INSURRECTION DES KOSAKS
1648. En outre de la conduite tortueuse de l'Autriche , d'autres embarras vinrent assaillir à la même époque le royaume. La manière odieuse avec laquelle on traitait les Kosaks devait
f>roduire des fruits amers ; et l'un de eurs principaux chefs, Bogdan Chmielnicki , ayant été insulté dans ses af-
(*) Pendant la durée de ses voyages, Jean-Kasimir fut arrêté dans ta rade de Marseille (i638), par l'ordre de Richelieu et sous prétexte qu'il était venu d'Espagne sans passe-ports ; mais le motif réel de cette violente mesure était une complicité prétendue avec le cabinet espagnol, alors en guerre avec la France. Jean-Kasimir resta deux ansenferméau fort de Sisieron; transféré ensuite à Vincennes, on ne lui rendit la liberté qu'à condition qu'il ne combattrait jamais contre la France. Il se relira à Rome, où il embrassa la règle des jésuites et fut nommé cardinal. Peu de temps avant la mort de Wladislas rv, il retourna en Pologne , dans l'espoir de parvenir à la royauté} ce en quoi il réussit.
L'UNIVERS
fections de famille , sans pouvoir obtenir justice auprès de l'autorité, leva l'étendard de la révolte. Il n'eut qu'à parler des franchises ravies et de la foi menacée, pour voir les mécontents accourir en foule autour de lui. Bientôt les Tatars se joignirent à lui ; deux peuples , ennemis jurés jusque-là , fraternisèrent; et une fois cette barrière rompue , la Pologne fut inondée par une masse de cent cinquante mille combattants , qui obéissaient aux ordres de l'audacieux Chmielnicki. Trois victoires, dans lesquelles périt le vaillant Etienne Potocki et où deux hetmans polonais furent faits prisonniers, couronnèrent la marche rapide de Bogdan, qui rançonna Léopol, assiégea Zamosç, et porta l'épouvante jusque soys les murs de Warsovie.
Le nouveau roi , qui venait à peine d'être élu, convoqua aussitôt l'arrièreban; mais des transactions eurent lieu. Chmielnicki obtint, par le traité de Zborow, le titre d'attaman des Kosaks et le droit d'entretenir un corps régulier de quarante mille hommes; des sièges au sénat furent concédés aux dignitaires de l'Église grecque, et il fut stipulé qu'à l'avenir nulle fonction publique ne serait exercée dans le pays kosak que par des coreligionnaires. Mais ces accommodements, où personne n'était de bonne foi , durèrent peu. Les jésuites surent, par leurs intrigues, amener le clergé polonais à ne pas vouloir siéger avec l'archevêque grec de Kiiow; et, de . son côté, Chmielnicki, qui convoitait pour son fils Timophée la Valachie, négocia secrètement auprès de la Porte.
Jean-Kasimir ordonna alors une levée générale et livra bataille, près de Beresteczko, le 28 juin 1651. Le combat dura dix jours, et, à la lin, le roi l'emporta. Trente mille Kosaks et Tatars perdirent la vie en cette circonstance; de plus, treize canons et tout le camp rebelle tombèrent au pouvoir des vainqueurs. Mais, comme cela sVtaitdéjà vu maintes fois, on ne mit point à profit le succès. L'armée triomphante se débanda, et Chmiel-
nicki, non poursuivi dans sa retraite, obtint la paix presque aux mêmes conditions qu'avant h lutte, excepté toutefois que l'on réduisit de moitié son corps d'armée. Échappé à un aussi grand danger, le chef kosak se révolta bientôt de nouveau, et surprjt, près de Batow, un camp polonais de neuf mille hommes, qui furent tous passés au fil de l'épée. Le roi dut donc se remettre en campagne; mais cette fois, cerné lui-même par Chmielnicki , il lui fallut traiter à des conditions humiliantes.
Cela ne suffit pas à l'habile chef, et sentant, dans sa prévision, que le pays touchait à l'heure de sa ruine, il lui fit tout à fait défection, et passa avec les siens, en 1654 , à la Moskovie. Dès lors, le bouclier dévoué qui défendait la Pologne, du côté de l'occident , fut à jamais perdu pour elle.