‹ Pologne et MoscovieChapitre 6 sur 6 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Ija Russie a répondu :

IJ faul lui rendre celte juslice, elle s'est abtenue de la doucereuse astuce et des promesses mensongères que la plupart attendaient d'elle : elle n'a plus laissé de prétexte aux funestes ménagements ni aux délais meurtriers; rejet pur et simple de la seule proposition qui donnât quelque apparence aux autres, de l'armistice; récriminations insultantes contre la France, foyer de la Révolution, qu'on l'invite à éteindre chez elle au lieu de se mêler de la protéger chez les autres ; nettes ouvertures aux deux anciens complices, aux deux copartageants de la Pologne, pour arranger entre eux trois les affaires polonaises, en d'autres termes pour renouveler la Sainte-Alliance; on ne pouvait rien souhaiter de plus clair.

Le gant est jeté à la France : Dieu veuille qu'il soit relevé à temps pour sauver et non pas seulement pour venger le peuple martyr !

Tandis que les négociations consumaient un temps irréparable pour aboutir à un inévitable avorteuient, tout ceque nous avions prévu, tout ce qui était si facile à prévoir, tout ce que nous annoncions dans ces appels arrachés de notre conscience par chaque incident nouveau du grand drame, s'est réalisé pour la malheureuse Pologne dans des proportions toujours plus effrayantes et dans des conditions toujours plus odieuses que nous ne Tavions pressenti. Celte immense série de misères et de forfaits s*est déroulée dans un ordre invariable, en s' accélérant et s'élargissant d'heure en heure. Jamais peut-être la logique du mal ne s'est manifestée dans rhistoire aussi inflexible et aussi prompte. L'abomination des moyens, linfamie des agents, ont enchéri chaque jour sur la veille.

Tous les degrés ont été rapidement descendus pour atteindre ce fond de Tabime au delà duquel l'esprit infernal luimême ne saurait plus rien concevoir : la Russie est arrivée en six mois, de Wielopolski, cette espèce d'ange déchu, à la bête féroce qui dévore aujourd'hui la Lithuanie^ Ce tzar, que l'Europe avait salué à son avènement comme le réparateur de la tyrannie de son père et le destructeur du servage, cet Alexandre II, qui témoignait des sentiments d'humanité, sincères, alors, sans doute, et qui, l'hiver dernier encore, résistait, nous dit-on, au recrutement Wielopolski, Alexandre U en est venu maintenant à rejeter Wielopolski comme un instrument trop au-dessous des circonstances, à

* Le bourreau de Yilna a véritablement reculé les bornes de la perversité humaine. Depuis rhistoire des filles de Séjan, nous ne savons s'il est rien de conipai'uble à celle de cet homme, si Ton peut lui donner le nom d'homme, qui, pour déshonorer le deuil de la patrie porté par les dames de Vilna, décrète que les filles publiques porteront seules des vêtements noirs ; puis, les dames polonaises s'obstinant à ne pas quitter le deuil, les fait aiTéter en grand nombre et insairc sur le registre des femmes de mauvaise vie. Ce n'est plus là l'ancienne barbaiie ; c'est le Tartare puisant ses inspirations au sein des classes perdues qui se cachent dans les égouts de la civilisation.

dépasser le plan de ce Pogodine qui eût mérité d'être le conseiller divan le Cruel, et à prendre ou à subir la responsabilité du régime personnifié dans les Mouraiiview et les Dlotowski, régime qui n'est autre que le meurtre, l'incendie, le vol à main armée, l'outrage à la pudeur et la destruction de la famille et de la propriété, étendus sur des provinces entières, régime tel que serait le règne de ce qu'on peut nommer la Contre-SocUlé^ si les échappés des repaires du crime commandaient sur les ruines de ia société détruite.

Quelle puissance impersonnelle et forcenée a donc entraîné le tzar, solidaire, puisqu'il autorise, mais non pas l'initiateur ni Tauteur principal de ce débordement sans nom? Qu'est-ce que celte Russie qui nous apparaît de loin comme un agent de civilisation, au moins relative, dans le fond de la haute Asie, et qui, près de nous, ne s'introduit et ne se maintient au foyer delà famille européenne qu'à l'instar d'un malfaiteur nocturne, le poignard et la torche à la main?

Nous essaierons bientôt de le dire, de scruter ses origines cl son génie.

Un effort médiocre eût suffi pour l'arrêter, pour la refouler aujourd'hui. Si la génération actuelle laisse accabler la Pologne et se développer la Russie en Europe, Dieu sait quels gigantesques efforts, quelles terribles nécessités nous léguerons aux généralions qui vont nous suivre, et quelle responsabilité nos enfants auront droit d'infliger à notre nom !

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