QUATRIÈME PÉRIODE
coup d'oeil sur la position ds l'eurofk.
Quiconque veut écrire, dit Robertson , l'histoire d'un grand État pendant les trois derniers siècles, est forcé
d'écrire l'histoire de l'Europe entière; car c'est depuis cette époque que les divers royaumes ont formé un vaste système, si compacte et si réactif, que les événements de l'un se faisaient sentir aux autres et exigeaient une surveillance réciproque. La Pologne seule demeura à cet égard dans son indifférence précédente : ses rois ne prirent aucune part aux luttes sanglantes qui désolaient les autrès parties de l'Europe , et nées de l'orgueil ou de l'avidité. Cette apathie provenait tant du caractère modeste des souverains polonais que de l'amour de la noblesse pour ses privilèges et de la jalousie qu'elle portait au pouvoir : ri le l'aurait vu avec peine en relations intimes et secrètes avec d'autres monarques.
La Pologne n'eut donc d'ambassadeurs à l'étranger que dans des cas extraordinaires; et son insouciance diplomatique fut telle, que Wladislas IV, invite à concourir aux délibérations du congrès qui eut lieu à la paix de Westphalie (1648) et où se réglèrent les affaires de presque toute l'Europe, non-seulement ne s'y rendit pas, mais n'envoya même pas" de représentants à cette importante réunion. L'avenir se chargea de prouver combien une pareille indifférence devait être fatale au pays.
De l'avis de Robertson, nous le suivrons en partie, et nous jetterons ici un coup d'oeil rapide sur la situation de l'Europe lors de l'avènement de Sigismond III Wasa.
Appauvrie par la lutte interminable entre Charles-Quint et François I tr , et affaiblie par la politique astucieuse de Catherine de Médicis et la mollesse des trois fils de cette dernière, la France se vit en proie, pendant de longues années, aux plus affreuses calamités. L'ambition politique des Guise, quMIs avaient l'art de masquer sous une couleur religieuse, amena huit guerres meurtrières; et c'est au milieu de ces conflits que Charles IX entacha son règne d'une page horrible, la Saint-Barthélémy, et que Henri III tomba sous le poignard d'un moine fanatique. Sa mort même ne mit point
fin aux discordes fomentées par le farouche Philippe II d'Espagne; elles ne cessèrent que lorsque la vaillance et l'esprit fertile de Henri IV, après avoir humilié l'orgueil du monarque espagnol, surent donner à la France une paix glorieuse et lui rendre son ancienne prospérité.
Philippe II, le plus formidable potentat de son siècle, souverain des Espagnes, du Portugaise Naples, de la Sicile, de l'Italie presque entière, devenu roi d'Angleterre par son mariage avec Marie Tudor, possesseur en outre du Mexique et du Pérou , les plus riches contrées du nouveau monde, et tenant dans ses mains l'héritage commercial des ducs de Bourgogne, pouvait jouer un noble rôle. Mais loin de faire servir tant de possessions et de trésors au maintien de la paix entre les souverains et au bonheur des millions d'hommes qui vivaient sous son sceptre, Philippe se plaisait à tout rougir de sang et à semer de toutes parts l'incendie; le crime et une fausse rage de conversion, tels étaient les deux grands mobiles dont il faisait usage pour arriver à l'accomplissement de ses desseins. Il ne connaissait d'autre art de régner que par la crainte et l'abaissement de tous ceux à qui la naissance, les richesses ou bien la force d'âme, assignaient un rang élevé et indépendant. Aussi terrible pour ses enfants que pour ses sujets, Philippe II ne respirait que la déliance et le soupçon; et, mû par ces principes, il donna à l'Espagne le pouvoir dé l'inquisition, voulant qu'il n'y eût plus qu'un maître et qu'une foi. Tout fut sacrilié à cette chimère, et l'Espagne, décimée par le sanguinaire tribunal, perdit rapidement les nombreux avantages que lui assuraient un sol abondant, l'exemple civilisé des Maures, le bienfait des sciences et le noble esprit de la chevalerie.
Tant qu'il régna, Charles-Quint avait su apprécier les bonnes qualités et l'activité industrieusedes Flamands ; mais la Flandre, un des plus beaux joyaux de la couronne d'Espagne, devint odieuse à Philippe II. Il la Ut gou-
verner par des lieutenants trop fidèles à son système, et la força ainsi à lever l'étendard de l'indépendance. Rientôt apparut sur la scène politique des Pays- Bas le cruel duc d'Albe; et il est vraiment remarquable que dans le même temps où les Polonais, livrés à la liberté sans bornes d'un interrègne, terminaient au milieu de l'enthousiasme, et sans répandre une seule goutte de sang, leurs turbulentes dissensions, plus de dix-huit mille Flamands périssaient, à la suite des ordres de Philippe II, sous la hache du bourreau. Mais, en dépit de ces persécutions, la liberté triompha ; et Philippe II eut la douleur de voir, en mourant, l'anéantissement de ses efforts sanglants, la Hollande libérée, la France et l'Angleterre grandies en puissance par ses propres fautes, et sa vaste monarchie vaciller sur ses fondements.
L'Angleterre obéissait à Élisabeth, sous le sceptre de qui elle devint sur mer, envers l'Espagne, ce que Henri IV et Maurice d'Orange étaient, à l'égard de celle ci, sur le continent. Douée d'un esprit politique et prévoyant, Élisabeth sut donner l'essor aux forces et nu commerce de son pays. La destruction de la formidable Armada fut le terme de la puissance maritime espagnole; et les galions du Mexique et du Pérou, tout chargés d'or, se virent capturés par les Anglais. Mais, au milieu de tout cet éclat, une tête royale recevait l'infâme souillure , du bourreau , et formait une tache de sang sur un règne si brillant : la séduisante Marie Stuart, que la nature s'était plu à former, fut immolée à l'envie, au moment même où Sigismond III recevait la couronne des mains d'un peuple libre.
Les souverains ottomans, renfermés, après la défaite de Lépante, dans 1rs murs du sérail, s'adonnaient au luxe et à la volupté. Leurs armes n'étaient plus redoutables qu'aux États de l'Allemagne méridionale, et leurs traités avec la Pologne ne furent rompus qu'à la fin du règne de Sigismond III.
Naples, Milan, la Sicile, apparte-
naient à l'Espagne. Sîxte-Quînt, relevant la puissance et la dignité du saintsiége, rendait à Rome son ancienne grandeur; et, après lui, Clément VIII ravissait a la maison d'Esté le duché de Ferrare. La Toscane florissait toujours , mais ce n'était déjà plus le lemps des Corne et des Laurent. Pareil à César- Auguste, le grand duc Corne, après avoir vu périr par le poison ou le poignard ses filles, ses frères et son fils François, tomba lui-même sous un fer assassin, et bientôt Florence ne rappela plus la gloire d'Athènes et les beaux jours de Périelès : les sciences et les arts n'avaient plus les Médicis pour protecteurs. Entre les républiques, Gênes était presque espagnole; Venise suspecte à tous.
Les cantons suisses catholiques tenaient pour l'Espagne contre les cantons protestants.
Le Danemark , surveillant la Suède, était en paix avec les autres États et favorisait les vues de la Pologne.
L'Allemagne, régie par l'empereur Rodolphe II, goûtait les douceurs d'une paix suivie. Le refus de la couronne polonaise fait à l'archiduc Maximilien, la défaite de ce dernier et sa captivité à Rvczvna, ne rompirent même point, du moins en apparence, l'harmonie entre l'Empire et la Pologne. Ce ne fut qu'à la fin du règne de Sigismond III que la guerre de trenté ans embrasa l'Allemagne entière. Les deux alliances conclues par Sigismond avec la maison d'Autriche furent avantageuses pour celle-ci , mais funestes à la Pologne. Toutefois, la politique de la cour de Vienne était bien fausse en cette circonstance : l'Autriche ne voyait pas qu'en minant une barrière puissante elle se mettait à découvert, et serait réduite un jour à suivre la direction émanée du cabinet des tzars.
C'est au moment du, comme nous venons de le rappeler succinctement, les diverses positions politiques tendaient à donner une nouvelle tournure aux affaires de l'Europe, que Sigismond III Wasa monta sur te trône.
En procédant à son élection , les Polonais ne se doutaient guère que ce mo-
narque , qui devait servir de lien intime entre deux nations, les nations polonaise et suédoise, amènerait de longues guerres entre elles et serait cause de la perte des- plus belles provinces (*).
SIOIIMOWD III WASA.
L'heure de la décadence avait sonné ; les temps lumineux de Batory n'étaient
Ïtlus. Toute absorbée au dedans par des ultes intestines, la Pologne ne faisait
()lus rayonner que rarement au dehors es éclairs de sa puissance. Bellum civile instar coloris febrilis est, et bellum externum instar coloris ea motu, qui valetudini imprimis conducit, a dit Bâcon, comme s'il edt justement en vue la Pologne.
Issu des Jagellons et petit-fils par sa mère de Sigismpnd I er le Vieux, Sigismond, prince royal de Suède, fut élu roi de Pologne,' et durant son règne, de près d'un demi-siècle, lit passer le pays par les phases les plus diverses de gloire et de revers. Ce règne, tout guerrier, se passa en luttes continuelles, soit partielles, soit collectives, contre la Suède, la Moskovie et la Turquie.
GUERRE AVEC LA SUÈ-DK.
1600. Dès le début, Sigismond III dut tenir téte à son compétiteur l'archiduc d'Autriche Maximilien, qui fut fait prisonnier par le grand -général Zamoyski (1588); puis, après quelques années assez paisibles, Sigismond se vit tout à coup roi à double titre : la couronne héréditaire de Suède venait de lui échoir. En son absence, le soin de la régence fut confié à son oncle, le duc Charles de Sudermanie, homme ambitieux et rusé, qui eut bientôt organisé un parti et fait décider, dans une assemblée factieuse, que ses droits à la régence seraient imprescriptibles et au-dessus de toute atteinte. Sigismond ne pouvait tolérer un tel empiétement; a la téte d'une poignée de
(*) M. J. U. Niemcewicz , Histoire de Sigismoud III.
l'univer£.
braves, il débarque donc à Calmar, entre ensuite à Stockholm, poursuit l'usurpateur, le presse, le harcèle; mais, au moment où il tient la victoire, il croit devoir se montrer accommodant, et le duc de Sudermanie, profitant du délai pour réparer un premier échec, remporte à Linkôping un avantage signalé sur les troupes royales. Rien n v était pourtant encore désespéré, et les négociations entamées promettaient le triomphe de l'autorité légitime, quand, cédant à des conseils perfides, Sigismond quitta brusquement le royaume. Alarmés de cette retraite, les états de Suède demandèrent le retour du roi , ou tout au moins la présence d'un de ses fils, afin de le faire élever dans la religion du pays.
Sigismond ne répondit pas à ces ouvertures, et le résultat de son silence fut sa déchéance et l'avènement au trône du duc de Sudermanie. Cette querelle, réduite à une simple question dynastique, ne fut embrassée par les états polonais que lorsque les Suédois eurent violé les frontières de la Livonie. La guerre devint alors une interminable collision nationale, et se poursuivit pendant dix années avec des alternatives glorieuses ou fatales, un jour livrant des provinces entières à la Pologne, le lendemain leslui enlevant.
Les connétables de Pologne et de Lithuanie, Zamoyski, Radziwill, Chodkiéwicz, s'illustrèrent dans la lutte.
VICTOIRE DE KIRCHHOLX.
' 1605. Parmi les faits d'armes qui méritent d'être signalés, la bataille de Kirchholm tient le premier rang. Elle eut lieu le 27 septembre 1605. Aux dix-sept mille hommes d'excellentes troupes commandées par Charles IX de Suède, le grand -général Chodkiéwicz n'avait à opposer que trois mille quatre cents hommes; mais avant la bataille un fidèle vassal, le duc de Kourlande Kettler, bravant les flots grossis et menaçants de la Dzwina, vint rejoindre, avec trois cents nobles chevaliers, le corps polonais. L'arrivée de ce modeste renfort
Pologne. , iofr
produisît un effet électrique dans tous gnement secondé par l'illustre général
les rangs, el l'action ne tarda pas à Konieçoolski , qui, pendant cinq an-
s engager. Les Suédois combattirent nées , dispute le terrain pied à pied
a outrance, et leurs lignes ne furent Cependant la Pologne, que la Mos-
entamees qu'a la mort d'un de leurs kovie menace , a besoin de la paix •
chefs , Linderson , qui , auoique griè- trois fois on discute ses conditions et
vement blessé , se défendait encore à trois fois elle échoue devant les me-
genoux et frappa plusieurs guerriers nées de l'Autriche. Enfin une flotte
avant d expirer. On trouva également polonaise, sous les ordres de l'amiral
sur le champ de bataille le duc de Lu- Oppefmann , attaque les Suédois , les
nebourg-Brunswick, beau-fils de Char- bat et prend ou coule leurs v aisseaux
les, qui lui avait promis, en cas de Ce succès naval, aidé de quelques
succès , le duché de Kourlande. Dans avantages sur terre, détermine la con-
cette lutte acharnée , où Chodkiéwicz clusion d'une trêve de six ans, qui
manqua lui-même d'être tué, Char- laisse la Suède maîtresse de la Livo-
les IX dut son salut au cheval que lui nie jusqu'à la Dzwina , et lui aban-
prêta Henri "Wrede, haché ensuite donne en outre plusieurs places en
en pièces par les soldats polonais. Prusse.
Un autre chef suédois, Brandt, fut
fait prisonnier, après une résistance ccerre avec la moskovie. désespérée , et conduit à Krakovie ,
où on le décapita comme partisan re- 1609. Le trône des tzars venait d'être belle de l'usurpateur. Neuf mille en- ensanglanté par une de ces révolutions nemis perdirent la vie , et onze ca- de palais si fréquentes dans les États nons ainsi que soixante drapeaux absolus : Borys Godunoff avait fait demeurèrent au pouvoir des Polonais, assassiner le jeune Dimitri , dernier Cette brillante victoire euf du reten- rejeton de la famille des Ruryk. Extissement par toute l'Europe ; et , à ploitant cette crrconstance , un moine son occasion , le pape Paul V, Tern- obscur apparut un jour à la cour du pereur Rodolphe, le roi d'Angleterre magnat polonais Mniskek , et là , Jacques I er , le sultan et le shah de sedbnnantpour Dimitri, sauvé comme Perse Abbas, envoyèrent des félicita- par miracle, parvint à gagner la contions à Sigismond III (*). fiance du palatin et à se faire aimer
de sa fille, la jeune et belle Marvna.
trêve avec UL sdede. Puis , déployant un courage et une
hardiesse vraiment admirables, cet 1629. Malheureusement l'indolence homme marcha sur Moskou, à la tête de ce dernier, le désordre des finances, de quelques centaines de partisans, y et l'absence d'une armée permanente, pénétra , se fit couronner, et appela neutralisèrent les avantages obtenus; la fille du magnat à venir partager son et bientôt, au mépris d'une première pouvoir (1605). Mais une révolte détrêve , Gustave-Adolphe recommença truisit bientôt ce rêve si beau ; le soûles hostilités. Par un mouvement verain improvisé tomba percé de hardi , il envahit la Livonie , s'empare coups , et sa femme fut jetée dans un de la Kourlande , pénètre en Lithua- cachot. Le nouveau tzar , Vassili nie , bat le grand général Sapieha , se Szuysky, voulant empêcher l'apparifait jour jusqu'au cœur de la Prusse, tion d'autres concurrents, exposa à et vient camper jusque sous les murs tous les yeux, sur la place publique, de Thorn. Accouru au secours de le cadavre de sa victime. Mais des le cette place, Sigismond répare en partie lendemain, et malgré cet avertisseses fautes précédentes , et il est di- ment assez significatif, un second Dimitri était en campagne , si ressem- (*)M. J. U. Niemcewicz , Histoire de blant au premier, aue la veuve de Sigismond m. celui-ci s'y trompa elle-même.
L'UNIVERS
Ce fut au plus fort de cette guerre civile que Sigismond résolut d'intervenir ; il se dirigea vers la Moskovie avec trente mille hommes, mais ses débuts ne furent pas heureux. Smolensk tint bon, et un ordre impolilique qui rappelait les Polonais combattant sous le faux Dimitri', augmenta encore les chances en faveur du tzar Vassili Szuysky.
VICTOIRE DI ÏLUZYÎC.
1610.. Il était temps que de nouveaux arrivants vinssent rétablir la balance. Cette tâche était réservée au erand-général Zolkiewski; il accourut bientôt à la téte de sept mille vieux soldats, et engagea, le 4 juillet 1610, près de Kluzyn , une action des plus mémorables. L'armée moskovite comptait quarante-huit mille combattants , dont huit mille Suédois, Allemands, Anglais et Français ; mais, au plus fort de la mêlée, ces deux dernières nations
f hissèrent du côté des Polonais. Dès ors le gain de la bataille, que la sagesse des ordres de Zolkiewski et la vaillance de ses troupes avaient déjà bien nrépnré, ne fut plus douteux.
La déroute des Moskovites lut com-
£lète ; treize mille, des leurs succomèrent, et le restant dut chercher son s;ilut dans la fuite. Un des chefs, Ivan Boratynsky, périt durant l'action , et deux autres , Vassil Baturlin et Jacques Demidoff, demeurèrent au pouvoir des vainqueurs, qui s'emparèrent en outre de tout le camp ennemi armes et bagages (*).
PRISE DK MOSKOU.
1610. Cet avantage signalé, dû tout entier au génie de Zolkiewski , devait amener un second triomphe bien glorieux. Sans perte de temps, le connétable se mit en marche sur Moskou , assiégée par le faux Dimitri , et, après divers faits d'armes, s'empara de la capitale des tzars. Ceux-ci terrassés,
' (•) M. J. U. Niemcewicz , Histoire de Sigismoud III.
Zolkiewski s'occupa du soin d'annuler les prétentions de leur compétiteur ; il ne tarda pas à y parvenir, et, grâce à ses efforts heureux, le trône moskovite devint disponible pour le (ils du roi de Pologne, le prince Wladislas.
La nouvelle de tant de succès arriva à Sigismond devant Smolensk, qu'il assiégeait toujours et qu'il ne réduisit qu'au bout de dix-huit mois. D'un instinct ombrageux et mal conseillé , Sigismond jalousa la gloire de son connétable. Il refusa donc de ratifier les traités passés par lui, et, au lieu d'assurer à la Pologne la possession des belles provinces conquises, s'en retourna tranquillement à Warsovic.
Zolkiewski, voyant ses services ainsi récompensés, quitta lui-même Moskou, après s'être démis du commandement entre les mains de Chodkiéwicz.
Mais la reconnaissance publique devait consoler le connétable de l'ingratitude royale; il obtint à TVarsovie les honneurs d'une entrée triomphale, et les tzars captifs suivaient, tête baissée , le char du vainqueur de Kluzyn (1611).
TK1X AVEC LA MOSEOVIE.
1619. Les chefs ennemis étaient bien prisonniers, mais le pays conquis n'était pas soumis; et, séparée de son général favori , l'armée polonaise se dégoiHa bientôt d'une occupation aussi lointaine. Mal soldée en outre, elle revint en grande partie et envahit les domaines royaux, afin de se payer par ses mains de l'arriéré. Une faible garnison resta seule à Moskou, dans le Kremlin, et, quoique privée de vivres, résista vigoureusement ; mais elle fut, à la longue, obligée de capituler. Un nouveau tzar, Michel Fiédorovitsch , fut proclamé, et la femme du faux Dimitri , Maryna,assassinéeavec son enfant.
La Moskovie prit alors à son tour l'initiative ; et, s emparant du rôle que Sigismond avait joué l'année précédente, le tzar se dirigea sur Smolensk.
Il ne tarda pas à rencontrer Chodkiéwicz, dont les débuts furent éclatants :
Drohobuz, Wiazma, Borysow, Mo-
Pologne. itj
xaysk, tombèrent successivement en ment, de reconquérir ce boulevard
son pouvoir. Moskou entendit de nou- avancé du pays, l'intrépidité du con-
veau résonner sous ses murs le clai- nétable, mal servie par le sort, ne fit
ron polonais ; mais cette fois encore qu'amener la catastrophe de Ceçora ,
on ne sut pas achever le triomphe. Le où il demeura sur le champ de bataille
généralissime, paralysé dans î'exécu- avec la plupart des siens. Alors l'im-
tion de ses plans, se vit arrêté devant minence du danger vainquit Papathie
cette capitale. Des échecs partiels, un de la diète. Des subsides furent votés,
hiver des plus rigoureux, le manque *et une armée de trente mille hommes,
de subsistances, tout contribuait à dé- appuyée d'une levée de Kosaks , s'a-
courager les troupes, quand l'arrivée vança vers Chocim, où quatrecent mille
de l'hetman des Kosaks, Konaséwicz, Turcs et Tatars, sous les ordres de l'or-
vint remonter leur moral. Un assaut gueilleux Osman , vinrent les attaquer.
général eut lieu, et, sans la trahison La peste décimait lecamp polonais, mais
e deux transfuges allemands, la Mos- chacun fut digne de la circonstance,
kovie tout entière devenait polonaise, Atteint du cruel fléau et quoique ago-
une fois Moskou prise de nouveau. Il nisant, Chodkiéwicz dirigea de son lit
fallut remettre la partie au printemps de mort toutes les opérations, et, en
suivant ; mais dans l'intervalle l'en- expirant, il eut la satisfaction d'enten-
nerai proposa une paix avantageuse, dre retentir à .son oreille des cris de
par laquelle toutes les conquêtes des victoire.
Polonais furent maintenues. Lester- Une paix, sinon avantageuse, du
res de Siéwierz , Czerniéchow et de moins tolérable, mit fin à des combats
Smolensk leur demeurèrent acquises, qui duraient depuis quarante années
Une trêve de quatorze années et l'é- (1621).
change de tous les prisonniers, telles luttes uretnnru. furent les autres clauses de ce traite,
fort glorieux sans doute pour le pays; Au milieu des guerres continuelles
mais les avantages qu'il sanctionnait dont le début remontait à celui du
n'étaient rien auprès de ceux que l'on nouveau règne, la monarchie marchait
avait gaspillés ou perdus. emportée de plus en plus par la réaction oligarchique qui devait la perdre.
guerre avec la Turquie. La main puissante d'un souverain tel
qu'Étienne Batory n'était plus la pour 1620. Quoique tenant la Pologne sur contenir les empiétements de l'ordre un qui vive perpétuel, les invasions ta- équestre. Sigismond, d'un caractère tares n'étaient pas la seule occasion violent mais irrésolu, avec des semde guerre qui menaçât la frontière oc- blants d'énergie et des retours de faicidentale du royaume. Là, se trouvait blesse, ne sut ni empêcher, ni limiter encore la Moldavie avec sa question ce mouvement. La création d'une diète de suzeraineté toujours pendante ; et inquisitoriale, tentative morte en naissi, au commencement du siècle, lamé- sant, fut combattue par des comices diation d'Elisabeth avait empêché une illégaux contre les arrêtés de la diète, rupture ouverte, les excursions des Ainsi, roi et noblesse, chacun de son Kosaks jusque sous les murs de Cons- côté sapait l'esprit et la lettre de la tantinople devaient amener des repré- constitution. Après la mort de Zasailles sanglantes. moyski, dont la voix austère dominait Leur début remonte à l'époque où, les "prétentions médiocres et les niesdisgracié et mécontent, Zolkiewski re- quins débats, une espèce de confédéravint de Moskou. De sa propre auto- tion se forma, à la tête de laquelle était rite, et presque sans coup férir, il céda Zebrzydowski, palatin de Krakovie; la Moldavie ; puis, quand il voulut ré- et elle formula son acte constitutif,
Sarer cette faute et tenter, à la tête qui fut couvert en peu de temps de
e quelques milliers d'hommes seule- soixante mille signatures. Cet acte ar-
L'UNIVERS
ticulait contre le roi une quarantaine de griefs, outrés ou imaginaires. Aussi, fort de son innocence, Sigismond somma les mécontents de préciser leurs accusations, qu'il était prêt à combattre à la barre des comices; à quoi les factieux répondirent en déclarant le trône vacant. Il ne restait donc plus à employer que la voie des armes , et une rencontre décisive eut lieu près de Hadom, où, taillés en pièces, les rebelles se soumirent. Il s'ensuivit une amnistie générale (1608), dont nul ne fut excepté, pas même le promoteur de la guerre civile; et, au moyen d'un oubli aussi généreux, les esprits se trouvèrent calmés.