il y a cinquante-six ans, le département des Terres de la Couronne de l'ancienne province du Canada passait un règlement pour chercher à atteindre ceux qui n’exploitaient pas leurs limites. On leur imposa d'abord lobligation de couper cent billots de sciage par mille carré, puis, en 1866, on porta la rente foncière, pour les limites inexploitées, à 23 shellings 4 deniers, un peu moins de 85.00 par mille. Mais en 1S6S, les anciens règlements furent abrogés, une rente foncière uniforme fut imposée et l'on comprit la folie de vouloir forcer, par législation, l'exploitation de la forêt ; car les opérations de la forêt, comme toutes les autres opérations d’une nature économique, sont régies par la grande loi commerciale de Poffre et de la demande. Les propriétaires d’une limite ont intérêt à l'exp.oiter quand les affaires sont bonnes et il n’est pas nécessaire de législation pour engager les gens à gagner de l'argent. Vu les mises à prix actuelles, l'acquisition d’une forêt coûte très chère : 850,000, $100,000 ou mème $200,000. Outre l'intérêt sur le prix d’acnat, il y a la rente foncière de $3.00 par mille, le coût de la protection contre les incendies et le risque toujours et trop souvent possible d'une destruction par le feu. Pour toutes ces raisons, les concessionnaires n’ont qu'un désir : exploiter pour rentrer dans leurs

fonds, payer leurs frais généraux et réaliser des bénéfices Mais dans le commerce de bois, comme dans les autres industries, il y a de bons et de mauvais jours, des époques de hausse et des époques de dépression. Que de gens ont perdu leur fortune dans l'industrie forestière ! Et si les banques, comme cela s'est vu dans le passé, refusaient les avances de fonds, faudrait-il aussi forcer les banques à ouvrir leurs voûtes? Non, Ilest aussi ridicule de décréter l'exploitation forcée de la forêt que d'indiquer dans un statut la quantité de clous que les manufacturiers doivent mettre sur le marché, où le nombre d'animaux que les cultivateurs doivent garder sur leurs formes. Quand le fourrage est en abondance ct que les produits de la laiterie se vendent bien, vous n'avez pas besoin d’v être forcés pour augmenter vos troupeaux et, conséquemment, votre production ; et, quand le fourrage manque et qu'il faut acheter ie foin à 818.00 et $20.00 la tonne, que penseriez-vous d’une loi qui vous forcerait quand même à garder vos animaux ? Ilen est de même pour l'exploitation de la forêt. Quand le commerce de bois est rémunérateur, aucune législation n'est nécessaire pour y pousser les intéressés et, de méme, il serait désastreux, ridicule, insensé et malhonnète, d’ordonner l'exploitation à perte. En tout

cas, M. Bourassa crovait-il qu'une telle législation pourrait avoir un effet rétroactif? Poser Ja question c’est la résoudre.

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