SCENE VIII
LORD ILYERTON, POLLY.
ILVERTON, sortant de la droite et a\>ec humeur. Que le ciel les confonde! je ne
connais rien de plus ennuyeux que des gens qui rient et qui s'amusent.
(Il se jette sur le canapé'.)
SiK du Démon de la nuit.
POLLY, à pari.
Qui peut doue causer sa tristesse?
ILVERTON , à lui-même.
De la fortune, des amis , Un nom brillant, de la jeunesse, Et se voir consume d'ennuis !
Toute espérance m'est ravie !
Nul plaisir ne peut m'euivrer.
Car n'avoir rien à de'sirer.
Ah ! c'est le malheur de la vie.
POLLY , à part. Comment ! ce n'est que cela...
ILVERTON , à lui-même. On n'a pas
même la ressource d'en finir c'est d'un
commun à présent !.. Qui est-ce qui ne se tue pas ; tout le monde s'en mêle !
POLLY, effrayée. Oh ! quelle idée!...
( Elle se rapproche un peu.)
ILVERTON , à lui-même. Je ne sais pourquoi je viens si souvent chez ce fou de Mortimer... on n'y rencontre rien, {lllève le nez et aperçoit Polly près de lui.) Ah ! si ! il y a ce petit minois-là. . . qui est gentil ! . . ça distrait.
vOLh\, embarrassée de sacontenance. Yous
avez appelé, mylord ?
ILVERTON. Moi! non... mais c'est égal, vous avez bien fait de venir, Polly !... j'ai toujours... grand plaisir à vous voir !
POLLY. Est-ce que vous êtes fâché contre moi, mylord ?
ILVERTON. Je ne crois pas... pourquoi?
POLLY. Comme vous aviez voulu m'em-
brasser avant-hier et que... depuis ce
temps, vous ne me tutoyez plus...
ILVERTON. Je t'ai embrassée?
POLLY. Du tout... je n'ai pas voulu.
ILVERTON, la regardant. C'est vrai, j'oubliais que tu as la prétention d'être respectée . . . d'être une vertu ! . . .
POLLY. Il me semble que c'est mon devoir!
ILVERTON , se Icpant. C'est possible!
mais c'est diablement ennuyeux! (Xui prenant la main et se rapprochant d'elle.) Je te parle en ami, vois-tu!
POLLY. J'en suis persuadée.
ILVERTON. Et je me disais encore ce matin, en songeant à toi....
POLLY, ai)ec joie. Vous pensiez à moi?..a
MAGASIN THEATRAL
ILVEBTON , continuant. Jeune et jolie comme elle est... à quoi la conduiront toutes ces belles idées de fierté... de ré.seive? à mener l'existence la plus assommante.
POLLY. Si c'est mon sorti..
ILVERTON. Quand tu pourrais t'en ia ire un aulre... quand il le serait .si facile... en adoucissant un peu cette humeur farouche...
rOLLY, à pari. Ah ! voilà le danj;er dont me parlait Yorrick... je le vois venir...
ILVLisTON , ai^ec intention en Vatliiant à lui. Je connais quelqu'tm qui te veut du bien...
POLLY, à pari. C'est toujours comme cela que ça commence.
Ii.vr.RTON , continwml. Quelqu'un , qui serait heureux de te consacrer une existence que tu lui ferais chérir qui mettrait son bonheur à embellir la tienne... à l'entourer de ce prestige que donne la fortune... à t'assurer enfin un sort dignede toi.
POLLY , le regardant , et finement. Oui. . . mais tout cela me coûterait peut-être bien cher !
ILVERTON. Du tout!... Est-ce donc si terrible... de se laisser adorer?
POLLY, souriant. Non !... c'est assez facile.
ILVERTON. D'aimer un peu celui à qui l'on doit son bonheur?
l'OLLY. Ah! c'est là rembarrassant,
JLVERTON. Tu es donc bien ingrate?
POLLY, tendrement. Au contraire! j'aurais peur de l'amier beaucoup trop — de l'aimer long-temps après qu'il ne songerait plus à moi... et le meilleur moyen d'éviter le danger... c'est de \e {yùr. {Lui faisant une petite réi^érence. ) Votre servante , milord!
ILVERTON. Tu me quittes?
POLLY. Oui...
ILVERTON. Tu m'as donc compris ?
POi.LY. Puisque je me sauve!
ILVERTON. Un moment...
POI.LY, sérieusement. Pardon, mylord !..
j'ai plus d'un devoir à remplir... et je veux tacher de n'en oublier aucun. ( A part. ) Oh! il n'y a plus à hésiter... courons vite prévenir Yorrick,
( Elle se sauve [»ar le fond.)
1L\£RT0\, seul. Et de l'esprit!.. Dieu me damne... elleest charmante!., jusqu'à cette petite nuance de pruderie... qui lui donne un air piquant. Oh! si on le voulait bien... \[Relomhant sur le canapé.) Mais il faudrait se donner de la peine... faire laiiinblc... ma foi, non!... Elleest jolie cependant :