‹ PologneChapitre 47 sur 103 · TREM1ER LIBERUM VETO · texte numérisé non relu

TREM1ER LIBERUM VETO

1652. Les progrès de Chmielnicki et les dangers qui menaçaient le royaume vers la Moskovie et la Suède, amenèrent Jean-Kasimir à convoquer une diète. C'était le cas d'agir avec ensemble et énergie, mais la fatalité qui semblait peser sur les destinées nationales en décida autrement. Pierre Sicinski, nonce d'Lpita, dont tout « Polonais a le nom en horreur , osa y

J)rononcer, pour la première fois, le ïberum veto , et fut cause de la dissolution de la diète. L'ennemi avait beau élre là, menaçant, toute discussion dut cesser sur 1 heure, et on se sépara sans prendre les mesures que réclamaient les circonstances. Ce droit absurde, révoltant, du liberum veto, devant lequel tous avaient reculé jusque-là, fut admis, à compter de cette époque, comme loi de l'Etat, et vint ajouter un nouveau germe de mort à tous ceux que renfermait déjà la constitution du pays.

GUERRE AVEC LA. SUEDE. TRAITE d'ûHWA.

1655-1660. Tandis que le tzar'Alexis menaçait la Lithuaniç, le feld maréchal

suédois Wittemberg envahissait la Grande-Pologne, à la tête de dix-sept mille hommes, et le roi de Suède lui* même, Charles-Gustave, y pénétrait, du côté de la Prusse, avec un second corps d'armée. Ils opérèrent tous'deux leur jonction dans la région de Kalisz.

L'origine de cette agression n'a jamais été bien expliquée; les historiens se contentent de la rejeter sur le ressentiment du vice-chancelier Radziéjowski , qui , banni de Pologne pour intrigues secrètes avec lesRosaks, aurait poussé la cour de Stockholm à faire une pareille démarche.

Quoi qu'il en soit, Jean-Kasimir,

S ris à r improviste, chercha à gagner u temps en entamant des négociations ; mais l'orgueilleux monarque suédois répondit à ses envoyés d'aller l'attendre a Warsovie. Redoutant l'issue d'une action générale, Kasimir se retira sur Opoczno; et Charles-Gustave fit une entrée triomphale dans la capitale, ainsi qu'il l'avait annoncé.

Puis il se mit en mesure d'atteindre Kasimir; une rencontre devenait inévitable, quand un effroyable orage, qui éclata tout à coup, vint l'empêcher. Ce hasard permit à Kasimir de quitter le royaume et de se réfugier en Silésie.

Il abandonnait par là la partie; et de toutes les villes, Krakovie seule se défendait encore. Bientôt la défection des troupes salariées força ce dernier boulevard à capituler , au moment même où le félon Frédéric-Guillaume, électeur de Brandebourg, se déclarait le vassal du conquérant, et où le duc de Transylvanie, Rakocy, attiré par l'espoir du pillage, inondait avec cinquante mille aventuriers la Pologne méridionale et y commettait des Horreurs sans nombre.

Tout conspirait donc à la fois contre le pays; et ni rempereurd'Autriche, ni aucun des souverains qui avaient brigué la couronne polonaise lorsqu'elle était vacante, n'en voulaient maintenant que, dans son impuissance et son désespoir, Kasimir la leur offrait. Déjà Charles-Gustave méditait le démembrement du territoire, ré-

pondant aux seigneurs qui lui conseillaient de faire cdnsacrer ses droits par l'élection, et en frappant la garde de son épée : « Votre élection, la voilà! »

Un miracle pouvait seul sauver le royaume , Dieu le fit. Usant d'une pieuse ruse , le prieur du couvent de Czens* tochowa , Augustin Kordecki , parvint à faire croire aux ennemis que la sainte Vierge combattait pour les Polonais , et les força à lever le siège de cette riche abbaye, quoique dix-sept mille hommes de troupes l'entourassent. Ce succès inespéré ranima l'ardeur des défenseurs de la cause nationale; et, dans le nouvel élan imprimé, Czarniecki, Stanislas Lanckoronski et les membres de la famille Potocki proclamèrent, en 1655, la célèbre confédération de Tyszowcé. Jean-Kasimir rentra bientôt en Pologne, et, après avoir signé l'acte de la confédération, mit le royaume sous la protection de la Vierge. Dès lors les choses changèrent complètement de face : les palatinats se levèrent, la résistance s'organisa de toutes parts, et les Suédois furent chassés des places fortes qu'ils occupaient. Bogdan Chmielnicki lui-même, outragé par le tzar, embrassa de nouveau momentanément la cause de la Pologne.

Charles-Gustavé, voyant sa proie lui échapper, se réveilla, marcha contre les troupes nationales , et remporta d'abord un avantage sur Czarniecki ; mais , battu à son tour par ce vaillant général , il perdit Warsovie , où le ïeld-maréchal Wittemberg fut fait prisonnier. Tous les projets du monarque suédois étaient renversés, si l'électeur de Brandebourg ne fût accouru à son aide. Fort de cet appui, il reparut devant la capitale et s'en rendit une seconde fois maître, après une lutte acharnée de trois jours. Comme compensation , Stanislas Potocki battait pendant ce temps le duc Rakocy et le * contraignait à signer une paix humiliante pour lui.

Grâce aux secours de l'Autriche, Jean-Kasimir put soutenir désormais la guerre ; mais ces secours furent vendus bien cher au pays , car il lui

coûta l'abandon des riches salines de Wiéliczka. D'un autre côté / Dautzig , soutenue par la Hollande , tenait ferme, et Christiern de Danemark, allié de la Pologne, opérait une heureuse diversion en Suède. Les plus mauvais jours étaient passés; et ce dernier événement forçant Charles -Gustave à retourner dans ses États , Czarniecki purgea rapidement le royaume des ennemis, privés de leur chef. Les places fortes furent reprises une à une, et Czaruiecki poussa ses triomphes jusque dans la Poméranie suédoise.

Les hostilités cessèrent à la mort de Charles-Gustave, arrivée peu de temps après ; et la France s'étant portée comme garante des clauses du traité, la paix ne tarda pas à être signée à Oliwa (1660). Cette paix, qui forma depuis une des bases du droit international, fut onéreuse, car non-seulement elle ravit à la branche des Wasa qui régnait en Pologne toute prétention à la couronne de Suède , mais il fallut encore céder à celle-ci la Livonie, l'Esthonie et l'île d'OEsel.

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