L'ADMINISTRATION DES CONSERVATEURS JUGÉE PAR DES AMIS
En 1883, le prédécesseur de l'honorable député de Wolfe, monsieur Picard, —un conservateur convaincu, s'il en fut—a dit dans cette Chambre ce qu'il pensait de la “ bonne administra.
tion des Conservateurs ”; et, si vous me le permettez, Monsieur l'Orateur, je vous citerai quelques-unes de ses paroles :
“Quant à moi, M. le président, (disait-il), j'ai toujours cru que cette transaction (la concession Stockwell) était demandée et faite en vue de faire de la spéculation. La colonisation en était seulement le prétexte ; et le gouvernement devait aussi le penser un peu.
“Aujourd'hui, je vois et constate avec plaisir que les évènements m'ont malheureusement donné raison,”
Plus loin, il ajoute :
“Monsieur le président, d’après tout ce qui a été fait par le gouvernement Pour aider la Compagnie dans cette transaction, je me demande et je vous demande à vous ainsi qu’à mes honorables collègues quels ont donc pu être les motifs ou les influences, qui ont poussé et entrainé le gouvernement à faire des actes aussi contraires à la morale Publique et aussi préudiciables aux tntérêts de la province en général, et en varticulier au Progrès de la colonisation dans cette partie-là de la province ; car on ne Pourra jamais me persuader que l'on a fait tout cela Par erreur ou par ignofrance, par complaisance ou par faiblesse.”
Enfin :
“Ayons donc tous aujourd’hui le courage d'avouer que depuis quelques années, surtout depuis le 2 mars 1878, il ya eu bien des saignées maiheureuses de faites dans le domaine des terres de la couronne et même dans la caisse publique,
“ M. le président, il est grandement temps, s'il n'est déjà trop tard, que nous mettions fin 4 tant d'agiotage et à tant de spéculations dc toutes sortes.”
Le débat soulevé par M, Picard fut clos par l'honorable premier ministre d'alors, l'honorable M. Mousseau, qui condamna lui-même la manière d'administrer de tous les gouvernements précédents. Voici ce qu'il déclara :
“M. le président, cette politique de grandes concessions a été inaugurée il y a quelques années. C'est, je crois, l'administration Ouimet qui, la première, en a pris l'initiative. Elle a été continuée par les cabinets de Boucherville, Joly et Chapleau, L'expérience nous a prouvé que cette politique a échoué, Aussi le gouvernement est-il résolu de ne plus vendre des terres en bloc. Je crois qu'il est dangereux de mettre un intermédiaire entre le gouvernement et les pauvres colons. C'est un système non seulement dangereux, mais aussi qui ne peut manquer d'être Préfudiciable aux intérêts des colons.”
La “bonne administration conservatrice ” a même été naguère bien sévèrement jugée par l'honorable député de Dorchester, En 1889, l'honorable député fit un discours sur cette question des grandes concessions de terres, et je dois dire que je lui dois beaucoup pour les renseignements qu’il donna alors à la Chambre, car j'y ai largement puisé.
En 1867, le comité de l'agriculture, de l'immigration et de la colonisation avait, dans son rapport, dit ce qui suit au sujet de la distribution des sommes votées pour la colonisation :
“Le mode de distribution suivi est de nature à produire beaucup d'abus. // est arrivé soutent que les députés ont fait se. vir l'octroi à leurs fins Politiques plutôt qu'à l'avancrment de la colonisation ; c'est le grand inconvénient du système... ss Si l'on ne s'en rapporte pas aux suggestions du représentant du comté, qui a intérêt à satisfaire la majorité de 3es commettants, il faudra nommer des agents de colonisation pour toute la Province, pour renseigner le gouvernement sur les besoins réels de chaque localité et veiller à ce que les fonds votés soient employés de la manière la plus profitable,”
En 1889, l'honorable député de Dorchester, après avoir cité cette partie du rapport de 1867, s'écriait :
“N'est-ce pas que #ous pouvons pour les quelques dernières années qui ont précédé le régime réformateur actuel, app/s- Quer ces remarques du comité de 1867?”
L'honorable M, Nantel à aussi fait connaître l'opinion qu'il avait en.1888 de la « bonne administration conservatrice :
“Si on faisait une enquête, disait-il, on verrait dans quel état se trouve cette question de la protection du colon
qui sert de base à tant de programmes politiques dans le Cours des élections.
“Quelle est donc cette politique ? La voici en deux mots. Quand un pauvre homme veut s'établir sur les terres de la Couronne, avant d'obtenir son lot, il doit sui- UYeUSe et tracassière qui ne SJinit plus, et souvent l'individu en question s'en va en disant : “ Puis-
que mon pays ne veut pas de moi, je vais m'établir ail. leurs.”
Voilà l'œuvre du Parti conservateur avant 1887, telle
qu'elle a été jugée Par ses amis ; voilà le bilan du parti conservateur,