‹ PologneChapitre 45 sur 103 · ABAISSEMENT DES KOSAKS · texte numérisé non relu

ABAISSEMENT DES KOSAKS

1638. Ainsi relevée par l'habileté de son monarque et la vaillance de ses capitaines , la Pologne aurait pu goûter les fruits d'une longue ère de paix et de prospérité, si, à mesure que des obstacles étaient détruits, d'autres ne fussent venus s'établir à leur place.

Cette fois encore , les nouveaux germes de destruction partirent du sein même du pays.

Les Polonais, si jaloux de leur propre liberté, ne; savaient pas toujours respecter celledes autres; et les grands à qui les souverains avaient donné des domaines en Ukraine voulurent réduire les Kosaks à l'état de vasselage.

Dans ce but , ils leur firent éprouver toute espèce de persécutions , tandis

que, d*un autre côté, les jésuites employaient envers eux d'odieuses menées pour les convertir au rit romain.

Attaqués à la fois dans leurs droits d'hommes libres et dans leurs croyances religieuses, les Kosaks se révoltèrent et détruisirent le fort Kudak; mais, battus ensuite par Nicolas Potocki , leur chef Pauluk et quatre d'entre eux furent envoyés à Warsovie, afin de s'y expliquer. Toute garantie de grâce leur avait été préalablement donnée; mais l'acharnement des magnats d'Ukraine était tel, qu'il l'emporta : au mépris de la foi jurée et à la nonte du gouvernement, les pauvres ambassadeurs kosaks furent décapités en 1638.

Cet acte de faiblesse et de déloyauté fut suivi, la même année, du funeste décret de la diète. Les privilèges, juridictions, revenus, titres et décorations accordés précédemment aux Kosaks leur furent enlevés. Un grand nombre d'entre eux se vit incorporé de, force dans les autres corps de l'armée, et le restant réduit en esclavage. En vain ils élevèrent la voix, le pouvoir des grands et les intrigues des jésuites surent étouffer leurs réclamations et braver à leur égard toute justice. C'était tristement récompenser les services de ces fidèles auxiliaires de la couronne ; aussi, guidé par un trop juste sentiment de vtngeance, le peuple kosak, qui naguère encore versait à Chocim son sang pour la défense de la Pologne, ne devait pas tarder à devenir un de ses plus cruels ennemis.

Wladislas IV mourut en 1648, âgé seulement de cinquante-deux ans. D'un caractère généreux et magnifique , il obtint l'estime de tous les monarques contemporains ; et on peut attribuer à son influence personnelle tout ce qui fut fait sous son règne de grand et de sage. C'est à une aristocratie turbulente qu'il faut reporter les manques de foi et les décrets tyranniques ; dans son aveuglement , elle ne s apercevait pas que, d'empiétement en empiétement, elle conduisait l'État vers une perte certaine et rapide.

JEA N-K \ S t M I T. .

La guerre de trente ans venait enfin d'être terminée en Allemagne , grâce au traité de Westphalie; mais l'Autriche , encore tout échauffée du feu de la lutte , songeait à rallumer son flambeau en Pologne. Tantôt , par ses intrigues diplomatiques, elle excitait les Kosaks a rompre les traités existant avec les Jures, tantôt elle menaçait de faire revivre d'anciennes prétentions sur la Livonie. Ce fut à ce moment que la mort du chevaleresque Wladislas IV, en laissant inachevés ses plans politiques, vint encore compliquer la position du pays.

Trois candidats briguaient les suffrages des électeurs, les deux frères du roi défunt d'abord, Charles-Ferdinand, évéque de Breslau et dePloçk, et Jean-Kasimir, puis le duc de Transylvanie, Rakocy. Jean-Kasimir finit par l'emporter et fut couronné en 1649 (*).

Page 1