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LA PREMIERE ELECTION

1573. Une diète préliminaire eut lieu avant l'élection , sous le nom de diète de convocation y à "Warsovie, le <> janvier 1573. Le jeune Jean Zamoyski, si

célèbre plus tard et alors simple nonce de Belz, y proposa d'admettre sans exception toute la noblesse à l'exercice du droit électif, basant sa motion sur ce que tout citoyen qui servait la patrie devait concourir au choix de son souverain.

La diète d'élection eut lieu le 5 avril de la même année, et fut assistée du tribunal du froc (kaptur), établi pour maintenir l'ordre et la sécurité durant le temps de l'élection.

Les candidats qui se présentèrent furent :

Jacques Uchanski , archevêque de Gnèzne.

Jean Firley, grand maréchal de la couronne.

Nicolas Jazlowiecki, palatin de la Russie rouge.

Jean Tomicki , castellan de Gnèzne.

Jean Szafranieç, castellan de Biécz.

Albert-Frédéric, duc de Prusse.

Ernest, margrave d'Anspach.

Maurice, électeur de Saxe.

Jean III , roi de Suède et époux de la §œur de Sigismond-Auguste.

Sigismond Wasa , lils de Jean IIL

Ivan IV le Terrible, tzar de Moskovie.

Maximilien II , empereur d'Allemagne.

Ernest, arçhiduc d'Autriche, duc de Racuse ( Roetz ) et fils de Maximilien II.

Enfin Henri de Valois, duc d'Anjou et frère de Charles IX de France.

Mais, de toutes ces candidatures, les unes furent écartées , d'autres tombèrent d'elles-mêmes, vu leur peu d'importance , et il ne resta de compétiteurs sérieux que l'archiduc Ernest d'Autriche, Henri de Valois, le tzar Ivan IV et le roi de Suède Jean III.

A l'ouverture des débats, le légat du pape Grégoire XIII, le cardinal Cômmendoni, prit la parole, et, dans un long discours, développa le vœu du saint-siége de voir un catholique sur le trône polonais. Les ambassadeurs de l'archiduc, Guillaume deRosenberç et "VVIadislas Perstein , parlèrent ensuite:

ils promirent, de la part de leur maître, la sanction des anciennes lois et

privilèges nationaux, la reprise des pays détachés du royaume, l'aplanisse inent des vieilles difficultés entre la Pologne et l'Empire relativement à la Livonie et à la Prusse, la fondation g ratuite d'une école en Allemagne pour cent jeunes Polonais, et finalement la libre exportation des vins de Hongrie eti Pologne; Rosenberg conclut en demandant la priorité de la parole en faveur de l'ambassadeur d'Espagne, don Pedro Fassardo, qui venait appuyer la candidature de l'archiduc, ce qui eût été au préjudice de l'évêque de Valence, Jean de Montluc, chargé de représenter la France; mais celui-ci parvint à faire prévaloir ses droits.

Fassardo, mortifie, quitta aussitôt le champ d'élection sans avoir dit un inot.

Les chances du prince de Valois commençaient donc déjà à devenir les plus fortes. Un seigneur polonais, nommé Jean Krassowski, avait, par d'adroites manœuvres, répandu dans le pays le nom du duc d'Anjou, à son retour de Paris, où il avait su inspirer au roi de France et à la reine mère le projet de mettre la couronne polonaise sur le front de leur frère et fils Henri.

Krassowski voyait là une occasion de faire une brillante fortune, et tout sembla favoriser ses vœux. Charles IX n'était pas fâché de se séparer d'un parent qui lui portait ombrage par ses victoires précédentes; Catherine de Médicis partageait complètement ces vues, car elle espérait conserver plus d'empire sur Charles que sur Henri; Coligny, consulté, conseilla vivement d'utiliser les offres des nobles polonais, le départ du duc d'Anjou délivrant les réformés d'un ennemi redoutable; enfin les Guise n'eurent garde de s'opposer à l'éloignement d'un supérieur, dont la bravoure et la vigilance contrariaient leurs plans ambitieux. Krassowski redoubla d'activité, d'instances , et des ambassadeurs français, ayant pour mission de soutenir la cause (Je Henri de Valois, arrivèrent en Pologne.

L'un d'eux, l'évêque Montluc, s'insinua si bien dans les esprits, qu'il eût

GriE. tôt

emporté tous les suffrages de la diète, , si, par malheur, la nouvelle du massacre de la Saint-Barthélemy ne fût venue, au moment décisif, fournir contre ses efforts une arme puissante.

Cet événement était une preuve irrécusable que le duc d'Anjou n'avait aucun des beaux sentiments qu'on lui prétait, et les autres candidatures, déjà aux trois quarts vaincues , reprirent de nouvelles forces; l'Autriche surtout souleva le parti protestant, composé de la noblesse, en majorité luthérienne.Dans cette circonstance difficile, Montluc mit en œuvre toute sa diplomatie; il nia les faits, en atténua le caractère odieux, et fit si bien qu'il rallia à Henri les voix qui s'étaient reportées sur Jean III de Suède ou sur son fils Sigismond Wasa.

Quant au tzar Ivan IV, qui n'envoya pas même d'ambassadeur, loin de rien promettre, il demandait au contraire la Livonie et Kiiow en retour de l'honneur qu'il ferait aux Polonais par l'acceptation de leur couronne, et il exigeait également qu'on lui donnât l'assurance que le sceptre ne sortirait jamais des mains de ses descendants.

En présence de pareilles prétentions, les choix se limitèrent bientôt à Ernest d'Autriche et Henri de Valois; mais, avant d'en venir à un vote définitif, on s'occupa du règlement des pacta conventa, ces lois qui obligeaient réciproquement le roi et la république.

Voici leurs principales dispositions :

— Le roi ne doit de son vivant ni nommer ni choisir le successeur à la couronne, afin que les états soient toujours libres d'élire un nouveau roi lors de la mort du dernier. — Le titre de maître et d'héritier employé par les souverains jusqu'à Sigismond-Auguste, est aboli. — Le roi ne peut se marier sans le consentement au sénat. — Il doit maintenir la tolérance religieuse et politique. — Il ne peut déclarer la guerre ou faire la paix sans le vote des états.

— Un conseil, composé de sénateurs et de nonces , doit résider constamment auprès du roi, qui est tenu de convoquer tous les deux ans une diète. — En cas d'inobservance de ces articles,

L'UNIVERS

les sujets sont déliés du serment d'obéissance et de fidélité.

Le parti autrichien , formé de protestants, et qui avait pour chef le maréchal de la couronne Firley, s'était retiré à Grochow, près de Warsovie; mais les droits, des dissidents (dissidentes in religion*) ayant été stipulés dans les pacta conventa, il revint à la diète, et vota enfin en faveur du prince de Valois.

Les pacta conventa que les ambassadeurs français signèrent au nom de ce dernier furent accompagnés d'une convention, en vertu de laquelle une alliance éternelle était conclue entre la France et la Pologne. La France s'engageait à mettre à la disposition du pays, contre la Moskovie ou tout autre ennemi, quatre mille hommes armés, et à équiper une flotte pour étendre la domination polonaise sur la mer Baltique et reprendre le port de Narvva.

Henri devait vérser en outre tous les ans quatre cent cinquante mille florins de ses revenus dans le trésor national, acquitter les dettes contractées du vivant et après la mort de Sigismond- Auguste, et faire admettre gratuitement cent jeunes Polonais aux écoles de Paris.

Toutes les formalités se trouvant ainsi remplies , Henri de Valois fut proclamé roi de Pologne.

HENRI DE VALOrS.

L'ambassade, choisie dans le sein du sénat et de Tordre équestre, et présidée par l'évëque de Posen, Konarski, vint apporter en France la couronne au nouveau souverain. Henri était alors en train d'assiéger les huguenots dans la Rochelle; mais il arriva promptement à Paris , où il prêta le serment voulu en l'église Notre-Dame, le 10 septembre 1573. Néanmoins, nourrissant toujours certains projets sur la couronne de France, qu'encourageait la santé chancelante de son frère, il retardait sans cesse son départ, et fut forcé pour ainsi dire par les convenances de se mettre en route. Char-

les IX l'accompagna jusqu'à Vîtri, et Catherine de Médicis ne se sépara de lui qu'à Blamont.

L'entrée solennelle de Henri à Krakovie eut lieu le 18 février 1574, et son couronnement fut suivi de fêtes brillantes. Un événement sanglant vint malheureusement troublerlesmoments consacrés aux réjouissances nationales : Samuel Zborowski, homme ambitieux et influent, allié aux plus grandes familles de Pologne, provoqua en duel le castellan Jean TenczvnsKi , et le castellan Wapowski , ami de ce dernier, fut blessé a mort en voulant amener un arrangement. Ce meurtre, commis presque sous les yeux du roi , exigeait une punition exemplaire; mais Henri , qui devait en grande partie son 1 élection au crédit de Zborowski, se borna à le bannir du pays, sans prononcer contre lui, ainsi que le voulaient les lois, la confiscation de ses biens et honneurs. Une telle indulgence déplut aux sénateurs; et leur mécontentement s'accrut encore , lorsqu'on vit donner la castellanie vacante à un des parents du meurtrier, et la dignité de palatin de Krakovie à son propre frère Pierre.

Ces mesures amenèrent une mésintelligence complète entre le roi et le sénat, qui dura jusqu'au moment où un message de Catherine de Médicis vint annoncer à Henri la mort de Charles IX, en l'engageant à accourir sans retard à Paris s'il prétendait encore au trône de France. Usant de ruse, Henri fit semblant d'obtempérer à la demande du sénat, qui voulait qu'u ne diète fût convoquée pour statuer sur le cas présent; mais, dans la crainte qu'un plus lon<» délai ne nuisît à ses prétentions en France, il pritS^ secrètement la fuite le 18 juin 1574, et gagna bientôt la frontière autrichienne. L'alarme fut vive à la nouvelle delà disparition du souverain; on s'élança à sa poursuite, mais il avait déjà atteint Vienne, et il demeura sourd à toutes les instances du sénat (*).

(*) Les dépêches du sénat à Henri lui furent portées par le kosak Jawoy>zowsKi ,

Henri de Valois n'étant point revenu au terme fixé par la dietf, c'est-à-dire, le 12 mai 1575, on annula le serment prêté par la nation; et la diète du 3 octobre suivant ayant déclaré la vacance du trône, le primat convoqua une diète d'élection pour le 4 novembre.

etienne batory.

Parmi les nombreux candidats oui, lors de la réunion de cette diète, Briguèrent ses suffrages, on distinguait l'archiduc Ernest et le prince Ferdinand , le premier fils et le second frère de l'empereur d'Allemagne Maximilien II, puis le roi de Suède Jean et son liis Sigismond Wasa , Alphonse, duc de Ferrare et de Modène, et enfin le duc de Transylvanie.Étienne Batory.

Ce dernier avait été porté à désirer la couronne polonaise par Samuel Zborowski , qui , après son exil , était venu chercher un refuge en Transylvanie.

Riais le primat Uchanski, fort de l'appui du sénat, se déclara en faveur de l'empereur Maximilien, bien que celui-ci ne se fût pas porté candidat; le parti autrichien alla même jusqu'à quitter le lieu de l'élection, et. se rendant à un autre mieux pourvu en armes, fit proclamer par le primat Maximilien roi de Pologne. Deux jours après, le parti national, à la tête duquel était Jean Zamoyski , décerna la couronne à la princesse Anne, sœur du roi Sigismond-Auguste, et lui choisit pour époux le prince de Transylvanie.

Ainsi donc, tandis que le palatin de Lublin,Tarlo, portait à Etienne Batory le diplôme d'élection, le parti opposé envoyait de son côte les pacta conventa à la ratification de l'Empereur.

L'indécision seule de Maximilien empêcha l'effusion du sang prêt à couler, et donna le temps à Batory d'arriver à Rrakovie. Il y fut couronné le 1 er mai 1576, et uni à la princesse Anne, âgée alors de cinquante-deux ans.

qui fit le trajet de Krakovie à Vienne (i io lieues), toujours sur le même cheval, en a4 heures.

Toutefois le parti autrichien ne se tint pas pour battu et eut encore deux:

réunions, l'une à Lowicz et l'autre à Warsovïe. Le remuant primat ne se soumit au roi que lorsque le staroste de Samoçitie, Jean Chodkiewicz, apporta à Batory l'hommage de la Lîthuanie. La Prusse suivit cet exemple.

11 n'y eut que Dantzig, qui, soulevée par un homme populaire, Constantin Gerber, résista plus longtemps, et ne céda qu'à la force des armes.

GUERRE AVEC r.V MOSKOVIE.

1579-1582. Profitant de la circonstance que le roi était occupé à pacifier Dantzig, le tzar Ivan IV le Terrible rompit les traités existants et envahit la Livonie; mais une portion de son armée fut défaite par André Sapieha, et bientôt Étienne Batory accourut rejoindre ses défenseurs. Le palatin de Podolie, Miélecki, commandait les Polonais, le palatin de Wilna, Rndziwill, les Lithuaniens, et Bekiesz un corps de cinq mille fantassins hongrois. Le roi dirigeait lui-même toutes les opérations et mit le siège devant Poloçk , qui fut forcée de se rendre après une vigoureuse résistance. Les châteaux forts deSokol, Turowla, Susza, furent enlevés également par les troupes polonaises, dont les progrès ne s'arrêtèrent qu'à cause ues rigueurs de la s;iison. Etienne ayant accordé l'investiture du duché de Kourlande à Gothard Kettler et reçu l'hommage de celui-ci , fit prendre aux soldats leurs quartiers d'hiver et revint à Warsovie. Ce fut la fin de la première campagne.

Après avoir conféré avec la diète sur les moyens de continuer la lutte , et obtenu d'elle une prolongation pour deux ans de l'impôt dit du quart (voyez

INTRODUCTION, FORCE ARMEE ) ,' le

roi nomma grand -général Jean Zamoyski , auquel il avait confié peu de temps auparavant le grand sceau de la couronne, puis il recommença les hostilités. En vain le tzar demanda la paix ou au moins une trêve de quelques semaines , Étienne Batory ne lui

L'UNIVERS

laissa pas de repos. Il assiégeait prit coup sur coup Wielkie-Luki , rîewel , Zawislocze, Jézierzyszcze, Porchow, Opoka, Starodubow. Ces conquêtes royales furent accompagnées des prises de Wiéliz par Zamoyski et d'Uswiata par Radziwill. Cette seconde campagne terminée , le roi vint assister à la diète de Warsovie en 1581.

Le siège de Pskow signala le début de la troisième campagne. Malgré la bravoure des assaillants, il traîna en longueur; et quand la ville allait enfin succomber, la diplomatie étrangère, de tout temps si fatale à la Pologne, arriva au secours de la puissance moscovite. Le farouche tzar , de plus en plus effrayé, implora l'intervention du Vatican afin d'ontenir la paix ; et Grégoire XIII , ce vicaire du Christ qui , à la nouvelle des massacres de la Saint- Barthélemy, n'avait pas rougi de faire illuminer Rome, s'empressa de saisir l'occasion, dans l'espérance de pouvoir enfin réunir la Moskovie à son vaste troupeau. Par les soins de son envoyé, le jésuite Antoine Possevin, un traité de paix fut signé le 15 janvier 1582 à Khiverova-Gorka. Le tzar renonça à toute prétention sur la Livonie, et la Lithuanie conserva Poloçk, Witepsk , Wiéliz ; mais Batory dut restituer toutes les villes conquises dans la province de Pskow.

Si le roi eût poursuivi la guerre, c'en était fait à jamais de la puissance moskovite; mais les menées astucieuses du jésuite surent fasciner l'esprit loyal du guerrier.

ÏHTRODUCTIOIT DES JESUITES.

1579. Etienne Batory, qui contribua tant à la gloire et à la prospérité du pays, commit cependant une grande faute, et cette faute, que la bonne intention excuse, eut des suites bien fâcheuses. Guidé par cet amour des sciences qui le préoccupait même au sein des combats, le roi fonda l'université de Wilna et en confia la direction aux jésuites. Déjà, sous le règne de Sigismond-Auguste, les membres de cet ordre avaient pénétré individuellement

en Pologne, dans le temps que la guerre de trente ans embrasait une grande partie de l'Europe. Humbles comme toujours à leur début, les jésuites ne tardèrent pas, grâce aux largesses du roi , à posséder d'immenses richesses , qui leur servirent à étendre leur influence. Le contre-coupen fut funeste pour l'État , où éclatèrent bientôt des querelles religieuses; des catégories eurent lieu parmi les nationaux, et il se commit des actes d'intolérance, toutes choses dont la sagesse des souverains avait préservé jusque-là le royaume.

C'était une préparation aux événements du règne par trop orthodoxe de Sigismond III Wasa.

Les sciences et les arts eurent seuls à s'applaudir de la venue de Tordre fonde par Ignace de Loyola. Une des premières corporations religieuses par la délicatese de son jugement et ses lumières, il amena avec lui le goût des styles divers qui florissaient vers ces temps au midi de l'Europe. Tout ce que Wilna renferme de monuments remarquables provient du sentiment religieux ; petit à petit , le type ancien s'effaça presque complètement de la Lithuanie.

TROUBLES INTERIEURS.

La Pologne, tranquille dans ses rapports au dehors , devint à l'intérieur le théâtre de violentes dissensions suscitées par les quatre frères Zborowski , si puissants. L'ambition de ces magnats, qui avaient fortement contribué , tant à l'élection de Henri de Valois qu'à celle d'Étienne Batory, leur faisait espérer les premières places à la cour; mais cette attente n'ayant pas été remplie , ils conspirèrent contre l'État et même contre la vie du roi.

Samuel Zborowski, revenu de l'exil, méconnaissant la bienveillance royale ui lui servait d'égide contre le décret e proscription toujours existant, s'unit à ses frères. Après avoir excité les K osaks à attaquer les Turcs , en paix alors avec le pays, il brava le pouvoir de Zamoyski , et apparut en armes dans le palatinat de Krakovie. Alors

Zamoyski , autorisé par un décret du roi , le fit saisir et décapiter. Kn mourant, Samuel, qui ne pouvait échapper à son sort, nomma comme complices ses deux frères André et Christophe.

Cette catastrophe mit en émoi tous les partisans de la maison des Zborowski,et fût cause qu'une diète, convoquée par le roi dans un but d'utilité

fjénérale, ne porta aucun fruit. Ivan IV e Terrible venait de mourir, et une lutte acharnée déchirait ses États ; Fiédor, le fils du tzar, comptait pour compétiteur à la couronne son propre tuteur. Le génie d Étienne Batory lui fit entrevoir tout le parti que la Pologne pouvait tirer de ces divisions ; de nouveau une occasion s'offrait de conquérir la Moskovie et de l'incorporer au royaume, ce qui eût assuré pour toujours la prépondérance de celui-ci dans le Nord. Une diète eut donc lieu àWarsovie,en 1585, pourfaciliter l'exécution d'une aussi grande pensée politique; mais l'intérêt tout-puissant de l'État dut s'effacer devant les passions soulevées par l'intérêt prive. Il fallut s'occuper de la cause dos Zborowski; et Christophe, convaincu de* haute trahison, d'intelligences coupables avec le tzar et du Crime de lèsemajesté, par discours et par écrit, fut condamné par le sénat, que présidait le roi, à la perte de l'honneur et de la vie. La cause d'André fut renvoyée à la prochaine diète.

Mais les parents des deux coupables, appuyés du palatin de Posen, Gorka, le magnat le plus riche et le plus puissant du royaume, parvinrent à soulever les nonces, qui, outrés de n'avoir pas été admis à juger, protestèrent contre la sentence rendue, comme contraire aux privilèges de la noblesse.

Par leur fait, la diète se trouva rompue, et Christophe put gagner l'étranger avant l'exécution du décret.

Ainsi fut écarté un projet politique de la plus haute importance, et à l'exécution duquel Étienne Batory était encouragé par le pape Sixte-Quint, successeur de Grégoire XIII. Furieux de ce que la cour de Rome avait été la

dupe du tzar, lors du traité de Khîverowa-Gorka, le souverain pontife offrit même des secours en argent

e>ur entreprendre la conquête de la oskovie.

MORT D'ÉTIEITVE BATORY.

1586. Toujours préoccupé de sa vaste pensée, le roi , pour mieux en assurer l'exécution, projetait de limiter les privilèges nobiliaires et de rétablir l'hérédité du trône, quand une mort subite vint le frapper a Grodno, dans sa cinquante-quatrième année. On attribua vulgairement cette mort au vif chagrin que causa à Étienne Batory la révolte du peuple de Riga contre les jésuites , ses protégés ; mais plusieurs médecins de l'époque exprimèrent l'opinion qu'il avait été empoisonné.

Le royaume ne fut jamais plus redoutable aux puissances voisines que sous le règne de ce monarque. D'un extérieur noble et imposant, Batory s'exprimait avec grâce et éloquence.

Captif pendant quelque temps de l'em-

Ï>ereur Maximilien I er , il consacra les oisirs de sa prison à l'étude. Redevenu libre, il chercha à perfectionner ses connaissances en voyageant; et faisant un long séjour à la cour des Médicis, il apprit là à aimer les arts et à encourager ceux qui les cultivent.

Aussi habile politique que vaillant capitaine, ce roi, qui composait sa lecture habituelle des ouvrages de Jules César, sut faire briller de nouveau aux yeux du pays ébloui les splendides journées des Jagellons. Avec Étienne Batory s'éteignit l'astre éclatant de la Pologne, en laissant après lui une longue et glorieuse trace.

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