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ABDICATION DE JEAN-KASIMIR

1668. Les dernières années du règne de Kasimir virent encore de nouvelles incursions des Kosaks, devenus les alliés des Tatars et de la Porte ; les victoires même de Sobieskitte purent mettre un terme à de pareilles attaques , qui se renouvelaient sans relâche. Déjà brisée par tous les événements qui l'avaient assaillie, l'âme du roi reçut un dernier coup lors de la mort de Marie de Gonzague; et la France, jalouse de l'influence que l'Autriche exerçait en Pologne, redoubla d'instances pour amener Kasimir à abdiquer, dans l'espoir de voir par suite un prince de la maison de Condé sur le trône polonais. Jean-Kasimir se démit donc du pouvoir souverain et dit adieu à la nation , dont la douleur fut extrême , dans un discours, entrecoupé de larmes, qu'il prononça devant la diète, en 1668, et que l'histoire a religieusement conservé (*).

(*) Après son abdication, Jean-Kasimir se retira en France, où Louis XIV ajouta à ses revenus ceux des abbayes de Saiut- Germain des Prés, à Paris, et de Saint-Martin, en Nivernais. II mourut à Nevers, en 167 a ; et son cœur fut déposé à l'église de Saini-Gerinain des Prés, où il se trouve encore.

TRISTES RÉSULTATS Dt7 REGKE DES WASA.

L'avénement de la dynastie des "Wasa au trône polonais marque Fépoque de la décadence du pays. L'Europe n'a jamais su reconnaître le dévouement de la Pologne, qui devint, au dix-septième siècle, l'avant-garde de la chrétienté contre les invasions ottomanes, et ce fut une grande erreur de la part des puissances. Placée entre deux États qui grandissaient chaque jour et menaçaient ses frontières, la Moskovie et l'empire d'Autriche, la Pologne rencontrait un allié tout naturel dans la Turquie ; car le but que la Porte se proposait d'atteindre par ses attaques incessantes, ce n'était pas la conquête au nord de forêts sauvages et de steppes désertes, mais bien de se frayer en Allemagne un chemin vers le midi, dont les richesses excitaient sa convoitise. L'Autriche avait donc seule à craindre , et elle fit un véritable coup de maître en associant à sa cause la Pologne catholique.

Les dissensions religieuses allumées sous Sigismond III, et attisées avec zèle par les jésuites , vinrent à l'appui des plans politiques du cabinet autrichien. Sigismond prépara également la route de la puissance au tzar et au margrave de brandebourg en forçant, par ses persécutions , ses sujets au rit rec ou réformés à se jeter dans les ras de ces deux princes. Mais il ne vit pas les calamités que de pareilles fautes devaient enfanter ; il était réservé à Jean-Kasimir de porter le dernier coup à la Pologne et d'être témoin de sa décadence. Encore plus intolérant que son père Sigismond , qui s'était contenté d'abattre les temples des protestants, Jean-Kasimir chassa ces derniers du pays.

Le royaume sembla toucher alors à l'heure de sa dissolution : les Kosaks passaient à la Russie, et les entreprises de Bogdan Chmielnicki apprenaient par des ruines ce que coûte un stupide fanatisme; les protestants invoquaient l'appui du Brandebourg et de la Suède ; l'élite de la nation suc-

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combait dans les rencontres meurtrières de la guerre civfle ou sous le sabre des Turcs; enfin l'Empire, pourmieux assurer les résultats de son œuvre , semait parmi la noblesse polonaise, déjà bien trop vaine et possédée de la soif des honneurs, des titres et des diplômes de comtes et de princes. Aussi , dès cette époque , la vieille Polo-

Sne, que tant de couses réunies tenaient à miner, marcha à grands pas vers sa chute; et si quelques beaux jours brillèrent encore pour elle par moments , ce ne furent plus que des - tueurs impuissantes.

MICHEL WISIUOW1ECK.I.

Les candidats ne manquèrent pas lorsque l'abdication de Jean-Kasimir nécessita une nouvelle élection royale, et on comptait même parmi eux le grand Condé et la fameuse Christine de Suède, qui, regrettant sa retraite précipitée du pouvoir, cherchait à ceindre une autre couronne. Mais il n'y avait de compétiteurs sérieux que le palatin du Rhin, appuyé par le sénat, et le duc Charles de Lorraine, soutenu par la noblesse. Au milieu de cette lutte et pour y mettre fin, un arrièreneveu de l'illustre Zamoyski, Michel Wisniowiecki, fut élu. Pauvre et humble dans ses vœux, quoique descendant d'une famille princière, il se vit forcé d'accepter presque malgré lui cet honneur. Il sentait bien que son caractère indolent le rendait peu propre à remplir d'aussi hautes fonctions; et il ne se trompait pas, car bientôt les esprits turbulents de l'intérieur et les ennemis au dehors vinrent entraver la marche de son règne.

Mahomet IV fut le premier qui sut exploiter l'apathie du nouveau roi; il envahit l'L'kraiue et prit Kamiénicç, la plus, forte place de Pologne. Michel se liâta de conclure avec lui un traité à Budzacz (1672), par lequel toute ^Ukraine fut abandonnée à la Porte et les Kosaks placés sous sa suzeraineté; Kamiénieç resta également entre

les mains des Turcs, à qui la Pologne s'engageait à payer un tribut honteux de vingt-deux mille ducats.

Une paix aussi humiliante devait réveiller l'énergie nationale, et bientôt la noblesse, réunie à Golembiow, se forma en confédération, à la double fin de fortifier le pouvoir royal et de briser la suzeraineté oligarchique de quelques magnats. La noblesse polonaise ne faisait que suivre en cela le mouvement analogue du Danemark, arrivé une douzaine d'années auparavant, et qui y avait produit la célèbre révolution de 1G60. La confédération prononça la destitution du primat Prâzmowski , qui avait voulu humilier précédemment la couronne, confisqua ses biens , et déclara traîtres à la patrie les nonces dont le veto avait paralysé « l'action des diètes. Le primat, réfugié à Lowicz, s'y livra, d'accord avec le grand hetmau Sobieski , à de coupables menées; mais ce dernier ne tarda pas à effacer ses torts par de nouveaux triomphes sur les Turcs.

Toujours faible et insouciant, Michel Wisniowiecki négligea d'utiliser les ressources qu'offrait le parti national et fit grâce au primat, qui, rentré dans la possession de ses biens et honneurs, intrigua de nouveau contre le souverain. La guerre civile allait encore une fois éclater, quand les décès, à peu de distance l'un de l'autre, de Prazmowski , espèce de cardinal de Retz,, et du roi, vinrent terminer la querelle. Michel mourut à Léopol, en 1673, au moment où il rejoignait l'armée, qui, le lendemain même de sa mort, remportait près de Cliocim, grâce aux savantes dispositions de Sobieski, un succès éclatant sur soixante mille Turcs.

On a comparé Michel Wisniowiecki à Galba. En effet, en peut dire de tous les deux : Médium ingenium magis extra vitia quam curn virtutibus ; mais il est assez difficile d'appliquer au souverain polonais ce que Tacite ajoute de l'empereur romain : Major pricate vistts dum pr'watus fuit et omnium consens u capax imperii nisi imperasset.

L'UNIVERS

1 674 .Cette même couronne que Jean- Kasimir avait vainement offerte, dans un moment de désespoir , à tous les monarques , se vit , après la mort de Michel, l'objet de leurs vives sollicitudes. Treize princes ,■ dont sept souverains, se mirent sur les rangs. On distinguait parmi les compétiteurs :

Jacques Stuart, depuis Jacques II, roi d'Angleterre.

Guillaume de Nassau, plus tard Guillaume III, roi de la Grande-Bretagne.

Emile, fils de Frédéric-Guillaume, électeur de Brandebourg.

Georges, prince royal de Danemark.

Maximilicn, duc de Bavière.

François II, duc de Modène.

Thomas, duc de Savoie.

Louis, duc de Vendôme.

Le grand Condé.

Louis de Soissons.

Charles V, duc de Lorraine.

Jean-Guillaume, duc de Neubourg.

Don Juan d'Autriche.

Michel, duc de Trausylvanie.

Alexis Michaëlovitch, tzar de Moskovie.

Fiédor Alexiévitch, tzarévitch.

Et Jf an Sobieski , grand maréchal et grand hetman des armées polonaises.

Dans cette lutte acharnée entre tant de rivaux! ' e parti national triompha.

Sobieski, illustré déjà par plusieurs victoires , fut proclamé roi de Pologne.

JEAJT m SOBIESK.I.

Avant de se faire couronner à Krakovie (1676) avee son épouse Marie- Kasimire d'Arquien, Sobieski voulut célébrer son avènement par une action glorieuse. Les embarras inséparables d'un interrègne avaient permis aux Turcs de reprendre Chocim, témoin naguère de leur défaite, et d'envahir l'Ukraine. L'apparition de Sobieski , qui excitait une profonde terreur dans leurs rangs , purgea bientôt ces contrées de la présence des hordes musul-

manes; et l'hetman des Kosaks , Doroszenko, fut puni de sa félonie par la confiscation de tous ses biens. Malheureusement les menées de Michel Paç, jaloux de la célébrité de Sobieski,' paralysèrent les opérations, jusqu'à ce que l'hiver vint tout à fait en suspendre le cours.

TRAITÉ DK ZtJRAWÏfO.

1676. La campagne qui suivit manqua d'être fatale au pays. Emporté par sa bouillante ardeur, le roi se vit coupé du gros de l'armée par l'habile Ibrahim , surnommé le Démon; puis, enfermé dans Zurawno, il se trouva sans vivres et sans espoir de recevoir de secours contre les attaques impétueuses de l'ennemi. Le hasard sauva Sobieski, et, grâce à un mortier découvert dans une des caves du château fort, il put lancer quelques bombes qui firent croire aux assiégeants que les Polonais avaient reçu de l'aide. Alors le chef musulman , déjà fort occupé à vaincre la désunion des pachas et l'esprit mutin des janissaires, proposa de lui-même des conditions toiérables à Sobieski, qui, il faut le dire à sa gloire, s'était toujours refusé, malgré sa position désespérée, à ratifier le honteux traité de Budzacz.

La paix de Zurawno restitua à la Pologne les deux tiers de l'Ukraine; l'autre tiers fut donné aux Kosaks. Eu outre, quinze mille prisonniers recouvrèrent leur liberté.

IlfTRIGUES DE MARIE-KASIMIRE.

jOn a déjà vu , lors du règne de Jean- Kasimir , quel mal avait fait au pays le caractère remuant de Marie de Gonzague, femme du roi. Sobieski ne fut pas plus heureux , dans le choix d'une épouse , que son prédécesseur. D'origine française et aussi ambitieuse qu'avare , Marie-Kasimire se trouva froissée du refus fait par Louis XIV, à l'instigation du ministre Louvois, d'accorder la pairie à son pere , le marquis d'Arquien. Ce monarque la blessa encore bien plus vivement, lors-

qu'il refusa de la recevoir en France avec la même magnificence qu'il avait déployée lors delà visite de la reine d'Angleterre, « sachant, dit-il, établir une différence entre une reine héréditaire et une reine élective. »

Marie-Kasimire jura de se venger de ces deux affronts, et y parvint en amenant , malgré la résistance du roi , la conclusion d'une alliance avec l'Autriche contre la Turquie. Le légat du pape Innocent XI, Pallavicini, aida fortement la reine en cette circonstance, faisant briller aux yeux de Sobieski l'espoir d'opérer par là l'union du prince royal Jacques avec l'archiduchesse d'Autriche, i\}arie - Antoinette. Louis XIV voulut réparer sa faute, mais il était trop tard : l'aitière Marie-Kasimire repoussa toutes les propositions que lui transmit, de la part de son souverain, le marquis de Vitry, ambassadeur français à Warsovie. L'influence française dut céder devant l'influence autrichienne, de tout temps funeste à la Pologne.

ALLIANCE AVEC l'aL'TRICHE.

1683. L'Empire, délà en lutte contre les Hongrois , que la France poussait à la révolte et qui s'étaient liés avec les Turcs, voyait sa capitale, Vienne, menacée d'un danger imminent par l'islamisme. Dans cette pénible conjoncture, l'empereur Léopold eut recours à la Pologne; mais, quoique travaillé de longue main par la reine et la cour de Home, Sobieski hésitait encore, quand un coup de théAtre vint précipiter le dénomment.

L'ambassadeur d'Autriche et le légat du pape se jetèrent aux pieds du roi :

« Sire, sauvez l'Empire! » s'écria le comte Wilczek. « Sire, sauvez la chrétienté! » ajouta le prélat romain.

La voix de l'humanité l'emporta sur les avis d'une sage politique dans le cœur généreux de Sobieski, et le traité d'alliance offensive et défensive avec l'Autriche fut enûn signé.

D'après les clauses de cet acte, l'Empereur s'obligeait à fournir un contingent de soixante mille hommes et la

Pologne un autre de quarante mille.

Suivant les articles secrets, l'Autriche renonça à tous subsides dus lors des guerres avec la Suède, et restitua l'acte par lequel les états s'étaient engagés, a la même et désastreuse époque , à élire un prince de la maison autrichienne. Elle abandonna également toutes prétentions sur les salines de Wiéliczka et de Bochnia.

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